Musulman à l'occidentale

Les musulmans d’Amérique du Nord développent un esprit critique et une approche rationnelle croissants par rapport à leurs croyances religieuses.
Photo: Agence Reuters Les musulmans d’Amérique du Nord développent un esprit critique et une approche rationnelle croissants par rapport à leurs croyances religieuses.

Quelle perception les musulmans qui vivent au Canada, aux États-Unis ou au Royaume-Uni ont-ils des imams? Les écoutent-ils aveuglément? Une étude originale a obtenu des réponses surprenantes en interrogeant les musulmans eux-mêmes.

M. K., un musulman de Montréal, parle de son désir de côtoyer un leader religieux bien de son temps, ancrer dans la réalité quotidienne et contemporaine. «Mon ultime fantasme serait de trouver un imam qui livre un sermon du vendredi à la mosquée, qui travaille aussi de 9 à 5, prend l'autobus et compose avec ses enfants qui fument un joint à 13 ans, dit le témoin anonyme. Voilà le genre de personne qui devrait m'instruire le vendredi sans me parler de batailles que nous avons remportées il y a 1200 ans.»

Le commentaire est cité dans l'étude sur «la perception des figures d'autorité musulmanes au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni» publiée aujourd'hui par l'Institut de recherche en politique publique (IRPP). L'enquête pionnière, dont Le Devoir a obtenu copie, a été réalisée par le professeur Karim H. Karim, directeur de l'École de journalisme et de communication de l'université Carleton. Pour comprendre comment les musulmans s'intègrent dans la société occidentale, le chercheur a eu l'idée de vérifier par entrevues vers quelles autorités islamiques ils se tournent, l'éventail des possibilités allant du sécularisme strict à l'extrémisme religieux, en passant par toute la gamme des nuances éthico-politiques.

«L'extrait de M. K. est mon préféré», confie Karim H. Karim, interviewé hier. J'ai voulu prendre le pouls des opinions. À l'évidence, certaines personnes sont extrêmement radicales. Elles attaquent sévèrement la société occidentale. Mais on ne peut se satisfaire de la division entre extrémistes et modérés. J'ai donc voulu comprendre la complexité des rapports à l'autorité dans cette communauté.»

L'étude malmène les clichés. Elle révèle par exemple que les musulmans installés au Canada ou aux États-Unis ont tendance à se distancer des leaders religieux de leur communauté, à être plus critiques envers les interprétations traditionnelles de leur religion et à souhaiter un rapport harmonieux avec les réalités contemporaines. Comme M. K., quoi. Ces musulmans d'Occident développent aussi un esprit critique et une approche rationnelle croissante par rapport à leurs croyances religieuses.

«Il y a des différences entre l'Amérique du Nord et le Royaume-Uni, où les musulmans ont tendance à garder davantage leurs distances par rapport à leur société, dit encore le chercheur, qui a interviewé six groupes de témoins dans les trois pays. Au total toutefois, les similarités l'emportent. J'ai souvent eu l'impression, dans les trois pays, d'entendre des segments de la même conversation.»

L'enquête débouche sur des propositions concrètes pour faciliter l'intégration des musulmans dans les sociétés occidentales. Karim H. Karim propose notamment que les politiques d'intégration cherchent à atténuer les sentiments d'aliénation, par exemple avec des mesures de lutte contre l'islamophobie. Il suggère aussi de mieux intégrer les musulmans dans la formulation des politiques publiques.

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