Saint-Valentin - L'amour aux temps du 2.0

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Et si on se donnait le temps? Telle est la devise de Rose-Marie Charest, psychologue clinicienne, présidente de l'Ordre des psychologues du Québec depuis 1998 et auteure de La Dynamique amoureuse, entre désirs et peurs paru récemment. À l'occasion de la Saint-Valentin, elle cause avec Le Devoir et calme les ardeurs des coeurs hyperactifs, qui battent à une époque où tout va beaucoup plus vite qu'aux temps du choléra.

Les 20 dernières années ne sont pas arrivées en douceur, en frappant poliment à la porte pour savoir si elles étaient les bienvenues pour souper. Elles ont débarqué sans s'essuyer les pieds et en déversant sur notre table un lot de changements avec lesquels nous avons dû composer. Il y a eu l'égalité, qui s'est taillé une place entre les hommes et les femmes, la longévité humaine, qui atteint maintenant des sommets, les relations amoureuses multiples au cours d'une vie, sans oublier les petits derniers: Internet et, tiens, tiens, le speed dating.

«Les changements sociaux nous ont apporté ça: un laboratoire extraordinaire pour étudier les relations à l'amour», constate Rose-Marie Charest. Au fil de ses 30 années de pratique, la psychologue a vu le profil de ses clients changer. Si la thérapie de couple est toujours d'actualité, les gens consultent désormais par rapport à leurs relations passées, dit-elle.

«Le drame, c'est que les jeunes ont de la difficulté dans leurs relations et qu'ils ne parviennent pas à trouver des partenaires.» Des gens de 25 ans, beaux, qui ont tout pour plaire «mais qui n'arrivent pas à se rencontrer», observe-t-elle. Bienvenue dans notre ère. Au Québec, 30,7 % des personnes vivent seules; à Montréal, le taux grimpe à 40 %. Le problème peut avoir plusieurs sources, dont cette période de transition sociale.

Notre époque est très — et surtout — caractérisée par la vitesse et le désir de tout contrôler. On veut obtenir le bonheur total et immédiat en un clic de souris. Mais si on entre en relation avec un être qui a un plus vieux modèle de disque dur et qui demande plus de temps pour s'adapter à cette nouvelle dynamique en duo, l'un des deux risque de ne pas voir ses attentes comblées, explique Rose-Marie Charest.

Comment être à son meilleur lors d'une première rencontre, où l'on veut paraître drôle, poli, intelligent? Tout ça en mangeant des sushis et en laissant tomber de la sauce soya sur ses nouveaux vêtements. Difficile d'être naturel devant un parfait étranger à qui l'on désire plaire à tout prix. Et avec qui, dans un futur parfait, on pourrait partager un appartement, acheter un golden retriever, avoir un ou deux bébés et, une fois à la retraite, voyager autour du monde avec ses crèmes antirides dans une valise à roulettes. Les rencontres ultérieures parviennent à créer une ambiance plus détendue. Mais pour cela, il faut se donner la chance de se voir à nouveau.

La recette de la psychologue, autant pour la recherche de l'amour que lors d'une rupture: donner le temps au temps. «Ainsi, on peut mieux voir si une personne est la bonne avant de conclure la relation. Quand on sait pourquoi on quitte un être, on se sent mieux avec notre décision, même si elle est difficile à prendre. C'est un gros problème pour les gens qui passent d'une relation à une autre. Ils finissent par ne plus y croire.»

Avec tous ces films d'amour, ces téléromans et ces couples si parfaits et en harmonie que l'on croise au quotidien, impossible de ne pas se créer une image idéalisée de l'amour. Et quand notre relation ne correspond pas à cet idéal, on déchante. «Vous savez, la vie est ordinaire. Alors, il faut créer une relation où l'on sera capable de vivre avec un être dans un premier temps extraordinaire mais qui, une fois la passion émoussée, deviendra lui aussi ordinaire», poursuit la psychologue.

Et la vie s'en charge souvent très rapidement. Au premier rendez-vous, il est facile d'être extraordinaire. Pourtant, chacun a ses qualités et ses défauts, qui refont surface au cours des rencontres suivantes, si on prend le temps. Évidemment.

Connais-toi toi-même

Dans son livre, dont elle a entamé les premières lignes bien avant de prendre la tête de l'entreprise professionnelle, Rose-Marie Charest propose de «chercher un partenaire avec qui on peut avoir une relation, quelqu'un qui nous ressemble», plutôt que de chercher... l'être idéal. «Ça, c'est un thème qui m'est cher», dit-elle. Pour trouver le bon partenaire, on peut bien sûr naviguer sur la Toile et sourire aux étrangers dans l'autobus, mais la psychologue suggère d'apprendre d'abord à se connaître soi-même.

Connaître ses goûts, ses passions, ses désirs, et jeter un regard sur ses premières expériences d'attachement, cela permet de comprendre ce que l'inconscient lance comme message lorsque les rencontres ne s'avèrent pas aussi prometteuses qu'elles le laissaient présager dans une sulfureuse correspondance virtuelle.

«La relation de couple est probablement la plus exigeante, dit l'auteure. Mon but n'est toutefois pas de déprimer les gens en leur disant que l'amour est épouvantable et tellement complexe! Il faut plutôt s'attendre à ce que ce soit complexe. Et surtout, arrêtons de penser que nous sommes les seuls à avoir de la difficulté avec ça. Les autres aussi connaissent ces difficultés.» En voilà une bonne nouvelle!
1 commentaire
  • Kim Cornelissen - Inscrite 14 février 2009 11 h 31

    La vie en couple n'est pas le seul choix...

    Il y a beaucoup de divorces et de séparation, ce qui nous force à nous questionner également sur le couple en tant que tel: non seulement il n'est pas le seul modèle mais le fait de vivre en solitaire - ce qui serait le lot de près de 40 % de la population québécoise - a énormément d'avantages que l'on ne veut pas nécessairement renier. À titre d'exemple, les gens qui travaillent en innovation (sociale, organisationnelle ou technologique) ou sur des questions sociales controversées (égalité femmes/hommes, religion, économie sociale) ont besoin d'espaces et de temps de solitude, sans avoir à se faire remettre en question tout le temps, ce qui est souvent le cas en couple. Même chose pour les créatrices et créateurs... Il est beaucoup plus facile alors d'avoir son propre monde et de partager l'affection et la générosité en dehors du précieux "home" dans ces cas-là... C'est ce que beaucoup d'hommes ont fait au fil des siècles et que les femmes peuvent faire maintenant... Est-ce un mal? Rien de moins sûr... De plus, dans un monde multi-facettes comme le nôtre, les enfants élevés par leurs parents solo ont droit à une double vision des choses, ce qui peut être déroutant mais aussi essentiel.