Eau contaminée à Shannon - Les victimes réclament des centaines de millions

Québec — Données scientifiques à l'appui, des victimes d'eau contaminée de la région de Québec ont franchi un pas de plus dans l'espoir de contraindre Ottawa à leur verser des centaines de millions de dollars en indemnités.

Les résidants de Shannon, au nord de Québec, tiennent le gouvernement fédéral pour responsable des problèmes de santé qu'ils attribuent à la contamination de leur eau au trichloroéthylène (TCE).

Le TCE, un dégraissant industriel, a été utilisé pendant des années par la Défense nationale et certains de ses sous-traitants à Valcartier. Dispersé dans la nature, le produit a fini par s'infiltrer et contaminer la nappe phréatique alimentant en eau les citoyens de Shannon.

En conférence de presse hier à Québec, le docteur Michel Charbonneau a présenté les résultats de tests effectués dans un laboratoire américain qui étayent la version des victimes. Les tests tendent à démontrer qu'il y a un lien entre le TCE et les cancers répertoriés dans la zone contaminée.

«Les conclusions révèlent que tous les cas de cancer des personnes résidant dans les zones de contamination élevée sont positifs, souligne le compte rendu annexé au dossier des citoyens. Cette relation nette entre la contamination au TCE et les marqueurs d'anomalie démontre que les cancers chez les gens de Shannon ont bel et bien été causés par une exposition au TCE.»

Pas moins de 30 cas de cancer ont été dénombrés dans «la zone contaminée» contre seulement huit dans la «région témoin», un secteur sain.

«La conclusion, c'est qu'il y a un nombre très important des cas de cancer qui, à mon avis, découlent directement d'une exposition par inhalation, par ingestion et par contact [avec le TCE]», a commenté l'avocat des citoyens, Charles A. Veilleux.

Le recours collectif entrepris en décembre 2003 devant la Cour supérieure regroupe un peu moins de 1400 résidants et ex-résidants de Shannon. Me Veilleux croit cependant que 600 autres victimes pourraient se joindre au recours d'ici à ce que la cause soit entendue à l'automne.

Le montant réclamé au gouvernement fédéral n'est toujours pas fixé, mais selon le procureur des demandeurs, il dépassera largement les 700 millions.

À Montréal, le ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux, Christian Paradis, a brièvement et prudemment commenté l'affaire.

«C'est une situation qui est vraiment catastrophique. On compatit avec tous. Là où il faut faire attention, c'est que c'est un cas qui est devant les tribunaux. Ce n'est pas moi, comme politicien, qui va venir commenter ça. Mais on compatit avec le malheur que ces gens-là ont subi, c'est certain», a déclaré le ministre.

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