Après-midi houleux à Montréal: 200 arrestations

Des policiers procèdent à une arrestation au cours de la manifestation tenue hier à Montréal contre la brutalité policière.
Photo: Pascal Ratthé Des policiers procèdent à une arrestation au cours de la manifestation tenue hier à Montréal contre la brutalité policière.

Plus de 200 personnes ont été arrêtées dans le cadre de la manifestation du Collectif opposé à la brutalité policière (COBP), hier après-midi, à Montréal. Quelques centaines de personnes ont participé à ce jeu du chat et de la souris annuel qui aura duré près de six heures et dont le terrain a été le coeur de la métropole québécoise.

Quarante-huit personnes ont été arrêtées en vertu du Code criminel alors que plus de 150 autres ont été interpellées pour avoir violé des règlements de la Ville de Montréal. «Les individus n'ont pas été arrêtés en raison de leur apparence, mais parce qu'ils avaient sur eux des armes, comme des bâtons ou des choses qu'ils pouvaient lancer», a indiqué le porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Ian Lafrenière, ajoutant que quelques-unes de ces personnes ont été arrêtées par mesure préventive.

Au moins une personne et un policier ont été blessés. Ce dernier aurait reçu une brique sur le bras, selon le SPVM.

Le COBP s'est gardé de dénoncer le grabuge fait par quelques-uns des manifestants. Toutefois, «nous, nous ne l'encourageons pas», a précisé le porte-parole du COBP, Pierre Francoeur. Selon le COBP, «il y a eu 43 morts aux mains de la police depuis 1987». «Le but de notre manifestation et de tout le travail qu'on fait depuis 15 ans, c'est de dénoncer ces impunités-là», a indiqué Pierre Francoeur quelques minutes avant que le coup d'envoi de la manifestation ne soit donné.

«[Les policiers] ne respectent pas la loi, ils font la loi. Ils ont un badge, un gun: ils ont le pouvoir», a lancé un manifestant. À côté de lui, un homme tenait fermement une pancarte où une photographie du policier Jean-Loup Lapointe qui a tiré à quatre reprises sur Freddy Villanueva, 18 ans, en août dernier dans l'arrondissement de Montréal-Nord, surmontait la phrase: «Brutalité policière, brisons le silence. Recherché pour meurtre.»

«Freddy Villanueva a été assassiné par l'agent Jean-Loup Lapointe. C'est ça que le monde doit comprendre. C'est ça qu'il faut dire», a déclaré le porte-parole du COBP, Pierre Francoeur, aux dizaines d'individus réunis devant lui. Le Collectif s'est dit dégoûté qu'aucune accusation criminelle n'ait été déposée contre les agents Jean-Lapointe et Stéphanie Pilotte.

Une centaine de personnes se sont agglutinées, vers 14h, devant l'entrée du métro Mont-Royal pour, quelques minutes plus tard, descendre dans la rue où les premiers affrontements entre des policiers et des manifestants ont éclaté.

À 14h45, sous des fusées éclairantes, des bouteilles de plastique et de verre, mais aussi des fruits, ont été lancés en direction des policiers de l'escouade anti-émeute qui bloquaient l'avenue du Mont-Royal à la hauteur de la rue Berri.

«Les gens ne connaissent pas leurs droits et [les policiers] en profitent», a lancé un manifestant. Pourquoi, je suis jeune, je suis marginal à leurs yeux, je ne "fitte" pas dans le moule de la société?»

Des incendies ont été allumés dans des poubelles. Des dizaines de vitrines, dont celle de la porte d'entrée de l'hôtel Hilton Garden Inn de la rue Sherbrooke, ont aussi volé en éclats. Plusieurs autres méfaits mineurs ont également été commis.

Quelques passants profitant du beau temps ont aussi été pris à parti entre les policiers et les manifestants.

«Le but de la manifestation, ce n'est pas de faire du grabuge, mais de faire du bruit. Parce que la brutalité de la police, le racisme de la police et le silence de nos élus face à ces questions-là, c'est ça le problème. Il faut qu'on se plaigne et qu'on se plaigne fort», a pour sa part indiqué l'avocat William Sloan.

Le début de la manifestation a été retardé en raison de l'interruption du service de métro sur la ligne orange pendant une heure. La Société de transport de Montréal a expliqué qu'un individu aurait actionné un rupteur de courant, ce qui a arrêté une rame entre les stations Berri-UQAM et Sherbrooke.

Cette manifestation contre la brutalité policière se conclut année après année par des dizaines d'arrestations, notamment pour vandalisme et voies de fait.

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