Jacques Proulx, grand leader, grand paysan: «Il faut aller vers un développement plus global, plus humain »

C'est un hommage bien senti que des gens des milieux politique, gouvernemental et médiatique et les nombreux participants à la 16e Conférence nationale de Solidarité rurale du Québec ont rendu au fondateur et ancien président de l'organisme, Jacques Proulx. L'émouvante cérémonie s'est déroulée jeudi dernier, un an jour pour jour après que le militant eut annoncé sa retraite.

Lors de la création de Solidarité rurale, en 1991, à la suite des états généraux du monde rural, le Québec s'est trouvé devant un homme qui avait envie d'en finir avec le déclin du monde rural. Impressionnée à l'époque, Claire Bolduc, nouvelle présidente de Solidarité rurale, semble toujours aussi admirative devant le personnage, «un grand homme, mais aussi un grand paysan», a-t-elle affirmé devant les nombreuses personnes venues rendre hommage à Jacques Proulx.

Peu de temps avant le début de l'événement, c'est un homme en paix avec sa retraite, un homme fier de sa ruralité et surtout un homme qui n'a pas perdu sa fibre militante que Le Devoir a rencontré. «Il y a toujours du travail à faire. Il faut toujours recommencer, aller plus loin», affirme le nouveau retraité.

Ce qui n'empêche pas Jacques Proulx d'être particulièrement fier d'avoir réussi à créer, avec Solidarité rurale, un véritable organisme pluriel et rassembleur.

«Je me suis toujours acharné à dire que le monde rural, ce n'est pas juste l'agriculture, même si c'est une activité très importante», indique l'ex-président de l'Union des producteurs agricoles (UPA), de 1981 à 1993. Jacques Proulx a justement fondé Solidarité rurale pour promouvoir un modèle de développement basé non seulement sur l'agriculture, mais aussi sur la spécificité du monde rural, sur son environnement ainsi que sur son organisation sociale et culturelle.

«Je regarde ça aujourd'hui et je n'en reviens pas de l'évolution du monde rural. Nous réussissons à réunir et à intéresser une grande diversité de personnes qui ont décidé de travailler ensemble. Nous avons des jeunes, des moins jeunes, des gens de tous les horizons, des gens qui ont connu la mission de Solidarité rurale et qui y ont adhéré puisque ça venait répondre à leurs préoccupations», explique-t-il.

Pour l'amour des villages

Bien qu'il ait beaucoup voyagé, Jacques Proulx est né et a passé toute sa vie à Saint-Camille, comme ses parents et ses grands-parents. «Nous sommes l'une des plus vieilles familles de Saint-Camille qui ont aidé à défricher les terres», affirme-t-il, visiblement fier de son village de 450 âmes, qui fait d'ailleurs souvent parler de lui dans les médias pour son grand dynamisme.

«Nous avons toujours eu une belle mobilisation. Déjà, au début du XXe siècle, le village avait l'électricité. Saint-Camille a toujours été novateur, mais attention! Tout n'est pas rose pour autant. Il ne faut pas se conter d'histoires. Il n'y a rien d'acquis», affirme le grand amoureux de la vie rurale.

En lui rendant hommage, Michel Venne, ancien journaliste du Devoir, a souligné les multiples facettes de Jacques Proulx, un grand militant qui demeure toutefois très près des gens de son village.

«Jacques Proulx est un homme authentique, capable d'intéresser un homme de la ville comme moi au monde agricole. C'est aussi un homme capable de se lever devant tout l'establishment réuni pour le Sommet économique de Lucien Bouchard, de se lancer dans une grande critique de la mondialisation néolibérale et de dire à ces personnes qu'elles faisaient fausse route. Lors d'une visite à Saint-Camille, j'ai aussi rencontré un homme préoccupé par son village et près des gens de son coin», a raconté M. Venne.

Le droit de parole n'est pas un privilège qu'on a partout dans le monde, est venu rappeler Jean-Pierre Fournier, vice-président de Solidarité rurale, et Jacques Proulx disait toujours que nous, qui en bénéficions, avons le devoir de le mettre en pratique.

Partir sur de nouvelles bases

À la retraite, mais toujours prêt à aller au front pour défendre les villages du Québec, Jacques Proulx se réjouit de voir que ses efforts n'ont pas été vains et qu'une relève a repris le flambeau. «C'est le renouvellement, l'arrivée de gens de différentes tranches d'âge qui amènent de nouvelles idées, un savoir, une fougue. C'est tout un défi d'être capable d'avoir du monde qui a le goût de s'investir, le goût de changer le monde et qui le fait!»

Ainsi, Jacques Proulx se défend d'être pessimiste en envisageant l'avenir. «Il faut être optimiste, sinon on ne bouge pas.»

L'optimisme de Jacques Proulx ne l'empêche toutefois pas d'être inquiet en regardant les temps difficiles que le monde vit actuellement. «Il faut tuer le modèle moribond de développement pour aller vers un développement plus global, plus humain, qui porte une attention particulière aux ressources d'un territoire.»

Un développement plus respectueux de l'environnement, donc? «Tout à fait! On ne s'en préoccupe pas encore assez. Sans être alarmiste, je crois qu'il faut bouger.»

Évidemment, à la ville comme à la campagne, la crise économique frappe. Aux yeux de Jacques Proulx, il n'y a plus rien de sûr. «On n'a pas le choix, il faut s'adapter. Il faut même profiter des circonstances pour bâtir de nouvelles démarches, de nouvelles façons de faire qui vont créer de la prospérité sur de nouvelles bases plus durables.»

De l'UPA aux états généraux du monde rural, en passant par la commission Caron-Proulx sur les petites écoles de village et par le Sommet sur la forêt privée, Jacques Proulx a mené plusieurs batailles et peut être fier de la solide expérience qu'il a acquise au fil des ans. Pourtant, il ne demande pas mieux que d'être surpris par de nouvelles idées qui feront avancer la cause.

Claire Bolduc a d'ailleurs tenu à souligner, lors de l'hommage, «l'inestimable organisation» léguée par M. Proulx pour porter son message rempli d'amour et de considération pour le monde rural. «Comme je dis toujours, je vous succède, mais je ne vous remplacerai jamais. Je vais porter votre héritage et le faire rayonner.»

Collaboratrice du Devoir