Corée du Sud - La prison pour une infidèle

Séoul — Malgré les critiques, la Corée du Sud continue de faire preuve d'une grande sévérité avec les aventuriers de l'infidélité. L'actrice sud-coréenne Ok So-ri en a fait l'amère expérience. Elle a été condamnée pour adultère, mercredi dernier, à huit mois de prison avec sursis, assortis de deux années de mise à l'épreuve. Le juge Cho Min-seok a estimé qu'elle «méritait une sanction», sans pour autant suivre l'accusation, qui souhaitait dix-huit mois de prison. Le juge Cho a «modéré» sa sanction, compte tenu de l'«indifférence du mari de l'accusée» et du «drame psychologique qu'elle vit depuis le début du procès».

Tout a commencé quand Ok So-ri a reconnu, en 2007, avoir eu une aventure avec un chanteur populaire — qui sera condamné à la même peine qu'elle. Son mari depuis 1996, l'acteur Park Choel, a alors engagé une procédure de divorce et porté plainte, en vertu d'une loi spéciale sur l'adultère qui prévoit des peines de prison pour les personnes reconnues coupables de relations extraconjugales. Adopté à une courte majorité en 1953, dans le but de protéger les femmes dans une société dominée par les hommes, le texte établissait un équilibre. Auparavant, seules les femmes pouvaient être condamnées pour adultère.

Les tribunaux traitent dans ce cadre environ 1200 cas chaque année, même si les emprisonnements pour ce genre d'affaires se raréfient et si les critiques contre la législation, jugée d'un autre âge par une partie de l'opinion, se multiplient.

Car les moeurs changent. La société sud-coréenne apparaît plus ouverte qu'autrefois, notamment sur le plan de la sexualité. Les droits des femmes ont quelque peu progressé malgré la pesanteur persistante du confucianisme, très ancré en Corée du Sud et qui accorde à l'homme un rôle central et dominant.

Détails croustillants

Cette fois, la notoriété des protagonistes et les débats engendrés ont bien failli avoir raison de la loi. Ok So-ri elle-même s'est investie dans le combat contre la législation. Elle a organisé une pétition pour demander sa suppression, en arguant de son inconstitutionnalité. Pour elle, ce texte «est devenu un moyen pour un époux trompé de se venger et ne sert plus à sauver un mariage». Ok So-ri estime également que la loi porte atteinte à la liberté sexuelle des individus, et constitue une limite à la vie privée. Mais la pétition, présentée à la Cour suprême, n'a pas réussi à convaincre six des neuf juges de cette instance, le quota nécessaire pour obtenir la déclaration d'inconstitutionnalité. Comme en 1990, 1993 et 2001, la Cour a jugé le texte conforme à la Constitution, même si cet avis n'a été, cette fois, soutenu que par quatre des magistrats.

Les Coréens ont pu suivre au jour le jour l'évolution des débats. Les détails les plus croustillants de la vie privée du couple Ok-Park ont alimenté les chroniques des tabloïds locaux. Une exposition médiatique qui a notamment révélé que le plaignant aurait pu, à de multiples reprises, se retrouver dans le box des accusés.

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