Lutte contre la pauvreté et l'itinérance - Québec peaufine une entente améliorée avec la Ville de Montréal

Tout indiquait hier que le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale bonifierait ses subventions à la Ville de Montréal afin qu’elle puisse aider les plus démunis.
Photo: Jacques Nadeau Tout indiquait hier que le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale bonifierait ses subventions à la Ville de Montréal afin qu’elle puisse aider les plus démunis.

Au lendemain de la mort d'un sans-abri dans le Carré Viger à Montréal, dans la nuit de vendredi à samedi, alors que le mercure indiquait 16 degrés au-dessous de zéro et que le vent soufflait en rafales à 33 km/h, le ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Sam Hamad, doit annoncer le versement de cinq à sept millions de dollars à la Ville de Montréal pour lutter contre la pauvreté, a appris hier Le Devoir.

Le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale (MESS) et la Ville de Montréal devraient convoquer la presse d'ici au milieu de la semaine pour en faire l'annonce. Le sexagénaire, retrouvé à moins d'un kilomètre de la Mission Old Brewery, aurait selon toute apparence succombé au froid.

Le maire de la Ville de Montréal, Gérald Tremblay, réclame 24 millions de dollars du gouvernement du Québec sur trois ans, soit sept millions de dollars pour 2009, huit millions pour 2010 et neuf millions pour 2011.

«On est en train de discuter des dernières modalités. La Ville va pouvoir subventionner les organismes qu'elle veut pour lutter contre la pauvreté», a indiqué l'attaché de presse du ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale Sam Hamad, Alexandre Boucher. Le gouvernement a accordé 25 millions de dollars à Montréal, de 2004 à 2008, c'est-à-dire cinq millions par année. Tout indiquait hier que le MESS bonifierait ses subventions à la Ville de Montréal sans pour autant lui accorder les 24 millions de dollars qu'elle réclame.

Le ministère de la Santé et des Services Sociaux (MSSS) se défend aussi de demeurer les bras croisés devant le problème de la pauvreté et de l'itinérance à Montréal. «On a multiplié par quatre les budgets alloués aux trois refuges montréalais depuis 2003. De plus, on a augmenté de 45 % les budgets donnés aux organismes communautaires qui s'occupent de différentes clientèles, dont certaines clientèles qui sont en itinérance ou qui pourraient se diriger vers l'itinérance», a affirmé l'attaché de presse de la ministre déléguée aux Services sociaux Lise Thériault, Harold Fortin. Les organismes communautaires recevaient environ 275 millions de dollars de Québec en 2003, alors qu'ils en reçoivent près de 400 millions aujourd'hui, selon le MSSS.

Les trois grands refuges avaient demandé 3,3 millions de dollars supplémentaires à l'ancien ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard. Ils en ont finalement obtenu trois fois moins. «Environ un million de dollars, de manière récurrente, a été ajouté», a souligné Harold Fortin. Le gouvernement du Québec finance à hauteur de 2,5 millions de dollars la Mission Old Brewery, la Maison du Père et la Mission Bon Accueil. L'aide gouvernementale aux trois grands refuges pour itinérants s'élevait à 585 000 dollars en 2003.

Alors que les refuges de Toronto reçoivent du gouvernement ontarien plus de 61 dollars par jour par lit, les refuges de la métropole québécoise touchent entre 8 et 12 dollars de Québec. Le gouvernement du Québec finance entre 12 % et 20 % du budget de la Mission Old Brewery, la Maison du Père et la Mission Bon Accueil qui offrent quotidiennement plus de 1700 repas et 550 lits aux personnes sans-abri.

Dans la foulée de la commission parlementaire sur l'itinérance, le MSSS entend présenter un nouveau plan d'action interministériel en itinérance, cet hiver ou au printemps, auquel seront attachées de nouvelles sommes d'argent. «On veut mener une action concertée dans ce sujet-là», a dit M. Fortin.

La députée péquiste de Crémazie, Lisette Lapointe, a pour sa part joint sa voix aux directeurs des refuges montréalais, hier, et a pressé le gouvernement libéral de «doter le Québec d'une véritable politique de l'itinérance».

«L'écart entre l'investissement consenti en Ontario et au Québec est énorme. Le ministre Hamad doit comprendre que les besoins des grands refuges ne cessent d'augmenter, particulièrement en période de ralentissement économique. Le gouvernement Charest doit intervenir pour mieux soutenir les grands refuges, a indiqué par voie de communiqué Lisette Lapointe. Les banques alimentaires crient famine à Montréal. Comment expliquer que le ministre Sam Hamad n'entende pas le S.O.S qui lui est lancé?»

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