Services en région - Il est possible de faire autrement

Est-il préférable de concentrer les services pour gagner en efficacité ou bien de déployer localement les services afin d'assurer une plus grande équité? Question difficile à trancher, puisque chaque cas exige sa solution propre. Portrait de deux situations et de deux démarches.

Jean Tanguay habite Saint-Magloire avec sa famille et il s'est engagé avec les autres citoyens dans la relance du village. «En 2000, explique-t-il, Saint-Magloire connaissait un important exode rural. Non seulement les jeunes quittaient le village, mais les jeunes familles avec des enfants aussi. Et il était devenu impossible d'attirer de nouveaux citoyens.»

Cet exode rural, en particulier de la part des familles avec jeunes enfants, a eu pour effet de considérablement abaisser le taux de fréquentation de l'école primaire du village. À tel point que la commission scolaire envisageait tout simplement de fermer cette école. «Il n'y avait plus assez d'écoliers pour se conformer aux règles et aux normes de la commission scolaire. Selon les statistiques de la commission scolaire, rien ne justifiait de garder l'école ouverte.»

Mobilisation citoyenne

Que faire alors? La fermeture de l'école condamnait le village à vivoter et annulait toute chance d'attirer de nouveaux citoyens afin de relancer le village. «On pouvait se taire et endurer les conséquences ou on pouvait se mobiliser et se prendre en main.» On a opté pour la seconde solution. «On a décidé de se mobiliser pour sauver l'école et on a organisé une première rencontre sur le sujet. Plus de 100 résidants sur les 700 que compte Saint-Magloire se sont présentés ce soir-là. C'est à ce moment qu'on s'est rendu compte de l'importance qu'avait l'école pour les habitants de Saint-Magloire.»

Plutôt que de chercher uniquement à faire revenir la commission scolaire sur sa décision, les citoyens de Saint-Magloire ont joué d'audace. «Il y avait beaucoup de maisons à vendre dans le village et les prix n'étaient pas élevés. On a eu l'idée d'acheter certaines de ces maisons et ensuite de les offrir en location en modulant le loyer selon le nombre d'enfants. On espérait ainsi attirer des familles et, par conséquent, faire augmenter la fréquentation de l'école primaire.»

Un coup de pouce

du hasard

Si l'idée avait ses mérites, c'est un coup de chance qui lui a donné son plein envol. «C'est par hasard que je suis tombé sur un article publié dans Le Soleil qui faisait état de la crise du logement que Québec vivrait en juillet. Je me suis dit: "Une crise du logement à Québec, nous, à Saint-Magloire, c'est le contraire. Ce ne sont pas des logements qui manquent, c'est du monde".» Il entre en contact avec le journaliste pour lui faire part du projet de Saint-Magloire. «L'article a fait la une du Soleil. C'est ce qui a fait connaître le projet, et on a réussi à attirer 52 nouveaux résidants dont douze écoliers de plus.» Suffisamment de nouveaux écoliers pour justifier, aux yeux de la commission scolaire, que l'école du village devrait rester ouverte. «Cela a mené aussi à un assouplissement des règles de la commission scolaire.»

Selon Jean Tanguay, l'expérience de Saint-Magloire est la démonstration qu'on peut agir autrement. «Lors d'un voyage en Bolivie, j'ai vu une école primaire en milieu rural qui accueillait deux groupes d'écoliers, un le matin et un autre l'après-midi, en raison des grandes distances que doivent parcourir les jeunes pour se rendre à l'école. Je mentionne cet exemple non pas parce qu'on pourrait l'importer, mais pour démontrer qu'on peut penser différemment.»

La Coop fédérée

Le cas de la Coop fédérée est tout le contraire. Ici, on a choisi de concentrer certaines activités afin de mieux servir les membres et les agriculteurs. Fondée en 1922, la Coop fédérée regroupe aujourd'hui une centaine de coopératives affiliées du secteur de l'agriculture et compte

51 000 membres. Elle est active dans plusieurs secteurs du monde agricole, notamment la production et la vente d'aliments pour animaux. Son chiffre d'affaires annuel dépasse cinq milliards de dollars. «Notre mission, explique Laurent Bousquet, vice-président de la Coop fédérée, est de soutenir l'activité économique agricole.»

C'est pour mieux accomplir cette mission que la Coop fédérée a choisi de restructurer certaines de ses activités. «Nous nous sommes aperçus que notre clientèle évoluait plus vite que notre offre. On perdait des clients aux mains de nos concurrents et, si l'on n'avait pas opéré un changement, la saignée aurait continué. Le statu quo était impossible.»

La situation était surtout précaire dans le domaine de l'alimentation animale. «On avait 40 usines de moulée éparpillées sur tout le territoire québécois, mais plusieurs d'entre elles ne fonctionnaient pas à plein régime. Dans certains cas, l'usine fonctionnait à 20 % de sa capacité.»

On a donc pris la décision de restructurer le secteur de l'alimentation animale. «Nous sommes donc passés de 40 usines à 14 usines pour l'ensemble du Québec. En agissant de la sorte, on augmente l'efficacité de nos usines de moulée et on est en meilleure position pour concurrencer les producteurs privés. Certains nous ont reproché le fait que la fermeture de ces usines brisait le lien d'appartenance entre l'usine et la localité. Mais à quoi bon une usine qui n'est pas efficace et qui ne peut pas répondre adéquatement aux besoins de la clientèle? De toute façon, les usines qui n'étaient plus rentables auraient fermé quand même. On a préféré prendre les devants afin de s'assurer que la restructuration se fasse de façon ordonnée.»

Comme on peut le constater: deux cas et deux démarches. Mais un seul souci: assurer des services de qualité en milieu rural.

Collaborateur du Devoir

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