Nicole Carmel quitte Le Devoir après y avoir travaillé 31 ans - Remonter le temps jusqu'à Henri Bourassa

Quatorzième de sa famille à entretenir des liens professionnels avec Le Devoir, Nicole Carmel, notre chef comptable, a pris sa retraite hier. Ses collègues de travail, notamment Claudette Béliveau, adjointe administrative, et Bernard Descôteaux, dir
Photo: Jacques Nadeau Quatorzième de sa famille à entretenir des liens professionnels avec Le Devoir, Nicole Carmel, notre chef comptable, a pris sa retraite hier. Ses collègues de travail, notamment Claudette Béliveau, adjointe administrative, et Bernard Descôteaux, dir

«Nicole Carmel a en quelque sorte connu Henri Bourassa», rappelait hier le directeur actuel du Devoir, Bernard Descôteaux, lors d'une rencontre de tous les artisans du journal afin de souligner le départ de sa chef comptable. Après 31 ans de bons et très loyaux services, Nicole Carmel témoignait pour sa part des liens exceptionnels qui l'unissent au journal depuis sa plus tendre enfance.

Par le truchement de sa famille, Nicole Carmel se trouve en effet à une poignée de main du bouillant homme politique qui est à l'origine de votre journal indépendant. «Mon grand-père, Arthur Lefebvre, a travaillé au Devoir à partir de 1923, alors qu'Henri Bourassa y était toujours. Ma mère, Jeanne Carmel, a aussi occupé, plus tard, les mêmes fonctions que lui et mon père a été commis. En tout, nous sommes 14 membres de la famille à avoir travaillé au Devoir au fil du temps!» La famille de Nicole Carmel a ainsi connu tous les directeurs du Devoir depuis sa fondation, il y a de cela pratiquement un siècle.

Nicole Carmel est entrée officiellement à temps plein au service de l'entreprise de presse en 1978, après avoir travaillé quelque temps à la Banque Royale. «Je suis arrivée au Devoir alors que ma mère était déjà là et que mon grand-père, bien que très âgé, y travaillait encore, toujours sans la moindre calculatrice, additionnant à la vitesse de l'éclair, sans se tromper, d'incroyables colonnes de chiffres!» D'eux, elle a conservé l'obsession de ces colonnes bien droites et bien faites qui doivent «balancer» à la fin du jour. Elle ne quitte pas le journal, depuis des années, sans avoir su d'abord résoudre les difficultés qui peuvent surgir de la montagne de pièces comptables qui envahissent chaque jour son bureau.

«Lorsque j'ai commencé, il y avait une grève à La Presse. Notre lectorat gonflait beaucoup d'un coup. J'ai connu toutes les périodes au Devoir.» Depuis l'époque de Claude Ryan, elle a travaillé sous l'égide de six directeurs différents, tout comme le journaliste Louis-Gilles Francoeur, qui rappelait hier, dans un mot d'adieu bien senti, que la chef comptable du journal, femme peu banale, était doublée d'une championne de tir à l'arc et de judo.

Nicole Carmel quitte donc Le Devoir après plus de trois décennies d'efforts pour en soutenir la mission. Ses collègues l'ont très chaleureusement applaudie hier, à l'annonce officielle de son départ, tous bien conscients de ses mérites et heureux de constater, une fois de plus, qu'un journal peut s'apparenter, du moins au Devoir, à une longue histoire d'amour.

Le meilleur souvenir de Nicole Carmel? La chef comptable lève doucement les yeux de ses papiers lorsqu'on le lui demande et son visage s'éclaire alors d'un léger sourire. «C'était quelque chose de bien de pouvoir travailler avec mon grand-père et ma mère. Je trouvais ça important. Avant de mourir, mon grand-père avait passablement perdu la mémoire. Il ne reconnaissait plus ses petits-enfants. Moi, il me reconnaissait et me demandait toujours et tout de suite: "Travailles-tu encore au Devoir?" Et j'étais fière de lui répondre oui.»

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