Enquête publique sur la mort de Fredy Villanueva - Les policiers devront témoigner, assure le juge Sansfaçon

Pendant que plusieurs organismes réclament que l'enquête publique sur le drame qui a coûté la vie au jeune Fredy Villanueva, l'été dernier, couvre un mandat beaucoup plus large et qu'y soient examinées les méthodes des policiers, le juge Robert Sansfaçon, qui présidera cette enquête, a affirmé que les policiers devront témoigner, de gré ou de force.

Le juge Sansfaçon est sorti de sa réserve, hier, pour rectifier certaines «énormités» véhiculées dans les médias au cours des heures précédentes, dont celles voulant que les policiers pourraient se soustraire à l'enquête, selon leur bon vouloir.

«Je veux mettre les choses au clair parce que j'ai entendu hier [mardi] des énormités contraires à la loi», a-t-il dit lors d'une interview téléphonique avec La Presse canadienne. «Oui, j'ai le droit d'assigner les policiers. Oui, s'ils ne viennent pas, j'ai le droit d'émettre des mandats d'arrestation contre eux. Oui, les personnes qui n'ont pas rencontré les agents de la paix, pour n'importe quelle raison au monde, si elles veulent participer à l'enquête et si elles se considèrent comme personnes intéressées, peuvent m'en faire la demande pour que je les autorise. Une fois autorisées, ces personnes pourront se faire représenter, se faire entendre, interroger et contre-interroger. Ça ne peut pas être plus large que ça.»

«La loi le prévoit et j'ai l'intention d'appliquer la loi», a-t-il dit.

Par contre, pour ce qui est de la demande faite par des représentants de groupes communautaires de Montréal-Nord désireux que l'enquête publique tienne compte de la réalité du quartier, «du contexte social», notamment la situation difficile des jeunes de Montréal-Nord, le juge Sansfaçon tranchera plus tard.

Pour l'heure, il fait valoir qu'il n'a pas été nommé «pour une commission d'enquête royale portant sur les relations entre des agents de la paix et une population d'une région de Montréal. Ce n'est pas ça».

Il a également dit qu'il était trop tôt pour trancher et qu'il lui faudrait prendre d'abord connaissance de l'ensemble du dossier, ce qu'il fera d'ici le 3 janvier.

Que la version de la police?

Plusieurs organismes exprimeront bientôt haut et fort leur insatisfaction et leur colère devant l'enquête menée par la Sûreté du Québec (SQ) qui ne s'est faite, d'après eux, que l'écho de la version des deux agents montréalais impliqués.

La Ligue des droits et libertés, le Centre justice et foi, le Conseil central du Montréal métropolitain et la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes ont demandé d'une même voix, dans un communiqué de presse, hier, que l'enquête publique du juge Sansfaçon aborde aussi les questions relatives au profilage racial et à la lutte aux gangs de rue.

«Les forces policières doivent rendre compte publiquement de la manière dont cette problématique est prise en compte dans leurs interventions et identifier les lacunes à corriger», a indiqué Louise Dionne, du Centre justice et foi.

La Coalition contre la répression et les abus policiers a fait une demande similaire, lors d'une conférence de presse devant le Palais de justice de Montréal.

Et parce qu'elle déplore que les autorités judiciaires aient conclu qu'il n'y avait pas lieu de porter des accusations contre le policier qui a fait feu sur le garçon âgé de 18 ans, Jean-Loup Lapointe, la Coalition tiendra une manifestation le 13 décembre au parc Henri-Bourassa, à Montréal-Nord.

C'est précisément à cet endroit que le jeune homme a été abattu, ce qui pourrait contribuer à échauffer les esprits. Un porte-parole du regroupement, François Van Vlit, a laissé entendre que s'il y avait de la casse, les forces policières n'auraient qu'elles-mêmes à blâmer.

«S'il y a des débordements, ce n'est pas nous qui vont les causer, c'est les injustices du système», a-t-il lancé.

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