La CSN misera sur les salaires

Claudette Carbonneau
Photo: François Pesant Claudette Carbonneau

Même si elle exprime certaines inquiétudes face à la crise économique qui s'annonce au Québec, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) entend tout de même faire de la revendication des augmentations de salaire son cheval de bataille en 2009.

Dans son bilan de l'année 2008 présenté hier à Montréal, sa présidente Claudette Carbonneau a affirmé que la stagnation des rémunérations alors que l'endettement des ménages augmente ne contribue pas à faire rouler l'économie. Alors qu'elle dressait le bilan de l'année qui s'achève aux bureaux de la CSN, elle a aussi fait part de ses principales revendications pour 2009.

«Je ne dis pas qu'on va se présenter demain matin et demander de doubler les salaires. Mais quand on regarde ce qui s'est passé au niveau des salaires dans les dix dernières années, les travailleurs et les travailleuses n'ont pas eu leur juste part de la croissance de la richesse dans la société.»

La syndicaliste a dénoncé l'inertie des gouvernements fédéral et provincial pour faire face à la crise économique alors qu'on perdait 70 000 emplois au pays. Les deux élections, coup sur coup, au Canada et au Québec, doublées d'une crise politique sans précédent à Ottawa, ont grandement retardé l'application de mesures pour faire face à la crise économique, selon la Mme Carbonneau.

Elle attend donc des mesures plus vigoureuses pour affronter la situation économique dans le prochain budget du gouvernement fédéral, qui sera déposé le 27 janvier à Ottawa. Là-dessus, Mme Carbonneau lance un avertissement très clair au premier ministre Stephen Harper: «Il ne s'agit pas de distribuer des boîtes de bonbons aux entreprises.»

Mme Carbonneau a aussi annoncé que la CSN et la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) vont recommander à toutes leurs instances, au cours de la prochaine année, la mise en place d'un front commun entre les deux plus grandes organisations syndicales de la province pour mener la prochaine ronde de négociations dans le secteur public québécois. Ce front commun, s'il voit le jour, permettrait de négocier au nom de près de 200 000 travailleurs, dont les conventions collectives viennent à échéance en mars 2010, après cinq années de décret. Ainsi, la prochaine ronde de négociations devrait s'amorcer l'automne prochain.

«Évidemment, cette annonce-là n'exclut pas la possibilité de voir s'élargir ce front commun à d'autres organisations syndicales, mais en même temps on va s'assurer qu'on est tous sur la même longueur d'onde parce que l'enjeu de la prochaine négociation est trop importante. Ça fait cinq ans qu'on est décrété là!»

Claudette Carbonneau pense également que des investissements dans la formation de la main-d'oeuvre et la réorganisation du travail sont des mesures qui peuvent notamment contribuer à rendre le secteur public plus attrayant auprès de la jeune relève, qui est de plus en plus attirée par de meilleures conditions de travail dans le privé, selon elle.

En matière de santé, la CSN estime que le recours au privé devrait être mieux encadré par le gouvernement du Québec. La présidente de la centrale syndicale croit que le premier ministre Jean Charest devrait retarder l'application de la loi 33 portant sur les cliniques privées en chirurgie, du moins jusqu'à ce que les tribunaux se soient prononcés sur la cause présentée par la CSN et la FTQ. Cette ouverture à l'accès aux services médicaux spécialisés à l'aide du privé était en quelque sorte une réponse au jugement Chaoulli de la Cour suprême.

Sur le front syndical, en 2008, la CSN a connu 25 conflits de travail qui ont touché près de 3800 travailleurs. Elle note une recrudescence de conflits dans les centres d'hébergement privés, mais des percées significatives dans le secteur de l'hôtellerie.

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