Les autochtones demandent que la police s'occupe aussi de leurs disparues

Maisy Odjick, 16 ans, vivait avec sa famille sur la réserve de Kitigan Zibi, près de Maniwaki, lorsqu'elle a disparu sans laisser de traces et sans rien amener avec elle, en septembre dernier. Depuis ce temps, sa mère est convaincue que les autorités ne font rien pour retrouver sa fille.

«Je suis certaine que les droits de Maisy ont été violés, parce que rien n'a été fait pour elle. La police n'a pas mené de véritable enquête», soutient la mère de l'adolescente, Laurie Odjick.

Et son cas est loin d'être unique, explique la présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada, Beverly Jacobs. En fait, pas moins 510 filles et femmes amérindiennes ont disparu ou ont été assassinées depuis 1980 au pays. Dans près de 75 % des cas, le dossier est demeuré non résolu.

Ce pourcentage très élevé est dû à l'«indifférence» du public et des autorités au sort de ces femmes, selon Mme Jacobs. Un désintérêt alimenté selon elle par le racisme et les stéréotypes. «On ne dit pas qu'une jeune femme enceinte ou une jeune mère a disparu. Les stéréotypes associent le plus souvent les cas à des problèmes de prostitution ou de toxicomanie.»

C'est le genre de discrimination qui aurait joué contre Terrie Ann Martin, assassinée il y a sept ans à Calgary et dont le meurtre n'a jamais été résolu. «Elle a été traitée comme un sac d'ordures, juge sa mère, Sue Martin. Elle n'était pas un sac d'ordures. Elle était une mère, une soeur, une tante, une amie.»

Ce manque de volonté de la part des autorités est d'autant plus incompréhensible, selon Mme Jacobs, que les femmes autochtones vivant au pays ont cinq fois plus de chances de mourir d'une mort violente que les autres canadiennes. Elle se dit donc convaincue que des efforts majeurs d'éducation doivent être faits, mais aussi en matière d'accès à la justice.

«Les autorités canadiennes ignorent depuis trop longtemps la menace qui pèse sur les femmes autochtones dans les villes du Canada. Beaucoup sont portées disparues, certaines ont été assassinées, et les autorités canadiennes ne prennent pas de mesures suffisantes pour mettre fin à cette violence», dénonçait d'ailleurs Amnesty International, dès 2004. Dans son rapport 2008, l'organisation rappelle que rien n'a encore été fait pour améliorer la situation.

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