Mort de Fredy Villanueva à Montréal-Nord - La communauté veut que l'enquête publique tienne compte de la réalité du quartier

L'enquête criminelle sur la mort de Fredy Villanueva aux mains d'un policier de Montréal est close, mais les plaies restent encore ouvertes à Montréal-Nord, où des groupes communautaires ont décrié hier le profilage ethnique et le racisme dont les jeunes sont victimes au quotidien.

Selon le Mouvement Solidarité Montréal-Nord, l'enquête publique sur la mort du jeune Villanueva, qui a été confiée lundi au juge de la Cour du Québec Robert Sansfaçon, constitue un pas dans la bonne direction. Mais cette nouvelle enquête devra nécessairement être élargie pour tenir compte du «contexte social» à Montréal-Nord.

«Au moment où les événements sont survenus, il y avait un contexte de pauvreté, et ces gens qui vivent dans ce secteur avaient le sentiment d'être méprisés par un certain nombre de policiers. Ce sentiment d'exclusion peut expliquer en partie la réaction des jeunes par rapport aux policiers qui avaient à faire un travail d'intervention», a expliqué François Bérard, porte-parole du Mouvement.

Environ 13 000 personnes habitent le nord-est du quartier, où l'émeute suivant la mort de Villanueva a pris naissance en août dernier. Soixante-dix pour cent d'entre elles vivent sous le seuil de la pauvreté, soit plus du double que sur le reste de l'île de Montréal. Des jeunes Noirs rencontrés hier se disent constamment harcelés par les policiers. Pas seulement à Montréal-Nord, mais à Saint-Michel aussi.

Théodore McAllen, affirme qu'il a déjà été interpellé par un policier tout simplement parce qu'il marchait à une heure tardive dans le quartier Saint-Michel. «C'est rendu que certaines personnes que je connais ont eu des amendes parce qu'elles traînaient dans la rue, alors qu'elles étaient tout simplement chez elles», s'exclame le jeune McAllen, membre du collectif Le mouvement, qui vise à rapprocher les jeunes Noirs entre eux et à établir des ponts avec les autorités.

La mort de Villanueva, abattu par le policier Jean-Loup Lapointe, à la suite d'une altercation dans le parc Henri-Bourassa, le 9 août dernier, serait l'expression d'un profond ressentiment. «Il y a une telle haine envers les policiers, constate Théodore McAllen. Il faut que leur approche soit plus passive. Il faut qu'on arrive à communiquer.»

L'escouade Éclipse, chargée de lutter contre les gangs de rue, est montrée du doigt par Harry Delva, coordonnateur du travail de rue à la Maison d'Haïti. «Ce sera beaucoup plus difficile maintenant de rebâtir des ponts. [...] Ce groupe fait les choses d'une façon très particulière, et il a sapé le bon travail que certains policiers avaient réussi à faire, affirme M. Delva. Pour travailler sur les gangs de rue, il faut les connaître, sinon, on va arrêter de façon aléatoire des jeunes parce que ce sont des jeunes Noirs, qu'ils portent des pantalons sous les fesses et qu'ils sont au volant de voitures de luxe.»

Le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, balaie ces accusations de profilage ethnique du revers de la main, pour recadrer la réalité de Montréal-Nord autour de ses importants problèmes de criminalité.

M. Francoeur s'est dit satisfait de l'analyse faite par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), qui a décidé de ne porter aucune accusation contre les policiers impliqués dans la mort de Villanueva. Jean-Loup Lapointe a tiré sur Villanueva, car il craignait d'y laisser sa peau, selon l'analyse du DPCP. Lapointe était cloué au sol, a expliqué lundi soir le procureur François Brière. Villanueva le tenait par la gorge d'un main et tâtait son ceinturon de l'autre. Dans les circonstances, il était justifié d'utiliser la force létale.

«J'ai été impressionné par l'enquête de Me Brière. Tous les faits sont corroborés par des citoyens. J'ai rencontré des policiers et des citoyens dans le parc après [la mort de Villanueva]. Ils me disaient qu'ils ne laissaient même plus leurs enfants ou leurs petits-enfants jouer là. Il y a un réel problème, un problème de criminalité. Il ne faut pas se fermer les yeux», estime M. Francoeur.

C'est dans ce même parc que le Regroupement d'intervenants d'origine haïtienne de Montréal-Nord et Montréal-Nord Republik ont fait part de leur désarroi hier, assimilant la tenue de l'enquête du juge Sansfaçon à «un bandage sur une plaie infectée». Les deux regroupements auraient préféré qu'une véritable commission d'enquête soit instituée pour faire la pleine lumière sur cette tragédie qui, faut-il le rappeler, a commencé par une banale partie de dés à laquelle Villanueva et son frère prenaient part dans un parc, ce qui constitue une infraction municipale...

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