Services de proximité - Des citoyens décident de passer à l'action

Un résidant adulte sur cinq dans les régions de Montréal et de Québec, soit environ 700 000 personnes, a récemment pensé à s'installer en milieu rural. Or plusieurs risquent de déchanter s'ils apprennent que le village convoité a vu son école primaire fermer ses portes, ou encore qu'Internet à haute vitesse n'y est toujours pas offert. En fait, ces tristes réalités enragent bien des ruraux, si bien que certains ont décidé de changer le cours des choses.

Benoît Guichard est scénariste en cinéma et enseignant à l'Institut national de l'image et du son (INIS). En tant que travailleur autonome, l'accès à Internet à haute vitesse est une nécessité. Or, il y a une dizaine d'années, il s'est installé à Très-Saint-Rédempteur, une municipalité située près de la frontière ontarienne, à moins d'une heure de Montréal. Lorsqu'il a voulu se brancher, il a frappé un mur.

«Les grandes entreprises ne sont pas intéressées à fournir des services dans des collectivités éloignées, parce que cela nécessite beaucoup d'investissements et ne rapporte pas suffisamment de profits», remarque-t-il.

Qu'à cela ne tienne! Après quelques années d'attente et de démarches multiples auprès de différentes entreprises, la collectivité de Très-Saint-Rédempteur a compris qu'elle ne serait jamais aussi bien servie que par elle-même.

Des citoyens, appuyés par la municipalité, ont donc formé une coopérative et ont monté un plan d'affaires. Afin qu'on accepte de leur prêter les 300 000 $ requis pour l'achat d'équipement, la coopérative a dû déposer 40 000 $ en garantie. «Personne ne nous prenait au sérieux au départ. Maintenant, nous avons construit cinq tours qui desservent plus de 250 résidences dans 18 municipalités», indique M. Guichard, président de la Coopérative de solidarité du Suroît-CSUR.

L'initiative a été si fructueuse qu'elle est maintenant citée en exemple dans le Guide pratique d'accompagnement créé par le Groupe de travail sur les collectivités rurales branchées.

Des investissements bienvenus

Si les gens de la Coopérative de solidarité du Suroît-CSUR ont dû travailler très fort pour mener le projet à terme, les municipalités qui marcheront dans leurs traces verront leurs tâches être simplifiées. En effet, le gouvernement du Québec a annoncé un investissement de 24 millions de dollars sur cinq ans pour apporter un soutien financier aux projets collectifs issus des milieux ruraux souhaitant fournir un service de qualité analogue à celui qui est offert en ville à un coût comparable. Actuellement, environ 10 % des Québécois n'ont pas accès à Internet à haute vitesse.

«Par souci d'équité, et comme Internet à haute vitesse n'est pas un luxe, nous avons déployé des mesures pour augmenter le taux de couverture en région et nous attendons les demandes des municipalités», a affirmé Nathalie Normandeau, ministre des Affaires municipales, des Régions et de l'Occupation du territoire, devant les nombreux participants de la Conférence nationale de Solidarité rurale.

«Si je me rappelle bien, nous avons déjà reçu neuf demandes et nous sommes prêts à en recevoir d'autres. Nous voulons dépasser rapidement 95 % de couverture au Québec, alors que la moyenne canadienne est d'environ 93 %»,

a-t-elle ajouté.

La ministre est aussi venue annoncer que, parmi les 38 millions accordés au Fonds de soutien aux territoires en difficulté, 5,5 millions serviront à maintenir des services de proximité dans les 152 collectivités rurales du Québec les plus dévitalisées.

Innover pour garder son école

Car maintenir et développer des services de proximité, c'est une lutte de tous les jours pour les différentes collectivités rurales du Québec. À Saint-Philémon, dans la MRC de Bellechasse, les citoyens se sont mobilisés pour réinventer leur école et en faire un lieu vivant et novateur.

«Nous voulons que toute la collectivité — les parents, les entreprises et la municipalité — se mobilise pour la réussite scolaire des jeunes et leur engagement communautaire. Pour garder le territoire de l'école vivant même l'été, nous y avons créé un terrain de jeu», explique Guy Boudreau, agent de développement rural du CLD de la MRC de Bellechasse.

Le projet pédagogique «L'école de la forêt habitée», en collaboration avec le Parc régional du Massif du Sud, a aussi été mis en place à Saint-Philémon. «En fait, nous avons lancé le projet en 2000, mais sans succès. Maintenant, avec la mobilisation de la collectivité, nous l'avons relancé et ça fonctionne très bien. Parce qu'il est évident que l'équipe-école a besoin d'être épaulée dans ce grand projet qui s'étend sur les six années du primaire. Nous avons notamment embauché un biologiste pour répondre aux questions des enseignants», explique M. Boudreau.

Toutes les initiatives peuvent être bonnes pour maintenir bien vivante une école de village. À Saint-Joachim-de-Shefford, on a opté pour l'ouverture d'une école primaire internationale. L'initiative a été couronnée d'un grand succès.

Des écoles branchées

Or il arrive que, malgré bien des efforts, la masse critique d'élèves demeure trop faible pour arriver à offrir un environnement d'enseignement riche et stimulant. «Par exemple, si nous avons 18 élèves de différents niveaux dans une école, c'est difficile de faire des travaux d'équipe et c'est impossible d'aller chercher des enseignants dans toutes les spécialités qui doivent être enseignées, comme la chimie, la physique, la musique, la géographie, etc.», indique Jacqueline Dubé, présidente-directrice générale du Centre francophone d'informatisation des organisations (CEFRIO).

L'une des solutions mises au point dans certaines régions du Québec? «Mettre les petites écoles de village en réseau, grâce à des webcams. Ainsi, des enseignants spécialisés dans une matière peuvent s'adresser à tous les élèves branchés au réseau et de véritables projets d'équipe peuvent prendre forme malgré la distance physique», explique-t-elle.

Si le Québec a du travail à faire pour améliorer l'accès à Internet à haute vitesse dans ses différentes régions, il doit aussi rattraper le retard qu'il a pris sur les autres provinces en ce qui a trait à l'utilisation d'Internet, croit Mme Dubé. «Internet ne doit pas seulement servir à faire des achats en ligne. C'est aussi un véritable outil de développement et on doit s'en servir davantage.»

Collaboratrice du Devoir

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