Congrès juif québécois: un nouveau nom, un nouveau président

L'organisme représentant les quelque 93 000 Juifs québécois change de nom. «La communauté juive du Québec se voit comme québécoise», explique son nouveau président, le jeune avocat Adam Atlas.

Le Congrès juif canadien, région du Québec, deviendra officiellement le Congrès juif québécois (CJQ) à compter du 1er juillet. L'avocat montréalais Adam Atlas occupera alors la présidence de l'organisme, selon les informations obtenues par Le Devoir. Me Atlas remplacera le Dr Victor Goldbloom, arrivé au terme de son mandat de deux ans.

«Nous nous sommes dit qu'il était temps de couronner l'évolution des dernières années en portant un nom approprié, explique le président désigné, Adam Atlas, interviewé hier matin. La communauté juive du Québec se voit comme québécoise. Le gouvernement de Stephen Harper a reconnu officiellement la nation québécoise. La structure canadienne du Congrès juif a d'ailleurs donné son accord à ce changement de nom qui ne changera pas nos rapports fondamentaux.»

L'avocat de 37 ans sera le plus jeune président de la section québécoise de l'organisme canadien fondé en 1919. «J'ai de grands souliers à chausser, commente le président désigné, en parlant de son prédécesseur, ex-ministre et ex-commissaire aux langues officielles. Le Dr Goldbloom était probablement la personne la plus connue de la communauté et, moi, je suis probablement le candidat potentiel le moins connu.»

Éduqué religieusement au temple réformé Emanu-El-Beth Sholom de Westmount, diplômé de l'Université McGill en sciences politiques et en droit, il a fondé en 2003 son propre cabinet, spécialisé en droit commercial. Le militant raconte s'être engagé dans les affaires de sa communauté pendant ses années d'études au collège Marianopolis, il y a deux décennies.

«Les élèves juifs avaient érigé un soukka sur la pelouse du collège, dit Me Atlas. L'abri rituel a été vandalisé avec des croix gammées. C'était très choquant et j'ai alors commencé à m'impliquer dans les organismes juifs.»

Adam Atlas fait de la lutte contre l'antisémitisme une priorité de son mandat. Il précise que les actes antisémites ont tendance à augmenter ailleurs au Canada, mais à diminuer au Québec. «Nous aimons croire que la société québécoise devient de plus en plus tolérante», commente le président.

Le deuxième axe de son mandat vise à «continuer le rapprochement» entre sa communauté et les autres, dont la majorité québécoise francophone. Neuf Juifs québécois sur dix sont nés ou vivent au Québec depuis plus de 25 ans. Présente ici depuis plus de 250 ans, cette communauté compte maintenant environ 93 000 membres, essentiellement regroupés dans la grande région métropolitaine.

Elle y a développé des institutions fortes, des écoles, des temples, des organismes culturels et communautaires, un grand hôpital.

«Les juifs sont toujours en minorités dans les pays du monde, sauf en Israël, commente le président. Les persécutions nous ont aussi donné le réflexe de nous organiser pour nous protéger. Mais je crois aussi que les Juifs québécois d'aujourd'hui ne se voient pas tant que ça comme une minorité. Ils se voient comme des Québécois comme les autres.»

Le quart d'entre eux ont le français comme langue maternelle. «La norme, c'est d'être bilingue, résume Me Atlas dans son français impeccable. Les gens mal à l'aise avec la vie en français à Montréal sont partis.» À peine 15 % des Juifs québécois se rattachent à la communauté hassidique.

Montréal rassemble aussi le plus grand nombre de survivants de la Shoah en dehors d'Israël. Près d'un membre sur cinq vit sous le seuil de la pauvreté et le quart des enfants se trouvent dans cette pénible situation socioéconomique.

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