GES: Ottawa serait prêt à changer de cap

Jim Prentice
Photo: Agence Reuters Jim Prentice

Le ministre fédéral de l'Environnement, Jim Prentice, est prêt à modifier deux piliers de la politique du gouvernement Harper en matière de changements climatiques, soit d'envisager avec les États-Unis un plafonnement en chiffres absolus des émissions canadiennes de gaz à effet de serre et de revoir l'année de référence adoptée par le Canada.

C'est ce qu'a affirmé le ministre Prentice dans une entrevue accordée hier au Devoir. Jim Prentice a précisé qu'il se rendra la semaine prochaine à Poznan, où se déroule la 14e conférence des Parties à la convention sur les changements climatiques et au protocole de Kyoto.

Le ministre a expliqué ce changement de cap récent principalement par le fait que les États-Unis ont eux aussi changé de cap, laissant entendre que les rapports pourraient se détériorer si une approche commune n'était pas adoptée dans ce dossier prioritaire pour le président Obama.

«À mon avis, nous devons travailler ensemble avec les États-Unis pour établir un nouveau système nord-américain, un système de plafonnement et d'échanges de droits d'émissions. Voilà notre défi», a déclaré le ministre Prentice.

Ce dernier a ajouté qu'il entend tout autant travailler avec la communauté internationale, dont les 183 signataires du protocole de Kyoto, y compris le Canada, ont adopté l'année 1990 comme année de référence. Depuis le dépôt du premier plan Harper-Baird sur les changements climatiques, le Canada a adopté l'année de référence de 2006, ce qui lui permet de dire qu'il vise une réduction de ses GES de 20 % pour 2020. Mais s'il adoptait la même année que le reste de la planète, c'est une réduction de près de 45 % de ses GES qu'il devrait planifier.

Pour Jim Prentice, les objectifs quinquennaux du protocole de Kyoto demeurent «inatteignables» (not achievable). Le Canada s'est engagé à ne pas émettre plus de 3000 millions de tonnes (Mt) de CO2 entre 2008 et 2012, mais au rythme où elles progressent, elles se situeront plutôt autour de 4000 Mt. Rien dans le plan du gouvernement Harper ne permet de réduire sensiblement les 1000 Mt en excédent.

Mais le ministre Prentice soutient que le Canada «cherche à négocier un accord plus fonctionnel avec les autres principaux pays émetteurs», soit les États-Unis, la Chine, l'Inde et le Brésil, notamment. Citant le récent rapport de l'Agence internationale de l'énergie, il a précisé que d'ici 2030, 97 % des nouvelles émissions proviendront des pays non membres de l'OCDE. Il reconnaît que les gaz à effet de serre qui causent présentement le réchauffement du climat sont majoritairement le résultat des rejets, pendant 150 ans, des pays de l'OCDE. Mais, pour lui, «on n'y arrivera pas si tout le monde ne fait pas partie de la solution», ce qui obligerait la communauté internationale à reconnaître certaines situations particulières.

«Nous devons tous faire un effort égal, mais nos contextes nationaux sont différents», a-t-il dit.

Le Canada, souligne-t-il, mettra de l'avant sa volonté de faire appel aux technologies nouvelles et aux ressources renouvelables. Il devra ainsi lancer des projets hydroélectriques majeurs pour utiliser de grandes forces hydrauliques de certaines régions fort éloignées. Mais le bouquet de solutions devra aussi inclure, dit-il, du nucléaire de «façon significative» et une exploitation plus intense des ressources gazières. Tout cela non pas dans une logique de long mais de moyen terme, ce qu'il entend mettre de l'avant la semaine prochaine, à Poznan.

«Ce sera à Poznan, un premier contact avec nos partenaires américains et internationaux, et le Canada a l'intention d'aborder ces pourparlers de façon très constructive», a soutenu le ministre.

Mais les écologistes présents à Poznan ne l'entendaient pas ainsi hier. Ils ont en effet décerné jusqu'ici quatre Prix Fossile au Canada, dont les deuxième et troisième prix d'hier pour ce qu'ils ont qualifié «d'obstruction» aux pourparlers.

Les 400 groupes écologistes qui participent quotidiennement au vote pour l'octroi des Prix Fossile reprochent au Canada, qui dépasse ses objectifs de réduction des gaz à effet de serre de plus de 30 %, de vouloir faire inclure son fameux principe des «circonstances nationales» dans le traité post-2012 afin d'obtenir un traitement différent des autres pays et possiblement de faire effacer sa dette financière légale pour n'avoir pas atteint en 2012 ses objectifs de réduction.

Les porte-parole d'Équiterre ont notamment reproché au Canada de demander qu'on lui concède des exigences moindres parce que son climat est froid et que les distances à parcourir sont plus grandes, tout comme ses maisons et ses véhicules. Faux, disent les groupes, qui notent que le climat canadien se réchauffe, que les pays nordiques européens ont une performance environnementale bien meilleure que la nôtre malgré un climat similaire et que le Canada ne peut pas décemment invoquer son statut de pays producteur de pétrole pour excuser ses émissions anormalement élevées, ce qu'il pourrait corriger par une politique rigoureuse.

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