Que le silence soit!

Sur la place publique, la parole. Dans des lieux isolés, la réflexion. Et si le visage reçu des églises en était un où calme et sérénité se conjuguent, comme si la foi était d'abord le fait d'une communion de la pensée et de la nature. En ces jours où l'orthodoxie prend le pas sur la compassion, un regard sur l'autre ekklesia, au sens premier du mot, qui désignait à Athènes l'assemblée des citoyens.

À la limite nord-est de la Toscane, dans la province d'Arezzo, qui prendra les petites routes et montera en altitude arrivera en un lieu isolé, peu fait pour le tourisme car un seul café s'y trouve, et découvrira là un couvent, une église et quelques bâtiments conventuels. Il se trouvera alors dans ce hameau dont le nom est celui d'un ordre monastique. Il sera le bienvenu à Camaldoli, au monastère de Fontebona, sur le site même de ce monastère de la «bonne foi».

Et de là, s'il le souhaite, débutera une ascension qui le conduira à travers les arbres, par des sentiers qui enjambent un ruisseau frissonnant, jusqu'à un autre lieu, encore plus austère, où, dans une cour à l'enceinte close, s'élèvent de petites maisons que le regard ne peut qu'entrevoir. Qu'il soit le bienvenu au «sacré ermitage» de Camaldoli, à l'Eremo, pour le nommer comme le font les gens de la région.

Il sera alors dans le pays des camaldules, cet ordre monastique établi au début du XIe siècle. Et les deux lieux visités constituent la double face d'un même monastère. En haut, des moines cloîtrés consacrent leur vie à l'étude et à la prière, chacun ayant sa maison propre et sa bibliothèque personnelle; en bas, d'autres accueillent séminaires et conférences et transmettent le résultat des réflexions que leurs confrères poursuivent.

Le double lieu est connu comme un centre voué à l'oecuménisme. Et il fut à répétition fréquenté par un certain cardinal. Il avait nom Ratzinger et on le connaît maintenant sous le vocable de Benoît XVI: il importe peut-être de savoir que les camaldules sont aujourd'hui rattachés à l'ordre fondé par saint Benoît, celui des bénédictins.

Jours de crainte

Le monde religieux connaît des jours difficiles. Les deux grandes religions planétaires sont animées par un rigorisme que plus d'un pratiquant dénonce. De «leur» côté, il y a ces fatwas que l'on craint. Dans «notre» camp, l'arme apostolique a pour nom excommunication. Dans les deux cas, l'exercice qui condamne a pour objet de confirmer la vérité des enseignements, tout en témoignant ainsi du pouvoir de ceux qui ont l'autorité de l'exercer. Les extrémistes de la foi ne recueillent cependant pas toujours l'appui des autres, même de ceux qui sont nommés pour être les défenseurs de l'orthodoxie.

L'Église catholique vit ainsi des jours troubles. On parle d'apostasie, on brandit des sanctions, on dénonce un virage vers un radicalisme et des pratiquants s'opposent aux décisions de la hiérarchie. Et plus d'un s'inquiète, comme le rapporte un ancien professeur d'une faculté de théologie, celle de l'Université de Montréal. «Au lieu de porter attention aux préoccupations du monde, analyse Michel Beaudin, le pouvoir romain s'entête à nous faire revenir en arrière. Résultat: il y a une fracture entre l'Église et les catholiques, qui ne se reconnaissent plus dans l'institution.»

Temps d'incertitude

Pourtant, revenant à Benoît XVI, d'autres aimeront rappeler qu'il est un théologien de haut vol et souligneront, en référence à une lettre encyclique comme celle déposée le 30 novembre 2007, qu'il est un homme d'ouverture. Dans Spe Salvi (telle est l'appellation qui désigne cette communication papale), non seulement renvoie-t-il à Augustin et Thomas d'Aquin, mais aussi à Adorno et Dostoïevski. Et ici l'espérance prend le pas sur la condamnation, et pour répondre à tout ce qui est souffrance y est prêchée la compassion.

Mais il a aussi été dit: «Les tièdes, je les cracherai de ma bouche.» Et, utilisant cette parole, celle de celui sur qui toutes les Églises de la chrétienté fondent leur droit, les tenants du pouvoir ecclésial brandissent l'épée de la rigueur. Alors, dogmes, déclarations papales du passé, enseignements pointus et théories appuyées sur les messages desdits pères de l'Église ou autres Paul, pour qui, entre autres faits, la femme demeure personne dangereuse, tout cela est mis de l'avant par une curie, ici romaine, que l'on dira «déconnectée» du monde actuel.

Cette Église, on l'aime moins. Et certains la rejettent. D'où la scission actuelle: faut-il combattre l'orthodoxie de l'intérieur ou en l'affrontant «extra-muros»?

La réponse donnée définira un statut: qui visitera ces lieux magiques qui ont pour noms Camaldoli en Italie, la Grande Chartreuse en France et Saint-Benoît-du-Lac au Québec ou la prochaine abbaye de Saint-Jean-de-Matha le fera soit comme un touriste, soit comme un pèlerin. Par une telle visite, les lieux n'en sont pas transformés, mais qui s'y trouve aura ou non le sentiment d'y appartenir.

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