L'Église doit s'inquiéter du mouvement d'apostasie, disent des théologiens

Photo: Agence Reuters

Les demandes d'apostasie en hausse dans les diocèses de Québec et de Montréal se mesurent aussi à Sherbrooke. Le phénomène ne renversera évidemment pas l'Église, mais il a son importance, jugent les théologiens.

La hausse substantielle des demandes d'apostasie aux diocèses de Québec, de Montréal et de Sherbrooke forme la trame d'un «mouvement significatif», estiment plusieurs théologiens.

Hier, le diocèse de Sherbrooke a lui aussi confirmé observer une augmentation des demandes d'apostasie — la manière officielle pour les catholiques de rompre avec l'Église ou avec la foi — depuis les controverses qui ont secoué l'Église ces dernières semaines.

Le Devoir d'hier révélait que le diocèse de Québec (qui dessert un million de catholiques) avait reçu 50 demandes d'apostasie en un mois, contre une vingtaine en temps normal et sur une base annuelle. À Montréal, on signalait une proportion similaire.

Les contrecoups du débat au sujet de l'excommunication d'une équipe de médecins qui a pratiqué un avortement sur une fillette de neuf ans enceinte de jumeaux après avoir été violée par son beau-père au Brésil, ainsi que les propos du pape sur l'usage du condom comme arme inefficace pour combattre le sida en Afrique, ont donc amené une dizaine de personnes à signifier leur désir de quitter l'Église catholique en Estrie (250 000 catholiques officiellement recensés).

«Par rapport à la normale, ce sont des proportions similaires à ce qui se passe à Québec», indique le chancelier du diocèse de Sherbrooke, Guy Boulanger.

Le diocèse de Chicoutimi a pour sa part refusé de donner quelque chiffre que ce soit. À Trois-Rivières, on indiquait qu'il y avait eu peu de demandes («moins de cinq»), mais on n'a pas donné plus d'information.

Lundi, le diocèse de Montréal a expliqué au Devoir que les données concernant les demandes d'apostasie sont jugées confidentielles, contrairement aux statistiques sur les mariages et les baptêmes. On était toutefois prêt à dévoiler les données concernant les apostats qui ont réintégré l'Église...

Mouvement significatif

En chiffre absolu, les demandes d'apostasie représentent une goutte d'eau dans un océan. Mais l'Église aurait tort de sous-estimer ce mouvement, croient les théologiens interrogés hier.

«C'est un mouvement très significatif, estime Marie-Andrée Roy, de l'UQAM. Les gens qui posent ce geste font une démarche pro-active, ce n'est pas une simple indifférence. C'est signe qu'il se passe quelque chose qui dérange profondément.»

Mme Roy doute que le mouvement prenne une «ampleur considérable», mais elle juge qu'il va «mettre de la pression sur le bras de fer qui se déroule à l'intérieur de l'Église», tant au Québec qu'au Vatican, entre les catholiques plus progressistes et la hiérarchie ecclésiastique.

«Une démarche de ce type-là est plutôt radicale, indique Gilles Routhier, de l'Université Laval. Mais ça indique forcément que plusieurs personnes ont été ébranlées par les récents événements», sans pour autant l'exprimer publiquement.

Ce geste «radical», M. Routhier le place dans un contexte où l'Église manque peut-être de canaux de communication. «Les conséquences d'une apostasie ne sont pas très importantes pour quelqu'un qui ne pratique pas. Mais c'est un cri de personnes qui ne sont pas indifférentes, et qui vont jusque-là parce que c'est devenu l'ultime manière pour elles de se faire entendre.»

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