Une première année à la barre - Claire Bolduc a la ruralité à coeur

Élue présidente de Solidarité rurale du Québec l'an dernier, Claire Bolduc a vécu cette année sa première Conférence nationale à la tête de l'organisme. Entrevue avec celle qui reprend le flambeau de la cause des mains de Jacques Proulx.

Claire Bolduc n'est pas une néophyte de la ruralité. Agronome de formation, elle exploite avec son conjoint un vignoble situé à Ville-Marie, au Témiscamingue, depuis 1995. Elle connaît bien Solidarité rurale puisqu'elle était présente à ses toutes premières heures. «Je siégeais alors au conseil d'administration de l'Ordre des agronomes du Québec, qui est un des membres fondateurs de Solidarité rurale.» De plus, elle connaît bien le fonctionnement d'une organisation puisqu'elle a assumé la présidence de l'Ordre des agronomes de 1999 à 2005, avant d'être élue au conseil d'administration de Solidarité rurale.

Que pense-t-elle de l'édition qui vient tout juste de se terminer? «Je suis très satisfaite; en fait, je ne pourrais pas l'être plus. Nous affichions complet dès la mi-mars et nous avons accueilli le même nombre de participants que l'an dernier. On aurait pu penser qu'en période de récession économique les gens se seraient davantage abstenus. Mais leur forte présence démontre jusqu'à quel point la ruralité leur tient à coeur.»

La qualité de l'événement aussi la réjouit. «Les participants avaient vraiment envie d'entendre les conférenciers et de participer aux ateliers. La qualité des conférences et des interventions ainsi que la qualité des discussions qu'elles ont suscitées étaient très élevées.»

Proximité des services

Le thème retenu cette année a été la proximité des services en milieu rural, un enjeu vital pour la ruralité s'il en est un et une cause chère à Solidarité rurale. «C'est la proximité des services qui assure que le milieu rural demeure un milieu de vie de qualité. C'est aussi un facteur d'attirance. Les milieux ruraux les plus accueillants sont les milieux qui offrent les meilleurs services. Et ça se comprend. Un jeune couple ira s'installer là où il y a une école, et une personne âgée, là où il y a des services de santé. Il est vrai que la ruralité est un autre mode de vie, et ceux qui la choisissent doivent accepter cette différence. Mais ils ne devraient pas être pour autant des citoyens à rabais.»

Certains services relèvent du gouvernement du Québec et de ses agents, comme l'éducation et les soins de santé, et c'est à ces portes que doivent aller frapper les collectivités rurales pour s'assurer du maintien d'un service. Mais que faire lorsque ce service relève du secteur privé? Que faire si le magasin général ferme ses portes?

«Il faut aller de l'avant et ne pas attendre le secteur privé. Plusieurs actions sont possibles. Les municipalités peuvent s'engager davantage, il y a les coopératives et les organismes à but non lucratif. Si on veut un service, il y a moyen de faire autrement. Les participants et les intervenants à la Conférence nationale en ont fait la démonstration plusieurs fois. Il s'agit de se prendre en charge.» Elle donne en exemple la municipalité de Saint-Joachim-de-Shefford, qui a donné une dimension internationale à son école primaire et dont les citoyens ont mis en place une coopérative qui gère un dépanneur, un restaurant et une station de services pour automobiles.

Il faut aussi miser sur la collaboration des différents acteurs d'une collectivité. «Il faut mettre les énergies et les idées en commun et forger des partenariats. La recette gagnante nécessite la mise en place d'un leadership rassembleur et la volonté de travailler ensemble. Quand les choses vont bien, on roule dans nos habitudes. Mais c'est quand les choses vont mal qu'on décide de s'engager et qu'on se mobilise pour trouver une solution. Un des défis qui se posent à nous, c'est de continuer à travailler ensemble même quand les choses vont bien.»

Occupation du territoire

Le gouvernement Charest entend proposer une politique de l'occupation du territoire, politique à laquelle Solidarité rurale a bien l'intention de collaborer. «L'occupation du territoire est depuis toujours une préoccupation de base de Solidarité rurale. Et nous entreprenons une réflexion approfondie sur le sujet, dont nous ferons part au gouvernement. Comment veut-on vivre sur ces territoires? Il faut d'abord se définir. Qu'est-ce que ces territoires représentent pour nous et comment les voit-on? Et comment les valoriser en tenant compte des caractéristiques propres à chaque territoire? Il peut y avoir des facilitateurs communs pour aider les territoires, mais il n'y a pas de solution mur à mur.»

Elle adhère aussi pleinement à l'idée mise de l'avant par la chercheure Sarah Skerratt, selon laquelle le développement de la ruralité ne peut pas être uniquement arrimé aux politiques agricoles. «L'activité rurale ne rime plus avec l'activité agricole. Aujourd'hui, seulement 7 % des ruraux tirent leurs revenus du travail agricole.»

Claire Bolduc entreprend donc sa deuxième année à la barre de Solidarité rurale et, comme on peut le constater, ce ne sont pas les dossiers qui font défaut. Mais elle envisage l'avenir avec enthousiasme et surtout avec passion. «J'ai un engagement profond envers la ruralité et les beautés de toutes les régions du Québec. Il y a là une grande richesse à partager, et je ne parle pas ici uniquement de richesses naturelles. Le Québec a intérêt à faire connaître ses richesses à l'ensemble de ses concitoyens. Il serait dommage de perdre cette richesse, si on n'y fait pas attention. Ce serait une perte non seulement pour les milieux ruraux, mais aussi pour l'ensemble de la société québécoise.»

Collaborateur du Devoir

À voir en vidéo