Taux de radon hors normes dans la région de Mont-Laurier

Dans quatre municipalités de la région de Mont-Laurier, une maison sur deux affiche des taux de radon, un gaz radio-actif cancérigène, supérieur à la norme de 200 becquerels par mètre cube (Bq/m3) d'air.

C'est ce qu'ont révélé la semaine dernière, dans la municipalité de Lac-des-Écorces, les responsables de la santé publique, dont le Dr Jean-Claude Dessau, responsable du dossier du radon à l'Agence de santé et des services sociaux des Laurentides. Quelque 200 personnes assistaient à cette rencontre d'information.

Selon les tests réalisés en 2007 dans ces quatre municipalités, 92 des 180 maisons testées dépassaient la norme fédérale.

À Chute-Saint-Philippe, 28 des 29 maisons testées affichaient des dépassements. Les trois autres municipalités qui ont accepté d'être échantillonnées sont Lac-Saint-Paul, Lac-des-Écorces et Lac-Saguay.

Dans la municipalité de Chutes-Saint-Philippe, les concentrations moyennes s'élevaient à 518 Bq/m3; elles atteignaient 224 Bq/m3 à Lac-des-Écorces, 389 Bq/m3 à Lac-Saint-Paul et 542 Bq/m3 à Lac-Saguay.

Les «lignes directrices» fédérales — des normes qui ne sont pas d'application légale mais des recommandations aux provinces — sont passées de 800 Bq/m3 à 200 Bq/m3 il y a quelques années.

Selon François Lapierre, de l'Association de protection de l'environnement des Hautes-Laurentides (APEHL), d'autres municipalités de la région de Mont-Laurier, comme Saint-Michel, dont le maire est aussi préfet de comté, et de Sainte-Anne-du-Lac, dont le maire est prospecteur, ont refusé de participer à cette enquête. Par contre, Fermeneuve et Lac-Saint-Paul, qui ont aussi refusé d'y participer, ont appuyé l'an dernier la demande de moratoire sur l'exploration et l'exploitation de l'uranium dans cette région, une demande de moratoire dont l'APEHL est à l'origine. Cette association veut surtout éviter qu'au radon naturel s'ajoutent les contaminations de toutes sortes qui peuvent résulter d'une exploitation commerciale de l'uranium.

Selon François Lapierre, il existe un lien entre les territoires sur lesquels les sociétés et les prospecteurs enregistrent des droits miniers pour l'exploitation éventuelle de l'uranium et les émanations de radon dans les maisons.

En effet, le radon est un gaz radio-actif qui résulte de la décomposition dans le sol de l'uranium. S'il est inhalé, il se transforme en plomb radio-actif, lequel peut émettre de faibles radiations pendant une vingtaine d'années. Plusieurs régions du Québec sont aux prises avec les émanations de radon dans le sous-sol des maisons. Dans le passé, à Oka, plusieurs dizaines de citoyens ont dû prendre des mesures préventives pour stopper ces infiltrations nocives à long terme. Le radon serait responsable de la moitié des cancers du poumon au Québec, selon l'Association pulmonaire québécoise.

Dans plusieurs villes, explique François Lapierre, les citoyens préfèrent qu'on ne parle pas de ces émissions, un «déni du problème semblable à celui de la cigarette» dont ils sont cependant obligés de tenir compte au moment de vendre leurs maisons, en procédant au colmatage des brèches afin de ne pas être tenus pour responsables d'un important vice caché.

À Maniwaki, tout près de Mont-Laurier, le gouvernement fédéral dépense plus d'un quart de million par année pour approvisionner la réserve autochtone locale, dont l'eau est contaminée par les deux molécules radio-actives.

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