Négationnisme - Les regrets de Williamson ne convainquent pas

La controverse entourant la levée de l'excommunication de certains prélats intégristes se poursuit. L'un d'eux, qui avait nié la réalité des chambres à gaz à l'époque nazie, risque même d'être traduit en justice.

Cité du Vatican — Le Vatican est insatisfait des regrets tardifs de l'évêque intégriste Williamson pour ses déclarations négationnistes, également jugés insuffisants par des représentants juifs, et la Commission européenne a rappelé que ces propos constituaient un délit dans plusieurs pays.

Alors que le malaise au sein l'Église catholique, provoqué par la levée de l'excommunication du prélat controversé, persiste plus d'un mois après la décision de Benoît XVI, la lettre de regrets de Richard Williamson diffusée jeudi par une agence catholique n'a pas été perçue comme un repentir sincère.

Le porte-parole du Vatican Federico Lombardi a souligné hier que cette lettre ne respectait pas les conditions qui lui avaient été faites de «prendre de façon absolument sans équivoque et publique ses distances avec ses positions concernant la Shoah».

En outre le courrier «n'est pas adressé au Saint-Père ni à la commission Ecclesia Dei», chargée par le Vatican de négocier avec les intégristes, a-t-il relevé. L'agence Zenit, proche du mouvement catholique ultra-conservateur des Légionnaires du Christ, avait précisé jeudi avoir reçu cette lettre de la commission.

Dans sa lettre, l'évêque Williamson demande «pardon devant Dieu» à tous ceux qu'il a blessés pour ses déclarations mais n'y parle pas de la Shoah ni des juifs.

Il regrette «la douleur [causée] avant tout à l'Église, mais aussi aux survivants et aux parents des victimes qui ont subi des injustices sous le IIIe Reich», et ajoute qu'il n'est pas historien.

Des dirigeants des communautés juives d'Allemagne et d'Italie ainsi que des représentants d'associations catholiques ont estimé que les «regrets» de l'évêque ne changeaient rien à ses idées. «Ce ne sont pas de vraies excuses», a déclaré le rabbin israélo-américain David Rosen, l'un des interlocuteurs permanents du Vatican, à l'agence des évêques italiens SIR.

«Je souhaite que le Vatican tire enfin les conséquences» de cette affaire qui «n'a que trop duré», a déclaré le vice-président du Conseil central des juifs d'Allemagne, Dieter Graumann.

Il a estimé que le problème concernait «la Fraternité Saint-Pie X dans son ensemble», des «fanatiques intolérants, ennemis de la démocratie», «proches du fascisme».

«Je crois qu'il n'y a pas eu de chambres à gaz [...] Je pense que 200 000 à 300 000 Juifs ont péri dans les camps de concentration mais pas un seul dans les chambres à gaz», avait déclaré à la télévision suédoise Mgr Williamson dont les propos ont été diffusés le 22 janvier, au moment même où la décision du pape était connue.

L'évêque intégriste est arrivé mercredi à Londres en provenance d'Argentine où il a été déclaré persona non grata. Londres manifeste une relative indulgence envers le négationnisme, au nom de la liberté d'expression, ne poursuivant en justice que les incitations à la violence ou à la haine.

Cependant, a averti hier le commissaire européen à la Justice Jacques Barrot, «dans la plupart des États de l'UE [...] les juridictions nationales sont compétentes pour condamner le négationnisme».

Une enquête a été ouverte en Allemagne où Mgr Willamson avait fait ses déclarations à la télévision suédoise. La ministre allemande de la Justice Brigitte Zypries n'a pas exclu que des poursuites puissent être engagées contre lui «dans le cadre d'un mandat d'arrêt européen».