Contrer la crise en «inventant l'économie verte»

En prévision du sommet du G20 qui se tiendra à Londres au début d'avril, le Programme des Nations unies pour l'environnement a publié hier un programme en cinq points qui permet d'utiliser l'argent investi pour contrer la crise économique afin de «créer des emplois aujourd'hui tout en inventant l'économie verte de demain».

Pour la direction du PNUE, ce plan de match proposé à la communauté internationale devrait autant servir de canevas aux gouvernements que de grille de référence aux écologistes qui voudraient mesurer la valeur environnementale des politiques de leurs gouvernements.

À l'échelle planétaire, estime le PNUE, il faudrait consacrer 1 % du PIB ou environ 750 milliards — moins de 10 % que ce qui a été dépensé pour les banques, les grandes entreprises et les primes de leurs cadres — afin de transformer cinq secteurs économiques. Ces investissements, selon le PNUE, auront des impacts positifs en stimulant simultanément l'économie internationale, la création d'emplois, la lutte aux changements climatiques, en réduisant la destruction de l'environnement et la pauvreté.

Ces 750 milliards devraient susciter une activité économique d'une valeur globale de trois billions (3000 milliards).

Cinq points

Il faudrait donc, selon le PNUE, épuiser en priorité le bassin disponible d'économies d'énergie en haussant d'abord le niveau d'efficacité énergétique des bâtiments, grands et petits, qui sont responsables de 30 à 40 % des émissions de GES. La facture d'énergie de la plupart des bâtiments peut en effet être réduite jusqu'à 80 %. Ce type d'investissement est le plus rentable socialement puisque ses bénéfices sont uniformément répandus. Le Québec a annoncé un programme de restauration de ses édifices publics mais n'a rien annoncé, contrairement à Ottawa, pour améliorer son patrimoine bâti privé. Aucun objectif n'a toutefois été ciblé comme aux États-Unis (un million de maisons).

En deuxième lieu, les gouvernements doivent investir, comme les États-Unis, le Japon et la Corée, dans les «énergies vertes renouvelables, soit le vent, le solaire, la géothermie et la biomasse». En comparaison, le budget québécois met plutôt l'accent à coups de milliards sur la production hydroélectrique, notamment avec le plan Nord de Jean Charest, une énergie «bleue» que ni les États-Unis, ni l'ONU ne mettent dans la liste des énergies «vertes».

Troisièmement, l'ONU suggère d'accélérer le passage à la motorisation hybride, ce qu'encourage le budget québécois mais pas celui du gouvernement Harper. Mais ni Ottawa, ni Québec ne mettent en marche le moindre réseau de trains à haute vitesse, comme le suggère l'ONU, pour réduire notamment le transport par avion. Quant aux systèmes de transit régional par trains ou par autobus, il se développe lentement autour de Montréal, mais sans changer la place de la voiture, constamment consolidée par de nouvelles autoroutes.

Quatrièmement, le plan onusien invite les gouvernements à investir dans la protection de leurs cours d'eau, des forêts, des sols et des récifs coralliens. Au Québec, on entend stimuler plutôt la construction de petites et grandes centrales hydroélectriques sur les cours d'eau. En forêt, la gestion écosystémique se fait attendre depuis la commission Coulombe sous la pression des industriels.

Enfin, selon le plan onusien, tous les pays doivent privilégier une agriculture viable, ce qui exige d'accorder la priorité à une agriculture organique, précise son plan. Au Québec, les propositions de la commission Pronovost, qui allaient en ce sens, sont restées lettre morte jusqu'ici et tout indique que la politique en préparation va favoriser l'agriculture industrielle, indiquaient avant-hier des écologistes et Solidarité rurale.

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