Brésil - Le cardinal Ouellet condamne à son tour les excommunications

Après les critiques d'un haut responsable du Vatican contre la décision d'un évêque brésilien d'excommunier les médecins et la mère d'une fillette qui a avorté après avoir été violée par son beau-père, au tour du clergé québécois de condamner ce geste. Dans une missive qu'il a rendue publique hier, le cardinal Marc Ouellet a fait savoir qu'il joignait sa voix à celle de Mgr Rino Fisichella, un proche du pape Benoît XVI, qui s'est porté à la défense de la petite Brésilienne de neuf ans dans un texte paru dimanche dans L'Osservatore romano.

Le cardinal Ouellet dit «comprendre les sentiments d'incompréhension, d'indignation et de révolte qu'ont éprouvés beaucoup de gens». «J'éprouve une grande tristesse en pensant au cas extrême de cette fillette qui aurait dû être traitée d'une façon plus humaine et plus évangélique», a écrit le cardinal, qui est à Rome jusqu'à la fin mars. Selon le Diocèse de Québec, Mgr Ouellet se serait exprimé parce qu'il s'est dit sensible aux nombreux courriels d'indignation qu'il aurait reçus sur le sujet. Celui qui est aussi primat du Canada était en Italie lorsque l'histoire a été révélée par les médias, mais il aurait consulté plusieurs personnes de son entourage au Vatican et aurait appelé plusieurs fois au Diocèse de Québec pour tâter le pouls de ses fidèles. La lettre, qu'il a signée comme archevêque de Québec, est d'ailleurs adressée à ses diocésains et diocésaines.

«Le cardinal Ouellet a voulu répondre à cette incompréhension qu'il a ressentie dans tous ces témoignages. Lui-même a été secoué et ébranlé par ce drame et il a senti le besoin de parler à son monde», a expliqué Isabelle Théberge, directrice des communications au Diocèse de Québec.

Mgr Ouellet a salué «avec encouragement et gratitude» l'intervention de Mgr Fisichella et a invité «toutes les personnes de bonne volonté» à prendre connaissance de sa déclaration «pour mieux comprendre l'attitude pastorale de l'Église». Dans sa tribune publiée dimanche, cet archevêque et président de l'Académie pontificale pour la vie écrivait que «Carmen [nom fictif] devait être d'abord défendue, embrassée et caressée avec douceur pour lui faire sentir que nous étions tous avec elle. [...] Avant de penser à l'excommunication, il était nécessaire et urgent de sauvegarder la vie innocente [de la fillette] et de la reporter à un niveau d'humanité dont nous, hommes d'Église, devrions être les experts et maîtres».

Dans un autre ordre d'idée, Mgr Ouellet a également salué dans sa missive le courage et l'humilité du pape Benoît XVI qui vient d'adresser une lettre à tous les évêques du monde pour clarifier les circonstances et la portée de la levée de l'excommunication des quatre évêques ordonnés il y a vingt ans par Mgr Marcel Lefebvre sans l'autorisation du Saint-Siège. Malgré le fait qu'il reconnaît ses erreurs, le Saint-Père y maintenait le bien-fondé de son initiative.

Ce que dit le droit canon

Le droit canon est sans équivoque: Qui procure un avortement, si l'effet s'en suit, encourt l'excommunication latae sententiae. Or, le paragraphe premier de l'article 1324 stipule que «l'auteur d'une violation n'est pas exempt de peine, mais la peine prévue par la loi ou le précepte doit être tempérée, ou encore une pénitence doit lui être substituée, si le délit a été accompli: par qui a agi forcé par une crainte grave, même si elle ne l'est que relativement, ou bien poussé par le besoin ou pour éviter un grave inconvénient, si le délit est intrinsèquement mauvais ou s'il porte préjudice aux âmes» (alinéa 5).

Et le paragraphe 3 d'affirmer clairement que, dans les circonstances dont il s'agit au paragraphe 1, «le coupable n'est pas frappé par une peine latae sententiae». «Dans sa missive, Mgr Ouellet a voulu réaffirmer le rôle premier de l'Église qui est d'accueillir la personne dans la souffrance et non pas d'appliquer la loi à tout prix», a souligné Isabelle Théberge, directrice des communications au Diocèse de Québec.

L'abbé Gravel applaudit le cardinal

Cette intention a trouvé écho chez l'abbé Raymond Gravel qui s'est réjoui d'être «pour l'une des rares fois» au diapason avec le cardinal Ouellet. Le prêtre de l'Évêché de Joliette et ancien député du Bloc québécois a vu un certain courage dans son geste. «C'est un cardinal, alors il est pris dans la hiérarchie de l'Église, et il est difficile pour lui de s'opposer clairement. Mais il fait certainement un pas en avant en invitant tout le monde à lire la déclaration de Rino Fisichella», a-t-il dit.

Selon l'abbé Gravel, reconnu pour être assez critique envers l'Église, l'excommunication est un principe dépassé. «On n'est pas à l'ère des excommunications, mais plutôt à l'ère de l'inclusion et de l'acceptation des autres. L'Église a bien plus besoin de porter un message d'espérance. Il faudrait vraiment abandonner ce principe», a-t-il insisté.

La semaine dernière, d'autres voix dissidentes, notamment de hauts prélats français et du Vatican, s'étaient élevées pour exprimer leur incompréhension à l'égard de cette décision prise par l'archevêque de Recife au Brésil. Celui-ci a même été désavoué par la Conférence nationale des évêques du Brésil.

Au Diocèse de Montréal, on assure que le cardinal Turcotte n'est pas indifférent à toute cette polémique. Ayant pris connaissance de la lettre de Mgr Ouellet, il lui aurait donné tout son accord. Il devrait réagir demain dans une lettre hebdomadaire qu'il envoie par courriel tous les mercredis.

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