En ville ou en campagne ? Ils sont 700 000, ces citadins qui prévoient migrer vers la campagne

De rat de ville à rat des champs? Les citadins lorgnent-ils la campagne et voudraient-ils s'y installer? Selon un sondage dévoilé lors de la dernière Conférence nationale de Solidarité rurale du Québec, un citadin sur cinq y aurait récemment songé.

Réalisé par la firme SOM, en collaboration avec la Chaire Desjardins en développement des petites collectivités de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), un sondage rendu public la semaine dernière a mesuré les intentions de migration vers le milieu rural des adultes urbains résidant dans les régions métropolitaines de recensement de Montréal et de Québec. En tout, 2101 répondants ont participé au sondage, et la marge d'erreur est de 2,8 % pour l'ensemble, et ce, 19 fois sur 20. Ce sont donc 19,5 % des répondants qui ont indiqué qu'ils pensaient s'installer dans une municipalité rurale, ce qui donne environ 700 000 individus. De ce nombre, 8,9 % des répondants comptent le faire d'ici cinq ans.

Pourquoi la campagne ?

Le sondage s'est aussi intéressé aux raisons qui motiveraient les citadins à choisir de vivre en milieu rural. «La très grande majorité des répondants, soit 58,9%, ont indiqué que la principale raison de cette intention de migration est qu'ils souhaitent profiter de la tranquillité de la campagne», souligne Julie Fortin, direc-

trice des communications chez SOM.

La seconde raison invoquée par les répondants (21,1 %) s'apparente à la première: la recherche de grands espaces et l'envie de se rapprocher de la nature. Seulement 10,1 % des répondants ont indiqué qu'ils souhaitaient migrer pour fuir la ville et son stress. «Ces chiffres démontrent bien que la campagne attire plus que la ville ne fait fuir, avance Patrice LeBlanc, sociologue à UQAT. Parmi les gens qui pensent déménager en campagne, ce sont les facteurs attractifs, comme la tranquillité et les grands espaces, qui comptent davantage que les effets répulsifs de la ville. On peut donc avancer que la ruralité est un choix de vie plutôt qu'une solution de rechange.»

Mais la ville conserve encore son attrait, puisque 57,7 % des répondants ont indiqué qu'ils n'ont pas l'intention de migrer en milieu rural et qu'ils préfèrent demeurer en ville. Parmi les raisons invoquées pour ce choix, 40,5 % des répondants aiment tout simplement la vie urbaine et 36,1% ont mentionné la proximité et l'abondance des services qu'on trouve en ville.

La notion de proximité

Cette notion de proximité revient lorsqu'on interroge les répondants sur les facteurs qui seraient les plus déterminants dans leur choix d'une municipalité rurale plutôt qu'une autre. Les principaux facteurs sont la disponibilité des services (34,5 %), la proximité de la nature et des grands espaces (24,9 %) et la proximité du travail, de l'école, de la famille et des amis (13,4 %). Viennent ensuite, de façon presque égale, le coût d'acquisition d'une maison ou d'un terrain (8,6 %), la tranquillité (8,6 %) et, curieusement, la proximité d'un centre urbain (8,5 %).

«On peut en déduire que la campagne doit être proche de la ville et que la campagne n'est pas dans le village, explique Patrice LeBlanc. Les gens cherchent de grands espaces et ne veulent pas trop de voisins, donc le centre du village demeure peu ou pas attrayant. Mais les gens veulent aussi être proches des services, et l'accessibilité à une grande ville est aussi un facteur qui compte.»

Le sondage a également révélé les services qui sont jugés indispensables dans la municipalité rurale, ou à proximité d'elle, où les répondants voudraient s'installer. La présence d'un hôpital, d'une clinique médicale, d'un CLSC ou d'une pharmacie vient en premier chez 47 % des répondants. Suivent la présence d'une épicerie (25,8 %), la présence d'écoles et d'établissements d'enseignement (12,9 %), la présence d'un centre commercial (11,9 %), la présence de services d'urgence et de sécurité publique comme la police, les pompiers et l'ambulance (9,7 %), l'accès au transport en commun (8,3 %) et finalement la présence d'infrastructures de sports ou de loisirs (8,1 %).

La disponibilité d'un service Internet à haute vitesse est un facteur qu'ont pris en compte 46 % des répondants. Parmi ces derniers, 26,7 % considèrent comme incontournable l'accès à Internet à haute vitesse. La proportion est plus élevée chez les jeunes âgés de

25 à 34 ans (45 %), chez les détenteurs d'un diplôme universitaire (43 %) et chez les allophones (43 %).

Perceptions

et pistes de solution

Selon Patrice LeBlanc, quelques idées fortes se dégagent du sondage. «D'une part, la ruralité, c'est le calme, la nature et la liberté, mais, d'autre part, c'est aussi la peur de l'isolement et l'insécurité. À un milieu de vie calme et sans trop de voisins s'oppose la crainte de se retrouver seul. Il y a une tension entre une vision idyllique et une vision catastrophique de la ruralité. Et, pour les citadins, si la ville représente le stress et la pollution, ce sont aussi les services, le travail, les amis et la famille.»

Patrice LeBlanc propose donc quelques pistes de solution. «Il faut comprendre que migrer en milieu rural est un choix plutôt qu'une nécessité et que ce choix est souvent lié à la retraite. Pour attirer plus large, il faut s'assurer que les milieux ruraux soient aussi des lieux accueillants pour les familles, notamment celles qui ont des adolescents. Ensuite, il faut faire en sorte que les atouts des milieux ruraux plus éloignés soient valorisés. De plus, un accompagnement pour l'installation en milieu rural est nécessaire à l'intégration au milieu comme à l'intégration au travail. Et, finalement, il faut agir pour assurer la disponibilité des services de santé en milieu rural, puisqu'il s'agit d'un facteur déterminant pour un bon nombre des répondants du sondage.»

Collaborateur du Devoir

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