La planète à la rescousse du père Noël

Cédant aux pressions de la Conférence circumpolaire et de dizaines d'associations vouées à la protection de l'enfance, le Conseil de sécurité de l'ONU a décidé hier de lancer cette semaine une intervention sans précédent pour protéger les rennes et les principaux centres de production de cadeaux du père Noël contre les méfaits des changements climatiques.

L'ONU entend mobiliser l'essentiel des sommes que la communauté internationale destinait à plusieurs conflits armés, y compris pour prendre le contrôle de grands gisements de pétrole à l'origine des émissions de gaz à effet de serre, pour consacrer en un temps record ces sommes à l'intensification de la lutte contre les changements climatiques.

Rapport confidentiel

C'est un rapport confidentiel, préparé par l'Institut du renne de Laponie de concert avec le Centre Ouranos de Montréal, portant sur les diverses stratégies d'adaptation pour sauver les grands troupeaux de caribous du fleuve George et de la rivière aux Feuilles, qui a semé la panique à l'ONU et imposé une mobilisation du Conseil de sécurité. Le rapport propose non seulement une stratégie pour maintenir les traîneaux du père Noël en opération à court terme, mais, à plus long terme, d'autres options sont étudiées, notamment le recours à une stratégie intermodale, qui ferait appel à des navettes rapides attelées à des dauphins pour faire franchir le Passage du Nord, alors libre de glaces au début de l'hiver, afin d'acheminer les cadeaux de Noël vers chaque continent où ils seraient alors distribués par d'autres systèmes de locomotion.

Le premier chapitre du plan onusien propose de récupérer et de remettre en état les traîneaux du père Noël, qui seraient pour la plupart enlisés dans la mer de boue créée par le dégel du pergélisol de cette région arctique, toujours gardée secrète en vertu d'un accord international, le seul respecté intégralement jusqu'ici. La fonte accélérée de la banquise arctique, qui s'est fracturée davantage cet été autour de l'île d'Elsemere, rend par ailleurs de plus en plus difficile l'envol des traîneaux du père Noël, lequel aurait besoin d'une piste renforcée en raison du dégel du pergélisol et du poids croissant des cadeaux. Des forces spéciales de l'OTAN stationnées en Afghanistan auraient été envoyées pour niveler ces pistes avant qu'elles ne regèlent.

Enfin, on rapporte que les troupes d'élite déplacées de l'Irak vers le pôle Nord à la demande du futur président Obama, n'auraient pas encore réussi, même avec les Hummer parachutés la semaine dernière, à réunir tous les rennes du père Noël. Plusieurs semblent avoir été attirés à des centaines de lieues du village du père Noël par la végétation de plus en plus abondante qui pousse dans cette région, désormais aux prises avec des étés de plus en plus longs et chauds.

Allez les VTT!

Les stratégies dites «d'adaptation aux changements climatiques» suggérées mollement par le gouvernement Harper en remplacement d'une réduction des émissions à la source, se résument en réalité à l'envoi de VTT de marque canadienne au Père-Noël pour remplacer son classique traîneau et de ses rennes enlisés dans la gadoue et la boue arctique. On raconte dans l'entourage du premier ministre que ce dernier serait sur le point de fournir gratuitement du pétrole des sables bitumineux pour les déplacements du père Noël en VTT ou en motoneiges. Le lutin en chef a qualifié par communiqué hier soir cette stratégie de «marketing grossier», ajoutant «qu'on ne pouvait pas utiliser la nuit de Noël pour blanchir une pollution pareille».

Quant aux motoneiges, encore plus polluantes que les VTT, le père Noël n'en veut pas, même s'il s'agit d'hybrides ou de tout-électriques, car s'il y a encore de la neige, il préfère de loin avoir recours à ses rennes, qui ne tombent jamais en panne et qui contribuent moins aux changements climatiques.

Parents avant tout

Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est dit surpris hier soir de voir avec quelle célérité le Conseil de sécurité, y compris les délégués des États-Unis et de la Chine, les deux principaux émetteurs de GES, ont décidé d'appliquer intégralement non seulement le plan de sauvetage de la distribution des cadeaux cette année, mais aussi, la totalité du plan à plus long terme de lutte contre les changements climatiques. Il a émis l'hypothèse que la majorité des membres du Conseil étant aussi des parents, ils auraient pu difficilement expliquer à leurs enfants leur refus de sauver le père Noël.

Le plan à moyen terme de l'ONU prévoit que les parents de tous les pays occidentaux vont se priver de cadeaux pendant les cinq prochaines années pour équiper leurs résidences de panneaux solaires et s'acheter des véhicules hybrides. De leur côté, les multinationales ont convenu de réduire de moitié sur trois ans la production de biens de consommation inutiles. Les constructeurs automobiles ont décidé de leur côté de lancer des plans de rachat-échange ou de mise à la ferraille des SUV qu'ils ont vendus depuis 10 ans. Enfin, Exxon et six autres pétrolières vont consacrer la moitié de leurs profits et des salaires de leurs dirigeants pendant dix ans à l'efficacité énergétique, l'éolien et la géothermie. Un vrai songe digne d'une nuit de Noël, quoi!

Un père Noël ému

Quant au père Noël, il s'est dit ému de constater que la communauté internationale accordait enfin la priorité aux intérêts des générations montantes, sa clientèle de base. Profitant de ce élan sans précédent, il réclamé de nouveaux attelages d'antilopes afin d'ouvrir des lignes de distribution de cadeaux dans plusieurs pays du sud, le secteur faible de son réseau jusqu'ici.

Aux dernières nouvelles, le père Noël avait rayé Stephen Harper de sa liste de cadeaux parce que son gouvernement a été le plus mauvais joueur lors de la dernière conférence de Poznan sur les changements climatiques. Et sans qu'on sache trop pourquoi, il aurait envoyé un message conjoint aux trois chefs de l'opposition, accréditant la rumeur qu'il pourrait se joindre à la coalition des partis politiques favorables à la mise en place d'un plan canadien de réduction des émissions de GES, un cadeau dont rêvent, d'après les sondages, trois Canadiens sur quatre.

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