Conférence de Poznan - Plus qu'un an pour préparer un plan de sauvetage du climat

Photo: Agence Reuters

L'humanité a un an pour préparer un plan de sauvetage du climat qui s'appuierait sur une relance verte de l'économie internationale, sur le modèle que propose le président Obama aux États-Unis.

C'est le message qu'a livré hier à Poznan en Pologne le directeur du Programme des Nations unies pour l'environnement, Yvo de Boer, à l'ouverture de la 14e rencontre des Parties à la Convention sur les changements climatiques, signée à Rio en 1992. Près de 11 000 représentants de secteurs industriels et de groupes écologistes, incluant plus de 1100 délégués des 192 pays présents, participent à ce qui apparaît de plus en plus comme le début du compte à rebours pour planifier la suite des engagements du protocole de Kyoto, lesquels prennent fin en 2012.

L'an dernier, à la même date, la conférence de Bali établissait un échéancier de négociation qui prévoit une entente sur un plan de réduction post-2012 à Copenhague en décembre prochain. Jusqu'ici, seuls 37 des 183 pays ayant ratifié Kyoto ont pris des engagements de réduction de leurs GES entre 2008 et 2012, soit tous les pays industrialisés sauf les États-Unis. Pour sa part, le Canada est actuellement le seul des 37 signataires du protocole qui n'a aucun plan pour atteindre ses objectifs de réduction légalement contraignants en droit international.

«Vous avez un an devant vous d'ici la conférence de Copenhague. L'heure tourne. Il faut passer à la vitesse supérieure, du débat à la négociation», a ajouté Yvo de Boer tout en reconnaissant que la crise financière rend la tâche plus difficile aux gouvernements qui cherchent des capitaux pour maintenir ou relancer leur économie.

Pour le premier ministre danois, Anders Fogh Rasmussen, qui accueillera les conférenciers l'an prochain, les engagements du président Barack Obama en faveur d'un engagement des États-Unis dans la bataille pour sauver le climat n'est pas la seule bonne nouvelle de l'élection récente aux États-Unis. «Je suis surtout ravi de voir qu'Obama envisage une politique climatique et énergétique ambitieuse comme une partie de la solution au ralentissement économique», a-t-il dit dans la même veine qu'Yvo de Boer qui plaide pour que la relance à l'échelle internationale se fasse sous le signe de la décarbonisation de l'économie et de l'aide aux pays en développement par les mécanismes de transfert des crédits d'émissions.

Yvo de Boer reconnaît cependant que la crise financière complique la tâche. Elle aura, dit-il, un impact sur le réchauffement, notamment parce que la baisse du prix du pétrole va pousser les émissions à la hausse à plusieurs endroits et ralentir la transition vers des énergies plus vertes. «On voit déjà dans le monde un certain nombre de projets d'énergie éolienne qui sont repoussés», a-t-il précisé.

L'administration Obama, qui prône une relance verte de son économie chancelante, n'est pas à la table de négociation. Mais elle a dépêché à Poznan une délégation d'élus démocrates dirigée par John Kerry, ancien candidat à la présidence. Le sénateur Kerry a déclaré hier qu'«après huit ans d'obstruction et de déni, les États-Unis vont rejoindre la communauté mondiale pour combattre ce défi planétaire». Il a repris le mot du président Obama voulant qu'«attendre n'est plus une option».

Le premier ministre polonais, Donald Tusk, a lui aussi plaidé pour que les stratégies de relance de l'économie mondiale ne constituent pas un frein à la mise en place d'un plan de sauvetage du climat dans la prochaine année.

Le président du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) et lauréat du Nobel de la paix 2007, Rajendra Pachauri, a évoqué les coûts titanesques de l'inaction. De 4,3 à 6,9 milliards de personnes, soit plus de la moitié de l'humanité, a-t-il dit, vont être affectées par des sécheresses ou des événements climatiques catastrophiques, notamment celles qui vivent dans les grands bassins fluviaux alimentés par de grands lacs ou des glaciers affectés par une intense évaporation ou un réchauffement accéléré.

Rajendra Pachauri a ajouté que le réchauffement en cours pourrait devenir irréversible si les concentrations de CO2 dans l'atmosphère ne sont pas stabilisées d'ici à 2015, soit d'ici sept ans seulement, pour ensuite être radicalement abaissées. Aux problèmes d'approvisionnement en eau et en aliments dont souffrira la majorité des humains, a-t-il dit, s'ajouteront l'extinction du tiers des espèces vivantes et une élévation radicale du niveau des océans, qui menacera plusieurs pays insulaires et côtiers.

L'ONU vise à Poznan plusieurs objectifs intermédiaires qui devraient ouvrir la voie au nouveau plan de réductions des émissions de GES en 2009, lequel devrait engager tous les pays, y compris la Chine, devenue la première source d'émissions en importance, et d'autres pays émergents, comme l'Inde et le Brésil.

La direction du PNUE voudrait définir à Poznan une cible opérationnelle de réductions des GES à partir de laquelle on établirait le fardeau de chaque pays à partir de 2012. Les 700 propositions contenues dans les 80 pages du cahier remis aux délégués visent aussi à mettre en place un mode d'autofinancement de la transition vers une économie plus verte, qui s'appuierait sur des projets favorisant en même temps la relance économique souhaitée par tous. Ces objectifs intermédiaires seront aussi débattus et négociés en 2009 lors des quatre conférences internationales préparatoires à celle de Copenhague.



Avec Associated Press, Reuters et l'Agence France-Presse

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