Le Québec se sépare de son commissaire au développement durable

Le Vérificateur général du Québec a mis un terme hier au mandat de son commissaire au développement durable, Harvey Mead, l'ancien président de Nature Québec, qui fut pendant un temps aussi sous-ministre adjoint au ministère de l'Environnement.

Dans une lettre qu'il a fait parvenir à des dizaines de militants environnementaux et dont plusieurs exemplaires ont été envoyés au Devoir, Harvey Mead précise qu'il quitte ses fonctions «à regret», ce qui implique qu'on lui a plutôt montré la porte qu'autre chose.

«J'ai l'intention, écrit-il dans cette missive, de poursuivre le travail autrement. Je vais reprendre le type de travail que j'ai fait pendant déjà 40 ans, du bénévolat dans la société civile, dans un effort de contribuer à la prévention et à la résolution des crises actuelles et à venir.»

La nouvelle a causé un vif émoi hier dans les milieux environnementaux, où la rumeur voulait que Harvey Mead ait eu des projets trop ambitieux, qui se seraient heurtés à la «mentalité de comptable» qui prévaudrait au bureau du Vérificateur général.

Il aurait eu notamment pour projet de développer une série d'indices de performance qui auraient servi à déterminer le «passif» environnemental de la province. Ce portrait chiffré de l'évolution de l'environnement québécois aurait en quelque sorte constitué le pendant du Produit intérieur brut (PIB), un outil jugé de plus en plus incomplet même par les économistes puisqu'il ne tient pas compte de l'amélioration ou de la détérioration du patrimoine commun exploité par les entreprises et le gouvernement.

«Mais la bouchée a visiblement été trop grosse pour le bureau du Vérificateur, d'autant plus que son premier rapport aurait été jugé très dur du côté gouvernemental», expliquait un ami personnel de M. Mead.

Le départ de Harvey Mead a été techniquement rendu possible par le non-renouvellement de son mandat, qui n'était que de deux ans.

Pour le Vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, le passage de Harvey Mead à ce poste lui a permis de mettre en place une «équipe multidisciplinaire dynamique et compétente». Soulignant la «passion» de M. Mead pour les questions environnementales, le Vérificateur a rappelé que son commissaire avait aussi produit deux tomes de son rapport annuel. Le deuxième qui vise l'année 2008-09 a été retardé en raison de la tenue des élections, a précisé M. Renaud, qui a souligné le rôle joué par son commissaire dans la formation du personnel pour les questions de développement durable et la supervision du premier plan d'action de son organisation dans ce domaine.

Deux ans plus tôt, la commissaire fédérale à l'environnement, Johanne Gélinas, a eu elle aussi maille à partir avec la vérificatrice générale, Sheila Fraser. L'affaire avait été portée devant les Communes, où plusieurs ont soutenu que cette fonction devrait être séparée de celle du vérificateur général en raison des différences majeures qui caractériseraient les deux approches.

Hier, le directeur général de Nature Québec, Christian Simard, qu'une grande partie du problème serait réglé si le Commissaire au développement durable était nommé à la suite d'un accord unanime des partis politiques et relevait directement de l'Assemblée nationale. Présentement, c'est le vérificateur qui propose son candidat au Bureau de l'Assemblée nationale, lequel l'entérine ou la rejette.

M. Simard a ajouté que le «départ précipité» de Harvey Mead met en relief une autre faille du système actuel: le vérificateur général, dit-il, doit obtenir l'aval du Bureau de l'Assemblée nationale pour nommer le commissaire, mais pas pour statuer sur la pertinence de renouveler son mandat.

À voir en vidéo