Enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva - Un autre groupe menace de boycotter l'enquête

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La Ligue des droits et libertés menace de se retirer de l'enquête sur la mort de Fredy Villanueva si le coroner refuse d'examiner le profilage ethnique, un problème qui a refait surface hier à Montréal-Nord avec l'histoire d'un jeune de 14 ans victime d'une arrestation musclée.

Après la famille de Fredy Villanueva et les principaux témoins de la mort du jeune homme aux mains du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), c'est au tour de la Ligue des droits et libertés d'exiger la tenue d'une enquête élargie du coroner sur les tensions sociales entre la police et la population de Montréal-Nord.

La Ligue des droits et libertés présentera une requête au coroner ad hoc Robert Sansfaçon, aujourd'hui, afin de le convaincre d'examiner les questions de profilage ethnique, d'impunité dont bénéficient les policiers dans les situations de mort d'homme et des effets pernicieux de l'escouade Éclipse, formée en 2008 pour réprimer le phénomène des gangs de rue.

La ligue, reconnue comme «personne intéressée» pour l'enquête publique, menace même de se désister si le coroner n'accède pas à ses demandes. «Dans la mesure où ces conditions ne seraient pas respectées, la Ligue se réserve la possibilité de se retirer du processus d'enquête», confirme Nicole Fillion, coordonnatrice de la Ligue des droits et libertés.

Encore du profilage?

Comme par hasard, un nouveau cas potentiel de profilage ethnique par des agents du Service de police de la Ville de Montréal a défrayé la manchette hier. Un jeune d'origine haïtienne, Antonio X, porte les marques de sa rencontre avec des patrouilleurs du poste 39, le 20 mars dernier. L'étudiant de 14 ans s'éloignait d'un pas rapide d'une bataille à laquelle il n'était pas partie prenante, à Montréal-Nord, quand il a été rattrapé par deux agents qui l'ont plaqué durement au sol, une «intervention» au cours de laquelle il a subi des ecchymoses et des lacérations au

visage.

Au plus fort de l'opération, quatre voitures de patrouille et six policiers étaient présents pour neutraliser le jeune homme de 5 pieds 5 pouces, 132 livres, qui a été menotté et interrogé sur place. Aucune accusation n'a été portée contre Antonio X, qui jure avoir été un simple témoin d'une rixe entre adolescents. «Avant, je n'avais pas peur de la police quand je la voyais, mais maintenant, j'ai peur», a-t-il dit hier.

Le Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRAAR) a déposé une plainte auprès de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse au nom d'Antonio X, afin de réclamer 30 000 $ des policiers concernés. Fo Niemi, directeur général du CRAAR, invite aussi la Commission à faire un examen systémique des procédures d'arrestation et d'interrogation des mineurs par le SPVM.

Selon Will Prosper, de Montréal-Nord Républik, et Don H. Fils-Aimé, du Regroupement d'intervenants d'origine haïtienne de Montréal-Nord, l'histoire d'Antonio X n'est pas un cas isolé. «Si ce n'est pas du profilage et du racisme, alors je vous prie d'éclairer ma lanterne», affirme M. Fils-Aimé.

Le chef de la division des communications au SPVM, Paul Chablo, juge regrettable que le cas d'Antonio X soit porté sur la place publique, d'autant plus qu'il ne s'agit nullement d'un cas de profilage ethnique, selon lui. Les policiers n'ont pas intercepté le jeune au hasard, le 20 mars; ils répondaient à un appel d'un citoyen témoin de la bagarre dans laquelle le jeune était clairement impliqué, selon la version des patrouilleurs. «Vous savez, il y a toujours deux versions. En 29 ans de carrière dans la police, j'ai répondu à des centaines d'appels pour des bagarres, et j'ai très rarement vu des gens avouer leur participation à une bagarre», a dit M. Chablo. Aucune mesure disciplinaire n'a été prise contre les policiers mêlés à l'incident.

Un problème bien réel

Selon la Ligue des droits et libertés, le profilage ethnique par les agents du SPVM est un problème qui perdure depuis plusieurs années. Bien avant le décès de Fredy Villanueva, les tensions entre les jeunes et les policiers étaient déjà «très vives» à Montréal-Nord.

Dans sa requête, la Ligue suggère que l'intervention désastreuse du 9 août est la conséquence du changement de mission du SPVM. Investis dans la «lutte contre les incivilités» depuis 2003, les policiers ont augmenté leurs opérations contre des catégories bien précises de citoyens. «Dans ce contexte de "prévention du crime" et de "lutte contre les incivilités", le policier risque de considérer que tout jeune ou toute personne hors normes, en apparence innocent, est un délinquant qui s'ignore», affirme la requête de la Ligue. Par ailleurs, les interventions de l'escouade Éclipse ont exacerbé les tensions.

«Nous pensons qu'actuellement, ce qui prévaut à Montréal et au Québec depuis des années, c'est une méfiance de la population envers la police, surtout chez les jeunes et les groupes minoritaires. Ce sont des conditions dangereuses à la fois pour la population et la police», estime Philippe Robert de Massy, un des avocats de la Ligue des droits et libertés.

Au cabinet du ministre Dupuis, la position n'a pas changé d'un iota. Il n'est pas question de tenir une enquête élargie, mais une stricte enquête du coroner.

Avec La Presse canadienne

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