Affaire Robinson-Cinar - Une experte contredit l'analyse de contenu de la GRC

Une experte en sondages et en analyse de contenu a taillé en pièces un rapport favorable à Claude Robinson dans le litige en plagiat opposant le créateur montréalais à Cinar et France-Animation. Selon Ruth Corbin, ce document issu de la GRC est dépourvu de valeur scientifique et devrait être écarté de la preuve.

Les avocats de Cinar et de France-Animation ont justement l'intention de suivre le conseil de Mme Corbin. Ils demanderont au juge Claude Auclair, à une date ultérieure, de ne pas tenir compte de ce fameux rapport produit par Jean-Yves Frigon dans l'appréciation du litige civil.

À la demande de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), le Dr Frigon a comparé le projet de Claude Robinson (Robinson Curiosité) et la série de Cinar et France-Film (Robinson Sucroë) en 2000 et en 2001. Il en est arrivé à la conclusion qu'un nombre significatif de similitudes entre les deux oeuvres ne pouvaient être le fruit du hasard. Bien que la GRC n'ait jamais porté d'accusations criminelles contre Cinar et ses fondateurs (feue Micheline Charest et Ronald Weinberg) dans cette affaire, le rapport du Dr Frigon accrédite la thèse du plagiat avancée par Claude Robinson.

À son tour, le Dr Corbin a attaqué hier la méthodologie employée par M. Frigon, affirmant que son étude ne répondait pas aux critères de fidélité et de validité élémentaires en sciences sociales. L'experte embauchée par Cinar et les autres défendeurs reproche entre autres au Dr Frigon d'avoir utilisé un échantillon peu représentatif, composé de cinq juges non indépendants, pour étudier les similitudes et les différences entre les deux oeuvres. Elle estime en outre que le Dr Frigon a posé des questions biaisées et chargées à ces juges, les amenant inévitablement à conclure que les similitudes entre les deux projets étaient intentionnelles. Enfin, le Dr Corbin a souligné l'absence d'une variable de contrôle dans l'analyse comparative du Dr Frigon. Celui-ci aurait dû considérer sérieusement la possibilité que les ressemblances entre les deux oeuvres puissent être le résultat d'un hasard, compte tenu du fait que Claude Robinson et Cinar se sont tous deux inspirés du roman original de Daniel Defoe.

Moins que l'effet du hasard

Le Dr Corbin a finalement minimisé l'importance statistique des ressemblances entre les deux oeuvres identifiées par Jean-Yves Frigon. Sur plus de 12 000 éléments d'analyse, une majorité de juges ont trouvé des similitudes dans 89 cas seulement. «C'est moins que les trois quarts de un pour cent, a dit le Dr Corbin. C'est moins que l'effet du hasard.»

Grosso modo, Mme Corbin a fait une appréciation quantitative de l'étude essentiellement qualitative du Dr Frigon. Rappelé à la barre, le Dr Frigon a défendu les conclusions de son étude qui relevaient de l'ordre des perceptions et du jugement. «Ce n'est pas un sondage. Dans un sondage, on veut savoir l'opinion des gens par rapport à quelque chose, a-t-il dit. Ça n'a rien à voir avec ce que l'on voulait mesurer ici.»