Hommage à Camille Laurin - Landry craint une brèche dans la loi 101

Camille Laurin photographié en 1980
Photo: Jacques Grenier Camille Laurin photographié en 1980

L'ancien premier ministre du Québec, Bernard Landry, estime que l'actuelle contestation de la loi 104, adoptée en 2002 pour colmater une brèche dans la loi 101, pourrait provoquer «une des plus graves brèches» qui soit dans la Charte de la langue française du Québec.

«Il y a une dimension fondamentale qui est devant [la Cour suprême]. J'espère que les juges n'emprunteront pas une voie aussi odieuse», a-t-il fait valoir en entrevue au Devoir, en marge d'une soirée hommage à Camille Laurin, considéré comme le père de la loi 101. «Ce serait non seulement culturel, ce serait antisocial parce que ça permettrait à ceux qui ont de l'argent d'aller au privé pour contourner une loi fondamentale», a ajouté M. Landry.

Il a du même coup exigé que Québec agisse en cas de victoire des opposants à la loi 104. «Le gouvernement du Québec, si jamais une telle chose arrivait, devrait mettre tout en oeuvre, aller jusqu'au plus haut niveau d'intervention pour empêcher qu'une chose pareille arrive», a-t-il affirmé.

La loi 104 a été adoptée en 2002 pour colmater une brèche dans la loi 101, par laquelle les élèves allophones pouvaient fréquenter l'école publique anglaise s'ils avaient fréquenté une école anglaise privée non subventionnée pendant au moins un an. En août 2007, la Cour d'appel, dans une décision partagée, avait conclu que les portions de la Charte ajoutées en 2002 contrevenaient à la Charte canadienne des droits et libertés. Après ce jugement, le gouvernement de Jean Charest avait décidé sur-le-champ de porter la cause devant la Cour suprême.

M. Landry en outre rendu hommage à son «ami» Camille Laurin. «Parmi l'oeuvre durable de tous les hommes politiques contemporains, celle de Camille Laurin est une des plus essentielles, a-t-il insisté. S'il n'avait pas eu l'intelligence et le courage de mettre de l'avant la loi 101, de la défendre et de la faire approuver, ce n'est pas certain que la résilience québécoise serait encore possible.»

«Pierre Elliott Trudeau a dit à l'époque que c'était une loi de fous et il a déclenché toute une bataille, a d'ailleurs rappelé M. Landry. Les analystes juridiques du Canada anglais disent qu'une des grandes motivations de la Charte canadienne des droits et libertés, dans les dimensions linguistiques, c'était de combattre la loi 101.» Camille Laurin est décédé il y a maintenant 10 ans.

À voir en vidéo