Dans la suite de Vatican II - L'Église catholique doit revoir ses orientations

De jeunes Camerounais accueillent Benoît XVI lors de son voyage en Afrique, le mois dernier.
Photo: De jeunes Camerounais accueillent Benoît XVI lors de son voyage en Afrique, le mois dernier.

Pour devenir davantage universelle, l'Église catholique a pour principal défi d'aller vers d'autres cultures, et ce, en s'appuyant sur les fondements du concile Vatican II. C'est ce que propose Gilles Routhier, référence mondiale sur Vatican II et professeur titulaire à la faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval.

Le parcours professionnel et les recherches de Gilles Routhier sur l'Église catholique font de lui un expert pour qui s'intéresse à Vatican II et au devenir de cette Église deux fois millénaire. Il a beaucoup écrit au cours des ans sur ce sujet, et deux de ses ouvrages, parus chez Fides, sont aujourd'hui des livres de référence imposés, soit Vatican II: herméneutique et réception et Penser l'avenir de l'Église.

L'Église et le monde

Quand on lui demande comment se porte l'Église catholique dans le monde, M. Routhier préfère parler «des grands défis auxquels cette Église est confrontée, dont l'un d'eux est de devenir mondiale; c'est une grande mutation qu'elle a à vivre. Je pense notamment à l'Église africaine, qui est tout de même jeune, une centaine d'années, plus ou moins. On doit se demander, dans le cadre de cette mutation: qu'est-ce que cette Église peut apporter à l'Église catholique dans son ensemble?»

Ce qu'elle peut inspirer? «Oui, voilà! Il faut surtout se demander si le catholicisme peut passer à d'autres cultures. Ce qu'elle a réussi à faire à plusieurs reprises dans son histoire, non sans résistance. Est-ce que le catholicisme — qui est passé du monde juif au monde grec et aux barbares — peut passer à une autre culture et être reçu? En fait, c'est tout cela qui est en gestation présentement au sein de l'Église catholique.»

S'il faut regarder certes du côté de l'Afrique quant au devenir de l'Église catholique, le continent asiatique doit aussi être considéré avec beaucoup d'attention, ajoute-t-il. «Qu'en est-il de son devenir en Chine? Là, on joue gros! Et puis, il y a le Moyen-Orient, et puis la Corée ou encore le Vietnam. Là encore, ça bouge pas mal, actuellement. D'ailleurs, on sent au Vietnam une plus grande ouverture présentement, parce que l'Église y avait perdu pied après la dernière grande guerre. On y trouve beaucoup de séminaristes en formation et davantage de catholiques. Il y a aussi le Cambodge».

En complément d'information et pour trouver réponse à notre question de départ, à savoir: comment se porte l'Église catholique?, on doit donc se reporter à son ouvrage intitulé Vatican II: herméneutique et réception, paru en 2006 chez Fides. Il y est dit que, depuis Vatican II, «l'Église catholique est indéniablement entrée dans une nouvelle période de son histoire. Ce passage ne se fait pas sans mal et l'élargissement de l'horizon nous conduit à penser que, à certains moments, elle s'en tire bien — sinon mieux — que d'autres Églises. Les Églises anglicane et orthodoxe, pour me limiter à ces deux exemples, éprouvent elles aussi beaucoup de difficulté à devenir des Églises aux dimensions du monde.»

L'Église et le Québec

L'autre question existentielle qui s'impose, d'un point de vue religieux, est de savoir dans quel état se trouve l'Église catholique du Québec. «Écoutez, l'Église du Québec, de la Nouvelle-France ou encore du Canada français, suivant les époques, n'a pas toujours été glorieuse sur le plan du nombre de religieux et religieuses, de prêtres et de pratiquants. Et ça, on a tendance à l'oublier. Dans une perspective globale, l'Église catholique a connu une certaine prospérité entre 1830 et 1950. Il est certain que, si l'on se compare à l'aune de cette époque-là, on va se lamenter!»

Dans cette optique, on retrouve, dans son ouvrage intitulé Penser l'avenir de l'Église, une réflexion et des chiffres qui ne sont pas dénués d'intérêt. Il y est dit que, en 1950, le ratio des prêtres et des fidèles dans le diocèse de Québec était d'un prêtre pour 435 catholiques, un sommet. À l'échelle provinciale, ce ratio était à son point culminant en 1952 et atteignait alors un prêtre pour 534 catholiques.

Du côté des religieux et des religieuses, toujours à l'échelle provinciale, le sommet est atteint en 1941, où on comptait un religieux pour 87 habitants. C'est à partir des années 1940, lit-on, que les effectifs des communautés religieuses cessent d'augmenter plus vite que la population, si bien que le recul relatif de la présence du personnel religieux se fait sentir de manière significative.

«Je vous dirais que, aujourd'hui, ajoute M. Routhier, notre Église est certainement fragile. La question qu'on doit se poser est la suivante: est-ce que l'Église est une affaire puissante? On peut aussi se demander si elle se porte bien lorsqu'elle est puissante ou lorsqu'elle est fragile. À cela, je suis porté à croire qu'elle se porte bien lorsqu'elle est fragile.»

Repenser

Plus largement, est-il besoin d'organiser un concile Vatican III pour repenser l'Église catholique mondiale? «Je ne réglerais pas cette question de cette manière. Par contre, je vous dirais qu'il y a quelque chose d'absolument nécessaire à faire au sein de l'Église catholique actuellement, qui est de reprendre la discussion ensemble afin de se donner des orientations; tout comme le pape Jean XXIII l'avait d'ailleurs pressenti avec Vatican II.»

En clair, Gilles Routhier souhaite que, sur les fondements de Vatican II, qui s'est tenu à Rome de 1962 à 1965, les catholiques réfléchissent à l'état de l'Église pour qu'elle s'adapte au temps actuel, aux enjeux du jour, comme celui de la place des femmes en son sein. «Il nous faut penser l'Église à l'échelle continentale d'abord. Par exemple, le rôle des femmes dans l'Église ne pourra pas se régler de la même manière en Orient, en Afrique ou en Occident, et ce, pour des raisons culturelles, et non pas pour des raisons doctrinales ou dogmatiques.» Le débat est ouvert...

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Collaborateur du Devoir

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