Un aguayo para un parto sin riesgo - Des accouchements sans risque en Bolivie

Une Bolivienne de Cuahuara de Carangas, qui a pu accoucher de façon sécuritaire grâce au programme mis sur pied par le Centre d’études et de coopération internationale.
Photo: Une Bolivienne de Cuahuara de Carangas, qui a pu accoucher de façon sécuritaire grâce au programme mis sur pied par le Centre d’études et de coopération internationale.

«Un aguayo pour un accouchement sans risque»: tel est le nom du projet qui a valu au Centre d'études et de coopération internationale (CECI) le prix Bill-McWhinney de l'ACDI, qui vient souligner l'excellence d'un projet de coopération internationale mené par des volontaires.

C'est dans la municipalité rurale de Curahuara de Carangas, en Bolivie, que Miriam Rouleau-Perez, son mari et ses deux enfants se sont installés en juillet 2006 pour une période de deux ans. Située à 4000 mètres d'altitude dans les hauts plateaux andins, cette municipalité rurale compte environ 5000 habitants parsemés sur un assez vaste territoire.

«Mon mandat était de soutenir les actions des autorités municipales en prévention pour la santé, explique Miriam Rouleau-Perez, qui occupe le poste d'organisatrice communautaire au CSSS Sud-Ouest-Verdun.

À son arrivée, Curahuara de Carangas disposait d'un cen-tre de santé où oeuvrait un seul médecin. «Ma première tâche sur le terrain fut d'abord d'identifier quels étaient les autres acteurs en santé dans la région, dont les sages-femmes et ceux qui pratiquent la médecine traditionnelle.»

Une fois ces acteurs identifiés, Miriam Rouleau-Perez s'est ensuite penchée sur leurs besoins, leurs préoccupations et le regard qu'ils posaient eux-mêmes sur leurs besoins. «Par exemple, les sages-femmes nous disaient que, lorsqu'un accouchement se déroulait bien, il ne recevait aucune reconnaissance de la part de la médecine moderne, mais que lorsqu'un accouchement allait mal, elles ne pouvaient pas compter sur l'aide de la médecine moderne.»

À ses yeux, aucune action en prévention pour la santé ne pouvait réussir sans un rapprochement des parties. «Il fallait trouver une façon de rapprocher la médecine traditionnelle de la médecine moderne, dans un climat de respect mutuel et autour d'un projet où chacun y trouverait son compte.»

Projet rassembleur

C'est le projet «Un aguayo para un parto sin riesgo» qui a su rallier tous les intervenants, y compris les autorités politiques locales, qui en ont fait une priorité. «Nous avons aussi obtenu le soutien financier du vice-ministère de la Santé mis en place par le président Evo Morales, qui a fait de la prévention en santé une priorité nationale.»

Ce projet, auquel ont collaboré le médecin du centre de santé ainsi qu'une sage-femme, visait à amener davantage de femmes enceintes à utiliser les services du centre de santé. «Seulement 16 % des femmes enceintes fréquentaient le centre de santé. L'éloignement est un facteur, puisque certains des habitants de cette municipalité rurale doivent marcher huit heures pour se rendre au centre de santé. Mais il y a aussi un facteur culturel. En Bolivie, les femmes préfèrent accoucher à la maison, parfois même seules, mais le plus souvent accompagnées de leur conjoint ou d'une sage-femme.» Le choix d'orienter l'action vers les femmes enceintes et les nouveau-nés s'imposait, puisque la Bolivie présente le deuxième taux de mortalité infantile en Amérique.

On a donc mis en place dans un premier temps, après une campagne de sensibilisation, un programme de contrôles prénataux. Un aguayo a été remis à toutes les femmes qui se joignaient au programme. Rappelons que l'aguayo est le tissu andin dont se servent les femmes pour transporter les enfants. «Ce tissu a d'autres utilisations pratiques, par exemple, on s'en sert aussi comme poncho. Mais il a aussi valeur de symbole culturel.»

La seconde étape du projet a été la construction, tout près du centre de santé, d'une salle d'accouchement culturellement adaptée, dont l'aménagement reproduit celui de la maison traditionnelle locale. «Les femmes s'y sentent plus à l'aise, un peu comme si elles étaient chez elle. Elles peuvent être accompagnées de leur conjoint et des enfants. Il est même possible de cuisiner une soupe. Les femmes ont le choix d'accoucher avec la sage-femme ou avec le médecin. Et, en cas de complication, le médecin est sur place pour intervenir.»

Si cette formule permet aux femmes d'accoucher de façon sécuritaire, elle permet aussi le dénombrement des nouveau-nés. «Quand les femmes accouchent à la maison, elles n'avertissent pas le centre de santé. Il est donc impossible de faire un suivi des nouveau-nés et d'intervenir lorsqu'un nourrisson est malade, par exemple lorsqu'il a une diarrhée, ce qui est ici fréquent. L'éloignement de cette population fait en sorte qu'une grossesse et la mort d'un nourrisson peuvent passer inaperçues.»

Des résultats probants

Le projet «Un aguayo pour un accouchement sans risque» a connu et connaît encore un véritable succès. «Nous sommes passés de 16 % de femmes enceintes à 84 % de femmes enceintes qui accouchent maintenant au centre de santé.» De plus, la sage-femme qui participait au projet a été embauchée et travaille maintenant à temps plein au centre de santé, une première au pays. Vu la croissance de la fréquentation, le centre de santé a pu obtenir davantage de financement, ce qui a permis l'embauche de personnel additionnel, dont deux médecins.

«Le projet a aussi permis de réduire la méfiance entre la médecine traditionnelle et la médecine moderne. Cela a permis la publication d'un guide pour femmes enceintes qui contient à la fois des recommandations de médecine moderne et de médecine traditionnelle.»

Le succès du projet a aussi débordé des frontières de Curahuara de Carangas, et des représentants d'autres municipalités rurales boliviennes sont venus sur place pour se renseigner. Plusieurs songent à mettre en place un programme similaire. «Nous avons même eu la visite de l'ACDI et de l'Unicef, qui voulaient en savoir plus.» Toute cette attention est devenue une source d'orgueil pour les autorités politiques locales, qui ont choisi de financer à hauteur de 60 % les activités du projet, assurant du même coup sa pérennité.

«Ce projet n'aurait pas réussi aussi bien s'il n'était pas parti d'abord des besoins et des préoccupations des gens de la collectivité de Curahuara de Carangas. Il n'aurait pas réussi non plus s'il ne s'était pas appuyé sur toutes les forces et les compétences déjà en place dans la collectivité, dont les médecins et les autorités politiques mais aussi les sages-femmes et les autres acteurs de la médecine traditionnelle. Le problème qu'on cherchait à résoudre avec ce projet a été identifié par le milieu, mais toutes les solutions proviennent aussi du milieu.»

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Collaborateur du Devoir
2 commentaires
  • Serge Charbonneau - Inscrit 7 février 2009 06 h 53

    Bravo

    Vraiment un bel exemple d'aide international.
    Une aide véritable.

    Bravo !

    «Nous avons même eu la visite de l'ACDI et de l'Unicef, qui voulaient en savoir plus.»

    C'est à espérer que l'ACDI s'inspire de cette expérience et cesse «d'investir» son argent pour enfin commencer à aider vraiment.


    Serge Charbonneau
    Québec

  • Marie-Francine Bienvenue - Abonné 8 février 2009 17 h 32

    on a toujours les solutions sous le nez...

    Bravo à Miriam qui a su consulter le milieu et offrir une solution simple: une maison de naissance où les femmes et leur famille se sentent bien.

    Quand nos politiciens vont vraiment être à l'écoute des besoins de la base, ça va être si simple de nourrir tout le monde sur la planète...

    Bravo encore, c'est un grand pas pour l'humanisation de ce monde

    Marie Francine Bienvenue