Nouveau code de la famille en Afghanistan - Droits et démocratie entend défendre les droits des femmes

Kandahar, Afghanistan — Une conférence d'un organisme canadien à Kaboul pourrait susciter une mobilisation générale contre une loi afghane controversée qui permet notamment aux époux musulmans de confession chiite de violer leurs femmes.

C'est ce qu'espère l'organisme Droits et démocratie, établi à Montréal, qui organise aujourd'hui une conférence internationale sur les réformes du code de la famille entreprises par certains pays musulmans. Coïncidence fortuite, une nouvelle loi vient d'être adoptée récemment par le Parlement afghan, qui interdit aux femmes de la minorité chiite de refuser des rapports sexuels ou de sortir de chez elles sans la permission de leur mari.

La loi a été dénoncée par plusieurs pays occidentaux alliés de l'Afghanistan, dont le Canada, et par conséquent le président Hamid Karzaï s'est engagé, samedi, à la réviser. Le président américain, Barack Obama, a qualifié cette loi de «méprisable».

Le Canada, qui a investi cinq millions dans l'élaboration du code de la famille, a demandé des «explications» au gouvernement afghan, et des députés fédéraux ont exprimé leur indignation.

«Il est important, de la part de la communauté internationale, de maintenir la pression sur le gouvernement Karzaï», a déclaré, hier, dans une entrevue téléphonique depuis Kaboul, la coordonnatrice de Droits et démocratie, Alexandra Gilbert. Elle s'occupe du dossier des droits des femmes en Afghanistan, où elle séjourne deux fois par année.

«Mais aussi, dans la société civile afghane, il est important que des voix s'élèvent et s'unissent pour que la pression soit plus grande, a-t-elle poursuivi, en précisant que l'affaire a eu peu d'échos dans les médias afghans. [...] On espère mobiliser à partir de l'événement, pour la suite des choses.»

Un comité mis sur pied par Droits et démocratie avait soumis des amendements à la réforme du code de la famille, qui date du début du XXe siècle. Les membres du comité, notamment des parlementaires et des représentants de la commission de la condition féminine, avaient eu vent il y a un an du projet de loi sur la minorité chiite et avaient fait des recommandations, mais elles n'ont pas été retenues, a déploré Mme Gilbert.

«Ils ont demandé à voir le projet loi pour commenter et ils ont fait des contre-propositions, en s'appuyant sur les engagements internationaux pris par l'Afghanistan en matière de droits de la personne, et en s'inspirant d'autres codes chiites d'autres pays musulmans», a précisé la coordonnatrice.

Dans ce contexte, la conférence d'aujourd'hui sera «fort intéressante», a assuré Mme Gilbert. Elle vise en effet le partage des expériences en rassemblant des experts internationaux et permettra donc d'examiner des modèles possibles de réforme, comme la Malaisie, le Pakistan et l'Iran.

«On veut s'assurer que le travail de révision [de la loi chiite] prenne en compte nos propositions et prenne en compte les exemples d'autres pays musulmans, des exemples positifs qui fonctionnent bien.»

Le rassemblement d'aujourd'hui pourrait permettre de «développer des stratégies et de travailler main dans la main» pour que les Afghanes puissent se faire entendre, a-t-elle ajouté.

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