Enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva - La famille et les témoins boycottent le juge Sansfaçon

«Nous on respecte la justice, mais on n’a pas l’impression que la justice nous respecte» – Patricia Villanueva
Photo: Pascal Ratthé «Nous on respecte la justice, mais on n’a pas l’impression que la justice nous respecte» – Patricia Villanueva

L'enquête publique sur la mort de Fredy Villanueva se fera sans les principaux intéressés, partis en furie hier. Ils n'apprécient pas la prudence du coroner Robert Sansfaçon, qui juge prématuré de traiter de profilage ethnique.

Ayant perdu tout espoir que la lumière soit faite sur la mort du jeune Fredy Villanueva, sa famille et les témoins principaux du drame ont annoncé hier leur intention de boycotter l'enquête du coroner Robert Sansfaçon.

Les Villanueva et les quatre principaux témoins de l'altercation au cours de laquelle le policier Jean-Loup Lapointe a abattu le jeune homme ont quitté le Palais de justice avec fracas, hier. «Depuis le mois de janvier qu'on se bat pour la même chose, ça ne va pas changer. Je ne pense pas que la justice existe ici au Québec», a dit Patricia Villanueva (la soeur du disparu), exprimant la position conjointe de ses parents, de son frère Dany et des quatre autres témoins de l'intervention du 9 août, à Montréal-Nord. Ils ne participeront pas aux travaux, mais ils viendront témoigner s'ils sont contraints de le faire. Le coroner Sansfaçon a d'ailleurs dit qu'il n'hésitera pas à faire arrêter les témoins qui refuseront de se présenter l'enquête, à compter du 25 mai. «Nous, on respecte la justice, mais on n'a pas l'impression que la justice nous respecte», a dit Mme Villanueva.

L'impasse est attribuée aux commentaires du coroner Sansfaçon qui, pour le moment, refuse d'élargir son enquête pour englober la question du profilage ethnique par les agents du Service de police de Montréal (SPVM), jugeant la chose «prématurée». M. Sansfaçon veut entendre tous les témoins utiles pour établir les causes et circonstances du décès avant de décider de l'opportunité de tenir compte du profilage ou non.

La Ligue des droits et libertés s'est montrée satisfaite de cette politique de la porte entre-ouverte, et ses avocats ont accepté de reporter à une date ultérieure l'étude de leur requête pour élargir le mandat du coroner. M. Sansfaçon a louangé la requête de l'organisme, tout en déplorant la forme «plus boiteuse» de celle d'Alain Arsenault, l'avocat qui a pris la parole pour les Villanueva et les principaux témoins hier. M. Sansfaçon a paru excédé devant l'insistance de Me Arsenault, qui cherchait à obtenir l'assurance immédiate que l'enquête touchera au profilage ethnique.

Me Arsenault a assimilé le retrait des Villanueva et des témoins à un bris du lien de confiance, qui tient également au refus du ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, d'assumer les frais d'avocat de tous les témoins civils. «On demande un minimum d'équité. On demande également que ça soit clair dès le départ [...] qu'on va toucher à des questions de profilage racial, a-t-il commenté. On ne peut pas aller avec des "peut-être". Il faut que ça soit clair.»

La position étapiste du coroner Sansfaçon est tout à fait légitime, bien que d'autres coroners avant lui aient formulé une interprétation large de leur mandat avant même l'audition du premier témoin. À titre d'exemple, le coroner Guy Gilbert, qui était chargé de faire la lumière sur la mort du caporal Marcel Lemay lors de la crise d'Oka, avait annoncé d'entrée de jeu son intention d'aborder des questions plus larges sur les politiques de la SQ et son degré de préparation. La jurisprudence reconnaît d'ailleurs à l'enquête du coroner un rôle social et préventif.

Le coroner Harvey Yarowsky avait aussi dénoncé, avec une grande sévérité, les comportements racistes au sein de la police de Montréal dans son rapport d'enquête sur la mort de Marcellus François, abattu par erreur en 1991. «Une plus grande suspicion pèse sur les citoyens des minorités visibles», écrivait Me Yarowsky en 1992. «Qu'en est-il en 2008-2009. C'est ça la question», estime Me Arsenault.

Par ailleurs, les médias peuvent nommer Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilotte, les policiers mis en cause dans la mort de Fredy Villanueva, mais le coroner Robert Sansfaçon a accédé à la demande de leurs avocats d'interdire aux médias de montrer des images d'eux ou de révéler des détails permettant de les localiser. Selon le témoignage rendu hier par Richard Dupuis, inspecteur adjoint au chef de la division du renseignement au SPVM, il en va de leur sécurité. Depuis l'incident du 9 août, les deux agents font l'objet de mesures de protection secrètes.

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