Robinson Curiosité c. Robinson Sucroé - Un autre rapport concluait au plagiat

La GRC ne disposait pas d'un seul, mais bien de deux rapports d'expertise concluant que Cinar a plagié l'idée originale de Claude Robinson avec sa série Robinson Sucroé. Alors que le procès au civil de 4,5 millions intenté par l'artiste montréalais tire à sa fin, Le Devoir a mis la main sur cette preuve inédite.

La série de Cinar Robinson Sucroé est un plagiat «hors de tout doute raisonnable» et «dans son ensemble» du concept original de Claude Robinson, révèle un deuxième rapport d'expertise commandé par la Gendarmerie royale du Canada (GRC), dont Le Devoir a obtenu copie. Cette preuve a été écartée par le juge Claude Auclair dans le procès civil intenté par M. Robinson.

Le résultat de cette expertise menée par le groupe Quatu'Art est dévastateur. «Un bref calcul nous permettrait de conclure que près de 70 % du matériel original crée par Claude Robinson se retrouve dans son aspect intégral ou légèrement modifié au fil de la série Robinson Sucroé, et nous considérons que le nombre de ressemblances répertoriées à tous les niveaux s'avère beaucoup trop important pour n'être que le fruit d'une malencontreuse coïncidence!», affirme le rapport de Quatu'Art.

La GRC a mené deux enquêtes criminelles sur Cinar et ses fondateurs, feue Micheline Charest et Ronald Weinberg, sans que la Couronne fédérale n'autorise d'accusations. C'est lors de la deuxième enquête (close, tout comme la première) que la police fédérale a confié à Quatu'Art le mandat de reconstituer les «bibles» de la série de Cinar et du projet original de M. Robinson, intitulé «Robinson Curiosité». En scénarisation, la «bible» est le document de référence contenant une description des personnages et des intrigues qui sert à l'élaboration des épisodes.

Outre le fait que le personnage principal de Robinson Sucroé «ressemble trait pour trait» à celui imaginé par Claude Robinson, il y a des similitudes dans les thèmes principaux et les intrigues secondaires dans la totalité des 26 émissions produites par Cinar, constate le groupe Quatu'Art. «[...] il nous apparaît évident que la trame de fond est largement inspirée de l'oeuvre du plaignant [NDLR: Claude Robinson] puisque, en comparant les deux synopsis, nous y retrouvons la même idée générale, que la plupart des personnes sont dotés des mêmes caractéristiques et qu'il y a de fortes ressemblances entre les intrigues, les lieux choisis, les décors et les accessoires utilités», affirment les analystes de Quatu'Art.

Après 13 années d'attente, Claude Robinson a finalement pu plaider sa cause devant le juge de la Cour supérieure Claude Auclair. L'artiste montréalais veut récupérer ses droits d'auteur et 4,5 millions auprès de 14 défenseurs, dont Cinar, France-Animation, la succession de Micheline Charest, Ronald Weinberg et le scénariste Christophe Izard, qui revendique la paternité de Robinson Sucroé.

Preuve refusée

Durant le procès, qui s'est terminé mardi, le juge Auclair a refusé d'admettre en preuve les documents cités précédemment, car il a voulu éviter «une lourdeur et des retards inutiles». L'expert Jean-Yves Frigon, mandaté par la GRC en 2001 pour effectuer une analyse comparative des deux oeuvres, a témoigné en Cour. En se basant en partie sur le travail de Quatu'Art, M. Frigon a conclu que le nombre significatif de ressemblances entre la série de Cinar et le projet de Claude Robinson ne pouvait être le fruit du hasard. Deux experts, Charles Perraton et Louise Dansereau, ont aussi analysé les oeuvres au bénéfice de la Cour. Le Dr Perraton a évalué que la série de Cinar constitue «une reprise directe» de l'idée originale Claude Robinson, tandis que Mme Dansereau a trouvé des similitudes «mineures et non significatives» entre les deux oeuvres, qu'elle a situées dans la droite lignée du roman original de Daniel Defoe.

Le juge Auclair avait par ailleurs interdit aux médias de diffuser quoi que ce soit du rapport de Quatu'Art. Un consortium formé du Devoir, de La Presse et de la Société Radio-

Canada a contesté avec succès la décision.

Le juge Auclair a estimé hier que le GRC avait renoncé à son privilège de confidentialité sur les documents. Il a assuré en outre que son jugement et son indépendance ne seront pas affectés par la médiatisation du rapport de Quatu'Art. À preuve, a-t-il dit, le jury a pu rendre un jugement qui allait à l'encontre de l'opinion publique lors du fameux procès pour meurtre d'O.J. Simpson aux États-Unis. De même, sa collègue Sophie Bourque n'a pas hésité à prononcer l'acquittement des cinq présumés meurtriers du jeune Raymond Ellis, tout récemment, en raison des fautes de la Couronne.

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