Politiques et expériences européennes - Les dépenses en milieu rural sont un investissement !

Sarah Skerratt est chercheure principale et chef d'équipe à la Rural Society Research Team du Collège d'agriculture d'Écosse, situé à Édimbourg. À ce titre, elle a étudié les politiques et les expériences européennes en matière de services en milieu rural. Résumé de sa conférence.

Quels sont les défis courants auxquels font face les pays européens en matière de services en milieu rural? On ne se surprendra pas d'apprendre qu'ils ressemblent à ceux qu'affronte le Québec, soit une faible densité de population, une faible masse critique, une population vieillissante et, par conséquent, des coûts de services par habitant élevés, comme nous en informe Sarah Skerratt, de la Rural Society Research Team du Collège d'agriculture d'Écosse.

«La structure démographique des régions rurales est souvent mal adaptée à la desserte des services publics locaux. Ces régions ont de la difficulté à établir une masse critique d'infrastructures et de services, ce qui résulte en une économie qui ne génère plus de possibilités d'emploi, d'où un important exode des jeunes. Ce cercle vicieux, dans lequel le chômage et la pénurie de services encouragent l'exode rural, est typique des régions rurales depuis que le secteur agricole embauche moins.»

Il est, selon elle, important d'agir. «Les services publics locaux sont une condition du développement. Ils sont associés non seulement au bien-être de la population, mais aussi au potentiel d'attraction et de rétention d'une population économiquement active et des entreprises. Les services sont ainsi liés à la croissance et à la pérennité des milieux ruraux.»

Grandes lignes européennes

Malgré la reconnaissance du problème par l'Union européenne et quelques démarches novatrices, Sarah Skerratt déplore que «la dimension financière dominante des politiques de développement rural en Europe demeure sectorielle et centrée sur les subventions agricoles. Les dépenses publiques dans le domaine du développement rural demeurent faibles et ne représentent que 1/3 % du budget de l'UE pour l'agriculture. Les dépenses sont aussi fragmentées et compartimentées.»

Le concept de subsidiarité est au coeur des politiques européennes et il comprend à la base le principe d'universalité. L'universalité permet de cerner les principes communs, telle l'accessibilité, mais la subsidiarité laisse aux États membres les modalités d'implantation, ce qui permet la prise en compte des particularités de chaque pays. «Cette situation fait en sorte qu'il y a présentement 94 programmes nationaux et régionaux de développement rural en oeuvre, et le financement diffère selon les pays membres. Lorsque le pays membre intervient fortement, il y a possibilité d'une démarche relativement cohérente. Sinon, les services en milieu rural demeurent sectoriels et non territoriaux, les projets et les interventions sont à court terme et sont assujettis aux changements politiques, et parfois ils sont incohérents, ce qui crée des hot spots et des not spots, autrement dit, des lieux à la mode et des non-lieux.»

La Finlande

est un leader incontesté

La Finlande, selon Sarah Skerratt, est le leader européen en matière de développement rural et, en quelque sorte, constitue l'exemple à suivre. «Depuis 1988, la Finlande s'est dotée d'une politique nationale intégrée qui a été mise au point par le Comité sur la politique rurale, qui forme une trame de politiques cohérentes et qui incorpore les programmes de l'UE.» Cette politique nationale comporte deux volets: un volet large, qui comprend toutes les politiques et les mesures gouvernementales pouvant avoir un effet sur le développement rural, et un volet étroit, qui est centré sur les mesures et les outils visant spécifiquement le développement rural.

«Cette politique nationale encourage la coopération et le partenariat à l'échelle régionale et elle tient compte des initiatives des groupes d'action locaux et des groupes d'action villageois. Ainsi, les initiatives des hot spots et des acteurs locaux sont intégrées dans la planification et la stratégie nationales. Il n'y a pas de condescendance de la part des autorités nationales, et la politique s'élabore du sommet à la base et de la base au sommet.»

La Finlande s'est aussi donné des priorités: restructurer les mécanismes de desserte des services et favoriser la coopération entre les autorités locales,

se donner une desserte de services novatrice comprenant des points de service multifonctionnels, mobiles et é-lectroniques et associer les secteurs privés et tiers à l'offre de services publics. Les municipalités sont responsables des deux tiers des services de base, comme l'éducation, les services de santé et les services sociaux, la culture et les infrastructures. Le reste est fourni par le gouvernement national, le secteur privé et les ONG. «Selon le secrétaire général du Comité sur la politique rurale, Eero Uusitalo, la méthode du groupe d'action local va supplanter la démarche pour le développement rural basée sur l'agriculture, qui est conceptuellement désuète.»

Les prochaines étapes

Selon Mme Skerratt, les pays membres de l'UE auraient avantage à s'inspirer de la démarche finlandaise. «Les pays européens doivent établir des partenariats véritables et fonctionnels via la dévolution dans leur cadre national. On doit aussi intégrer et canaliser l'énergie des gens. Il faut également agir sur une période plus longue, être plus stratégique et se concentrer sur les résultats et non sur les rendements. De plus, l'offre de services doit être arrimée aux caractéristiques et aux atouts des différentes régions rurales, et une gouvernance efficace et inclusive est la clé de la desserte de services en milieu rural. Il faut donc faciliter la mise en commun des connaissances et simplifier les processus décisionnels. Il faut aussi mobiliser les collectivités locales et intégrer leurs attentes. Il faut en outre s'assurer que les politiques sectorielles sont toutes bien adaptées à la ruralité. Mais ce qu'il y a de plus important, c'est sans doute d'arrêter de considérer le développement rural et les services en milieu rural comme une dépense et les voir plutôt comme un investissement.»

Collaborateur du Devoir

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