Montréal-Nord a montré les limites de la police communautaire

L’intervention policière lors de l’émeute de Montréal-Nord continue de susciter des critiques.
Photo: Jacques Nadeau L’intervention policière lors de l’émeute de Montréal-Nord continue de susciter des critiques.

Un nouveau rapport, commandé par le Service de police de Montréal dans la foulée des émeutes à Montréal-Nord, se montre très critique du rôle des forces de l'ordre montréalaises, coincées entre le modèle répressif de la lutte aux gangs de rue et celui de la police communautaire.

L'essoufflement du modèle de police communautaire, jumelé aux interventions agressives de l'escouade Éclipse contre les gangs de rue, sont à la source de l'émeute survenue en août dernier à Montréal-Nord.

Un rapport commandé par le Service de police de Montréal (SPVM) est très critique du rôle des policiers montréalais. Vingt-cinq ans après son adoption, le modèle de la police communautaire montre des signes d'usure.

D'une part, il y a de «véritables conflits d'intérêts» entre les patrouilleurs locaux et les policiers membres d'escouades spécialisées comme Éclipse. «Le défaut de coordination et le trop fort contraste entre les styles d'action, qui passent du dialogue à une intervention quasi militaire, fragilisent l'action de toute la police en alimentant à nouveau les incompréhensions du public», affirme un rapport d'une quarantaine de pages rédigé conjointement par des chercheurs du Centre international de criminologie comparée (CICC) de l'Université de Montréal et le Centre international de prévention de la criminalité (CIPC), une ONG dont le siège social est à Montréal.

Le travail de l'escouade Éclipse, chargée de réprimer les gangs de rue dans les quartiers «chauds» de la métropole, dont Montréal-Nord, pourrait avoir contribué à exacerber le sentiment d'harcèlement et de discrimination ressenti par une partie de la population, principalement au sein des minorités visibles et des moins nantis.

D'autre part, les policiers habitués à fonctionner selon un modèle communautaire semblent mal préparés à affronter une émeute, étant donné qu'ils sont formés selon l'idée qu'il est préférable de se rapprocher de la population que de l'affronter de façon physique. C'est peut-être la meilleure approche pour prévenir les violences urbaines. Par contre, lorsque les rues sont à feu et à sang, cette stratégie de conciliation et de rapprochement est jugée «contre-productive».

Dès lors, les policiers se retrouvent dans une situation de double contrainte: ils ont tendance à vouloir éviter la confrontation avec les émeutiers, mais ils doivent quand même réprimer l'émeute. Leurs réactions oscillent entre «la sous-réaction à la gravité de la situation» et «la sur-réaction qui risque de mener à des abus dans l'usage de la force», constatent les auteurs du rapport.

S'il y a une leçon à tirer de l'étude comparative des émeutes survenues à Brixton, en Angleterre, à Los Angeles ou à Montréal-Nord, c'est que les policiers doivent intervenir rapidement. À défaut, ils perdent le contrôle des rues au profit des émeutiers.

Le rapport confirme par ailleurs que toutes les émeutes se déroulent «sur fond de climat de tension ancien». L'éruption de violence n'a rien de spontané: elle est précédée d'une lente détérioration des relations entre policiers et citoyens. «Ces tensions sont principalement alimentées par la mauvaise qualité des relations entre les habitants du quartier et les institutions publiques en général, et la police en particulier.»

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