La révolte va en crescendo à Montréal-Nord

L'émeute survenue en août dernier à Montréal-Nord est le symptôme d'un malaise profond de la population se disant victime de racisme, discrimination et exclusion. Une révolte qui va en crescendo.

C'est du moins l'un des principaux constats dressés dans le rapport final des chantiers de Montréal-Nord qui sera rendu public aujourd'hui, un document dont Le Devoir a obtenu copie. Ce travail exhaustif vient confirmer le sombre portrait brossé par les organismes communautaires et les citoyens de Montréal-Nord depuis la mort du jeune Fredy Villanueva, abattu par un agent du Service de police de Montréal (SPVM), Jean-Loup Lapointe, lors d'une intervention qui a mal tourné. C'est tout le lien de confiance entre la population de Montréal-Nord et les autorités en général — pas seulement la police — qui doit être rebâti.

«La discrimination, le racisme, l'exclusion et le sentiment d'être des citoyens de seconde zone engendrent un malaise profond chez une part importante de la population de Montréal-Nord», constatent les 15 membres du chantier Prévention et sécurité publique, l'un des huit chantiers lancés par le maire de Montréal, Gérald Tremblay, dans la foulée de l'émeute qui a suivi la mort du jeune Villanueva.

Ce malaise, associé à la pauvreté concentrée dans certains quartiers sensibles de l'arrondissement (dont le nord-est), n'est pas près de se dissiper. «Si, autrefois, le sentiment d'exclusion était vécu individuellement, il est de plus en plus ressenti collectivement par des groupes de citoyens de Montréal-Nord, en particulier les membres des minorités visibles ou les résidants des secteurs sensibles. Les expressions de frustration, de colère et de révolte qui en découlent prennent ainsi une ampleur qui continue de s'accroître», explique le rapport du chantier Prévention et sécurité publique.

«Les enjeux de sécurité doivent être considérés sur la base de valeurs de justice, d'équité et de paix. Un groupe de citoyens qui estime être systématiquement victime d'injustice ou d'exclusion va être amené à considérer les mesures de sécurité publique comme des actions qui maintiennent cette situation, répriment les revendications d'égalité et accentuent le niveau de violence plutôt que de l'apaiser», enchaîne le document.

S'il est vrai que la plupart des policiers accomplissent leur travail convenablement, il n'en demeure pas moins qu'une minorité de patrouilleurs font preuve «d'attitudes et de comportements inappropriés», entre autres le profilage racial, le manque de respect et le tutoiement.

Ces patrouilleurs sont ramenés à une obligation élémentaire: faire preuve de discernement. «Il ne faut pas mettre tous les jeunes dans le même sac et aborder différemment les jeunes qui se livrent à la délinquance plus "légère". Il s'agit dans ce cas de miser sur la prévention et la réinsertion sociale, mais surtout d'offrir aux jeunes l'accès à des lieux, des équipements et des activités valorisantes et stimulantes», écrit-on.

En revanche, les doléances de la population de Montréal-Nord sont difficiles à cerner pour les autorités. Est-ce par méfiance, indifférence ou ignorance? Toujours est-il que les citoyens déposent peu de plaintes, ce qui semble contradictoire par rapport aux perceptions négatives véhiculées sur la place publique. «Il est donc difficile pour le Service de police de Montréal de faire la part des choses entre les cas réels et les rumeurs. En l'absence de plaintes formelles, il est difficile d'apporter les correctifs nécessaires», constatent les membres du chantier Prévention et sécurité publique, qui regroupe à la fois des représentants de la Ville de Montréal, du SPVM, du ministère de la Sécurité publique, du milieu scolaire et du monde communautaire.

Le rapport du chantier ne passe pas sous silence les carences dans l'encadrement de certains jeunes issus de familles dysfonctionnelles. Dans le schéma classique d'une famille monoparentale au sein de laquelle la mère doit travailler de longues heures et le père est absent, un jeune laissé à lui-même devient de facto une cible de choix pour les gangs de rue, une source bien réelle de peur et de préoccupation à Montréal-Nord. Pour remédier à ce manque d'encadrement, le chantier Prévention et sécurité publique suggère d'offrir des services aux jeunes «dans un continuum couvrant toutes les périodes de la vie», de la petite enfance à l'âge adulte, durant l'année scolaire tout comme la saison estivale, pendant et après les cours.

Le sort des jeunes et celui des familles et des aînés ont fait l'objet de rapports de deux chantiers distincts. La pauvreté sociale et matérielle des familles, la faim, la violence, la sous-stimulation des enfants d'âge préscolaire, l'isolement des aînés, la consommation élevée d'alcool et de drogue chez les jeunes, le décrochage scolaire, l'hypersexualisation des filles et les grossesses précoces constituent autant de freins à l'essor de la collectivité.

À cet égard, les chantiers déplorent le sous-financement chronique des organismes communautaires et le manque d'infrastructures publiques (parcs, espaces verts, places publiques, etc.) à Montréal-Nord.

Le chantier Aménagement et équipements collectifs propose d'ailleurs de reconfigurer le quadrilatère formé par la rue Pascal, le boulevard Rolland, le boulevard Henri-Bourassa et l'avenue Desy, qui regroupe cinq écoles et 5000 étudiants. C'est un véritable «campus» qui devrait être aménagé, avec places publiques, promenades piétonnières, piste cyclable et équipements sportifs et culturels.

Les recommandations et le rapport des chantiers de Montréal-Nord feront l'objet d'une présentation détaillée, cet après-midi en conférence de presse.

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