Torture: un avocat du SCRS forcé de se rétracter

Ottawa — Le haut responsable des services de renseignement canadiens qui avait affirmé que le Canada pourrait utiliser des informations obtenues sous la torture «si des vies sont en jeu» a dû ravaler ses paroles. Geoffrey O'Brian a signé une lettre de rétractation hier, mais il n'a pas réussi à rassurer les députés de l'opposition qui se demandent maintenant si les agents du SCRS ne sont pas aussi confus que leurs patrons.

«Je désire clarifier le fait que le SCRS ne fait certainement pas la promotion de la torture et que c'est la politique du SCRS de ne pas se fier intentionnellement aux informations possiblement obtenues sous la torture», écrit M. O'Brian dans la lettre qu'il a adressée au Comité parlementaire de la sécurité publique à Ottawa.

Geoffrey O'Brian, un avocat responsable des dossiers législatifs au Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), a déclaré cette semaine qu'en de très rares occasions, lorsque cela permettrait d'éviter un important attentat terroriste comme celui d'Air India, l'agence pourrait avoir recours à des informations ayant été obtenues sous la torture. Depuis, le gouvernement conservateur et le SCRS tentent de réparer les pots cassés.

Hier, devant ce même comité parlementaire, le grand patron du SCRS, Jim Judd, et le ministre responsable, Peter Van Loan, ont affirmé que leur employé s'était fourvoyé et s'était perdu en conjectures. «C'est malheureux que M. O'Brian se soit trompé dans son témoignage. Je ne connais aucun cas où une telle utilisation d'informations a été faite par notre service», a dit M. Judd.

Les députés de l'opposition n'ont pas été rassurés. La bloquiste Maria Mourani s'est demandé si M. O'Brian avait menti ou perdu les pédales. «Pourquoi M. O'Brian nous a dit cela et maintenant va faire un rectificatif? Il nous apparaissait comme quelqu'un d'expérimenté.» Libéraux et néodémocrates se demandent qui d'autre au SCRS est confus et quelle confiance les Maher Arar de ce monde peuvent avoir que les garanties offertes par les patrons du SCRS sont respectées par la piétaille.

Le ministre Van Loan s'est dit prêt à rédiger une note à l'intention de tous les employés si cela peut rassurer le public. Le ministre a par ailleurs provoqué les rires quand il a expliqué que c'est parce que les informations soutirées sous la torture ne sont pas fiables que les démocraties occidentales ne la pratiquaient pas. «C'est aussi parce que c'est une violation des droits humains fondamentaux», a-t-il ajouté en riant lui-même de sa bévue.

Pas de vos oignons

Notons enfin que Jim Judd s'est fait coincer par un député libéral qui lui a demandé à quelle fréquence il priait, où il priait et où il se rendait après avoir prié. «Ce n'est pas de vos affaires», a répondu sèchement le patron du SCRS. «Alors, a répliqué du tac au tac Robert Oliphant, j'imagine que ce n'est pas l'affaire non plus des agents du SCRS lorsqu'ils rencontrent mes commettants musulmans.» M. Judd a baragouiné qu'il ne comprenait pas où le député voulait en venir. Celui-ci a expliqué que ces questions étaient régulièrement posées aux musulmans. Savoir que M. Judd lui-même trouvait ces questions déplacées les aiderait sûrement, a conclu le député, dans leurs éventuelles plaintes contre le SCRS.

À voir en vidéo