L'Hyppodrome de Montréal pourrait fermer

C’est à Montréal que se tiennent 60 % de toutes les courses de chevaux au Québec.
Photo: Jacques Nadeau C’est à Montréal que se tiennent 60 % de toutes les courses de chevaux au Québec.

Le gouvernement du Québec envisage de permettre la fermeture définitive de l'Hippodrome de Montréal, qui génère à lui seul 60 % des revenus de toute l'industrie des courses de chevaux, a appris Le Devoir.

Ce scénario est actuellement discuté entre le ministère des Finances et le propriétaire des quatre hippodromes, Attractions hippiques, dans l'objectif de revoir les termes du contrat de privatisation établi en 2006. Les pourparlers ont commencé dès qu'Attractions hippiques s'est placé sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers en juin dernier, en vue de d'établir un plan de redressement de l'entreprise. Ce plan doit être présenté début février en Cour supérieure. Du coup, les parties se sont engagées dans un sprint de négociations.

Selon les informations recueillies, la mise à mort de l'Hippodrome de Montréal, qui existe depuis 1907 (longtemps connu sous le nom de Blue Bonnets), est l'hypothèse la plus sérieuse au coeur des discussions. Attractions hippiques pourrait ainsi être libérée de son obligation de transporter l'Hippodrome de Montréal dans la couronne nord, un projet qui avait rencontré de nombreuses embûches.

C'est à Montréal que se tiennent 60 % de toutes les courses de chevaux au Québec. Les bourses qui y sont décernées ont une importance équivalente pour toute l'industrie. Ce sont ces revenus qui permettent aux éleveurs et aux propriétaires de chevaux, par exemple, de réinvestir dans les écuries et le développement du cheptel équin.

Les courses de chevaux seraient limitées désormais aux hippodromes de Québec, de Trois-Rivières et d'Aylmer. Les bourses que garantit Attractions hippiques seraient réduites de façon importante. Selon le contrat en vigueur, l'entreprise dirigée par le sénateur libéral Paul J. Massicotte doit payer 25 millions en bourses la première année d'opérations, 28 millions la deuxième année et 16,7 millions les années suivantes. Le chiffre de 10 millions par année circule depuis quelques jours, ce qui est du même ordre de grandeur que le total des bourses réellement versées par Attractions hippiques en 2008 (11 millions).

Invoquant des difficultés financières, Attractions hippiques a diminué le montant des bourses ainsi que le nombre de courses au cours des derniers mois, ce qui a provoqué la grogne des différentes associations d'hommes de chevaux. Trois d'entre elles, dont l'Association trot et amble du Québec (ATAQ), ont entrepris des démarches légales afin que les courses reprennent et que les bourses soient versées en conséquence. Les audiences se poursuivront dans dix jours devant la Cour supérieure.

En fermant l'Hippodrome de Montréal se pose également le problème des 200 appareils de loterie vidéo (ALV) qui y sont installés. Attractions hippiques touche 22 % des revenus de ces ALV. Entre janvier et novembre 2008, l'entreprise du sénateur Massicotte a ainsi empoché quelque 7 millions de dollars, selon les documents déposés en cour la semaine dernière par Attractions hippiques; cette somme concerne les ALV de Montréal, ceux de l'hippodrome d'Aylmer ainsi que ceux qui s'alignent dans les salons de jeux adjacents aux hippodromes de Trois-Rivières et de Québec, qui sont gérés par Loto-Québec.

Selon différentes sources, Attractions hippiques continuerait à recevoir cette commission même si l'Hippodrome de Montréal fermait ses portes. Le scénario analysé prévoit que les ALV pourraient être déménagés sous un nouveau toit. Cela pourrait être dans un salon de paris.

La survie d'Attractions hippiques semble être intimement liée aux discussions avec Québec, qui sont menées par le sous-ministre des Finances, Jean Hudon, et la sous-ministre adjointe aux sociétés d'État, Suzanne Lévesque. Dans une lettre qu'a fait parvenir Attractions hippiques à tous ses employés mardi dernier, et dont Le Devoir a obtenu copie, on souligne l'importante de ces pourparlers.

«Sans un nouvel arrangement raisonnable avec le gouvernement du Québec, il est impossible d'offrir et de maintenir des bourses à un niveau adéquat», écrit Ian Wetherly, président et chef de l'exploitation chez Attractions hippiques. «Rien n'est encore arrêté. Je le répète: des discussions sérieuses sont en cours avec le gouvernement du Québec et une solution est envisageable dans les délais prescrits», ajoute-t-il.

Au cabinet de la ministre des Finances, on refuse de faire quelque commentaire que ce soit sur la situation. La ministre Monique Jérôme-Forget n'a toutefois jamais caché son peu d'enthousiasme à soutenir une industrie qu'elle a qualifiée à plusieurs reprises de moribonde.

Attractions hippiques dit connaître des difficultés financières causées entre autres par le rendement plus faible que prévu des salons de jeux de Loto-Québec ainsi que par la résistance rencontrée quant au déménagement de l'Hippodrome de Montréal dans la couronne nord. Les problèmes financiers d'Attractions hippiques ont eu un impact sur l'industrie, mais également sur la Société nationale du cheval de course (SONACC), un organisme gouvernemental à qui appartient le terrain de l'Hippodrome de Montréal. L'entreprise du sénateur Massicotte ne paie plus le loyer ni les taxes foncières depuis l'été dernier, ce qui crée un manque à gagner important pour la SONACC. L'organisme a décidé en décembre dernier de poursuivre Attractions hippiques pour 800 000 $.

Si l'Hippodrome de Montréal est fermé, la SONACC pourra vendre le terrain (5 millions de pieds carrés non contaminés) et se saborder comme le prévoyait le gouvernement lors de la privatisation des hippodromes.

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