Maudite belle folle

Photo: Jacques Nadeau

La Journée internationale de la femme est souvent l'occasion de tracer des portraits de combattantes ou de pionnières. Nicole Savard est plutôt une héroïne du quotidien: à 66 ans, elle a vaincu ses peurs et est retournée sur les bancs d'école pour actualiser sa formation d'infirmière. Rencontre avec une femme qui a retrouvé son air de jeunesse.

C'est sûr qu'elle y avait pensé. On allait lui dire qu'elle était trop vieille, pas assez en forme, pas à jour dans sa formation. Retourner sur les bancs d'école? «Voyons, madame, à votre âge, vous n'y pensez pas!» N'empêche qu'à 66 ans, Nicole Savard a encore du cran. Infirmière pendant plus de 35 ans, elle a pris sa retraite de la profession il y a dix ans. Non, correction. On lui a plutôt fortement conseillé de partir. «Ça n'avait pas été ma décision et ça me chicotait. Je vivais une frustration», explique-t-elle.

Un petit pincement au coeur dont la douleur se faisait chaque jour plus vive. Alors qu'elle était allée rejoindre son mari dentiste à la Baie-James, une région en pénurie de personnel médical, on n'a même pas daigné retenir ses services. Experte en soins gériatriques, Nicole Savard pouvait difficilement travailler à l'urgence ou en salle d'opération. «J'avais pourtant de l'expérience», note-t-elle.

Son mari, Albert, l'a encouragée à suivre un cours de réactualisation afin de retourner sur le marché du travail. Et pourquoi pas? Elle a fini par prendre le téléphone. En cachette. «J'ai demandé si mon âge était un handicap. On m'a dit que non. Je suis allée à la soirée d'information et j'ai fait une demande. J'ai passé l'entrevue et j'ai été acceptée», dit-elle, avec un brin de fierté. Sa formation allait être donnée en partie au cégep Édouard-Montpetit et ses stages, dans des établissements de la Rive-Sud. «Quatre mois et demi de formation, c'est pas la mort d'une femme. Après tout, ça ou un cours de dentelle...», dit-elle avec humour.

Le choc du retour

N'empêche, il fallait beaucoup d'humilité pour retourner sur les bancs d'école. À côté de jeunes femmes plus fringantes, elle allait inévitablement ressentir le poids de son âge. Nicole Savard le savait.

Parmi les jeunes qui la vouvoyaient «gros comme le bras» et d'autres, plus jeunes encore et dont elle aurait pu être la mère, il y avait quelques femmes dans la quarantaine et une femme de son âge. «Je me sens quand même toujours la plus vieille. En sortant de l'auto pour aller au cours, elles marchent à une vitesse phénoménale pendant que je traîne en arrière», note cette grand-maman de six petits-enfants.

De l'humilité, certes, mais aussi du courage pour accepter qu'on a encore beaucoup de choses à apprendre, même celles qu'on savait déjà. En dix ans, les techniques et les exigences avaient un peu changé. «Je ne me pensais pas irrécupérable, mais je me sentais très déphasée. Je suis consciente que je ne pourrais pas aller travailler dans n'importe quel service», reconnaît-elle.

Et à 66 ans, la mémoire n'est pas la même qu'à 20 ans. «J'étudie beaucoup mais, à l'examen, j'oublie certaines choses. Ça me fâche de voir que les examens me stressent à ce point-là. À mon âge, ça ne devrait pas m'énerver», croit-elle.

Les félicitations qu'elle reçoit de toutes parts et les éclats de rire qui fusent lorsqu'elle se présente aux patients comme une «vieille étudiante» lui servent de baume.

Le coup de jeunesse

Malgré ce retour en classe bien assumé, Nicole Savard hésite à en parler librement à la famille et aux amis. «J'ai peur qu'ils me trouvent folle», lance-t-elle. Une crainte qui parvient pourtant à se dissiper devant le bonheur qu'elle éprouve à rejouer le rôle de l'élève. «J'ai un plaisir fou à relire sur les symptômes et les traitements. Ça me réconcilie avec mon métier.»

Après tout, c'est avec beaucoup d'enthousiasme que Nicole Savard avait épousé la profession en 1960. Elle avait 18 ans et un cours classique arrêté aux «belles lettres». Une infirmière gagnait à l'époque environ 50 $ par semaine. Suivant son cours d'infirmière avec les religieuses de l'Hôpital de Cartierville, elle aimait s'occuper des patients. «J'étais comme un poisson dans l'eau. Je faisais tout pour essayer de les guérir. S'ils mouraient, j'aimais être avec la famille pour la réconforter», souligne-t-elle.

Trente ans plus tard, la crinière grisonnante mais le même oeil pétillant, l'infirmière retrouve un peu de cette joie et de cette fébrilité en suivant son cours de réactualisation. «Ce qui est positif, quand tu te lèves à 5h du matin, que tu fais ton lunch et pars en courant pour te rendre à ton cours en te disant que tu es folle de faire ça, c'est que tu te rends compte finalement que tu n'es pas seule sur la route. Je me sens tellement vivante. J'oublie mes bobos, je n'ai pas le temps de m'arrêter à ça. Le fait d'étudier, de travailler, de courir, de rencontrer des gens, c'est ça qui tient jeune, dit-elle, ravie. Mon seul regret est de ne pas avoir pu être disponible pour mes petits-enfants pendant les cinq derniers mois. Mais pour le coup de jeunesse, ça valait tellement la peine!»
1 commentaire
  • - Inscrite 7 mars 2009 06 h 11

    Journée internationale DES femmes

    Pourrait-on commencer parnommer correctement cette journée du 8 mars?

    Journée internationale DES femmes
    et non pas
    Journée de la fème...(comme dirait Clémence)

    La notion de solidarité est dans le "des".