Relations Grèce-Québec - Quand deux cultures se rencontrent

Montréal, coin Jean-Talon et Bloomfield. Toute de bronze vêtue, la déesse Athéna s'élève au centre du parc qui porte son nom. La main tendue, elle veille à la destinée de l'imposante communauté hellénique enracinée dans ce coin du Québec et témoigne, selon le consul général de la Grèce, Georgios Zacharioudakis, des liens étroits liant Grecs et Québécois depuis plus de 100 ans. Histoires de cultures.

Un bref retour sur le passé suffit pour constater que la présence de la communauté grecque en sol québécois ne date pas d'hier. Avant même le début du XXe siècle, ils étaient déjà quelques centaines à avoir élu domicile au Québec. La grave crise agricole de 1906, les deux guerres mondiales et la guerre civile qui secoue le pays à la fin des années 1940 accéléreront le mouvement. C'est cependant au cours des années 1960 que les plus importantes vagues d'immigrants en provenance de la Grèce se feront sentir. Le coup d'État de 1967 et la dictature qui en découle pousseront en effet nombre de Grecs à quitter leur pays d'origine. Beaucoup d'entre eux opteront pour le Canada, dont une large part pour le Québec.

Pour la plupart réfugiés politiques, les nouveaux arrivants d'alors sont aussi plus scolarisés que ne l'étaient leurs prédécesseurs, majoritairement employés dans la restauration, la pâtisserie et la confiserie. Ils changeront le visage de la communauté grecque en exil et favoriseront son intégration pleine et entière à la société québécoise. Signe de cet enracinement progressif mais définitif, un demi-siècle plus tard, la communauté grecque québécoise compte environ 100 000 personnes. Des gens d'horizons divers et dont l'influence n'est plus à démontrer, selon Georgios Zacharioudakis. «Aujourd'hui, explique-t-il, les Grecs sont présents et ont du succès dans tous les domaines, que ce soit aux plans culturel, social, économique, scientifique ou même politique. Depuis leur arrivée ici, leur situation s'est énormément améliorée. Il ne fait plus aucun doute qu'ils sont aujourd'hui membres à part entière de la société québécoise.»

Des liens multiples

Les liens entre les Néo-Québécois d'origine hellénique et la population québécoise se sont matérialisés de diverses manières à travers les décennies. Au plan économique, les relations établies se comptabilisent en millions de dollars. De fait, en 2002 seulement, le Québec exportait pour environ 83 millions de dollars de marchandises en territoire hellénique. Inversement, au cours de la même période, la Grèce exportait vers le Québec l'équivalent de 50 millions de dollars de biens de toute nature. Un commerce imposant donc et «appelé à prendre encore de l'expansion», de l'avis du consul général.

C'est cependant en matière culturelle que l'empreinte de la communauté grecque en sol québécois est la plus manifeste. De concerts en fêtes populaires, nombreuses sont en effet les occasions mises de l'avant par les représentants de la communauté grecque pour faire connaître leur culture et leurs traditions au reste de la population du territoire. La communauté hellénique peut même compter sur la présence d'un centre d'études universitaires de grec moderne mettant à contribution l'université McGill, l'université Concordia et l'Université de Montréal, sans compter les nombreux cours de langue offerts un peu partout, surtout à Montréal. «Lorsque, en collaboration avec la communauté, les autorités gouvernementales et quelques associations privées, nous organisons des activités culturelles, il y a toujours dans l'auditoire un bon pourcentage de Québécois. Ils sont intéressés par nos traditions et plusieurs veulent apprendre le grec. C'est ce qui fait qu'aujourd'hui nous pouvons dire que nous avons rapproché la culture grecque du peuple québécois.»

Établi depuis 1966, le consulat général de Grèce a également contribué au rapprochement politique entre les autorités québécoises et helléniques. Bon an, mal an, de dizaines de politiciens grecs viennent en effet visiter le Québec. Une tradition que le consul général de Grèce aimerait voir s'accentuer. «Déjà, précise-t-il, les échanges entre les maires d'Athènes et de Montréal sont excellents et certains ministres québécois sont venus en Grèce, mais il y aurait encore beaucoup à faire dans ce domaine.»

Dans ce domaine et dans bien d'autres encore, aime-t-il d'ailleurs rappeler. «Les Grecs sont fiers de leur pays d'origine. Ils maintiennent toujours leur attachement avec la Grèce, mais ils sont aussi en mesure de contribuer à la société québécoise. Par le travail acharné qu'ils ont accompli — mais aussi grâce à l'ouverture dont la population a su faire preuve à leur égard — ils l'ont déjà démontré de plusieurs façons et ils peuvent le faire encore. Les relations entre le Québec et la Grèce sont là pour durer et pour grandir.»