Commémoration de la bataille des plaines d'Abraham - Verner suggère à Falardeau de rester chez lui

Québec — «Il y a bien peu de gens qui me font fléchir sous la menace», a rétorqué la ministre fédérale Josée Verner au cinéaste Pierre Falardeau, hier. Ce dernier, dans une entrevue à La Presse canadienne, avait prévenu la veille qu'il mettrait tout en oeuvre pour gâcher la commémoration des 250 ans de la bataille des plaines d'Abraham organisée par la Commission des champs de bataille nationaux (CCBN). Pour M. Falardeau, il s'agit là «de cochonneries du gouvernement fédéral».

Piquée, la ministre des Affaires intergouvernementales et présidente du Conseil privé de la Reine a lancé: «Moi, je vais dire une chose à Pierre Falardeau: s'il est pour venir faire ce genre de choses à Québec, qu'il reste donc chez lui. On n'a pas besoin de lui!» La reconstitution de la bataille se fera sans anicroche, a-t-elle garanti: «L'ordre public, c'est l'ordre public.» Selon elle, de toute façon, tout grabuge est «hypothétique».

À ses yeux, le programme de la CCBN est totalement dénué d'aspect politique. Quant à l'idée de «célébrer une défaite», dénoncée par certains, il n'y a là rien de bien nouveau, soutient-elle: «Est-ce qu'il y a quelqu'un ici au Québec qui pense qu'on a gagné la bataille des plaines en 1759? C'est enseigné dans les livres d'histoire pour les enfants. Alors on rappelle un fait historique. On le sait qu'on en a mangé toute une cette année.»

Festif ou non?

Mme Verner dit ne voir aucun aspect festif à la programmation de la CCBN. Sur le site de la commission, on annonce pourtant pour le 26 juin un grand bal masqué au Parc des Braves, présenté ainsi: «Malgré la guerre qui sévit dans la colonie, certains dirigeants trouvent à se divertir. Dansez comme eux au clair de lune, vêtus de vos plus beaux atours.» Mme Verner a refusé de commenter, soutenant qu'elle avait confiance en le président de la CCBN, André Juneau. Bien qu'elle soit ministre responsable de la région de Québec, elle n'a pas eu droit de regard sur le programme. La CCBN ne relève plus d'elle, mais de Patrimoine Canada.

Qu'il y ait des fonds publics dépensés pour cela ne l'importune aucunement puisque ces commémorations cadrent dans le mandat de la CCBN, qui est de «préserver l'histoire de façon extrêmement respectueuse».

En définitive, toute participation relève d'un choix individuel: «On vit dans un pays libre, monsieur, si ça vous plaît d'aller voir ce que c'est, vous pouvez y aller. Et si ça ne vous plaît pas, vous avez juste à ne pas y aller.»

Quant à elle? Si elle est «disponible» cet été, elle participera à une des activités organisées, probablement une «présentation multimédia». «J'ai pas peur d'affirmer ma liberté.»

Coderre ira en touriste

Aussi de passage à Québec hier, le député libéral Denis Coderre a dit déplorer que certains veuillent «mettre de l'huile sur le feu». Comme Mme Verner, M. Coderre nie que la programmation de la CCBN soit une «célébration». Pour lui, bal masqué ou pas, il ne s'agit pas d'une «fête de la défaite», mais bien d'un «devoir de mémoire». «S'il y a des événements dans notre vie qui ne font pas notre affaire, on ne doit pas les effacer, on doit apprendre d'eux», a affirmé M. Coderre. Compte-t-il en être? Il hésite: peut-être viendra-t-il «à titre de touriste et non de politicien».

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