L'ordre de tuer venait de Maurice Boucher, dit le délateur Stéphane Gagné

Dans un témoignage dense et truffé de références colorées à la logique implacable du monde criminel, Stéphane Gagné a expliqué comment Fontaine et lui ont pris d'assaut le fourgon cellulaire de Pierre Rondeau et de Robert Corriveau, le 8 septembre 1997.

Selon la version du témoin-repenti (ou délateur), Fontaine est monté sur le pare-choc avant du véhicule pour décharger son revolver sur Rondeau. Gagné a éprouvé des problèmes avec son pistolet semi-automatique qui s'est enrayé, si bien qu'il a tiré dans la porte du fourgon des coups «défensifs» alors qu'il prenait la fuite avec Fontaine.

Les deux hommes de main des Hells Angels avaient prévu dans le menu détail cette opération, en utilisant une fourgonnette volée munie d'une fausse plaque d'immatriculation pour le meurtre, et une voiture de fuite légalement louée à Daniel Foster, un ami de Boucher. Le plan ne s'est pas déroulé comme prévu. Tout d'abord, les deux complices ont dû circuler plusieurs minutes avec le véhicule volé après leur crime avant d'être en mesure d'y mettre le feu à l'abri des regards indiscrets. Ensuite, Gagné s'est brûlé au visage en incendiant cette fourgonnette.

Après une semaine de vacances en République dominicaine pour soigner ses blessures, Gagné s'est retrouvé à Montréal, rue Bennett, en compagnie de Fontaine, de Maurice Boucher, le président des Nomads (l'escouade de guerre des Hells), et d'un hang around des Nomads, Normand Robitaille. Boucher a alors dit: «On a fait ça pour plus qu'il n'y ait de délation contre nous autres, parce que celui qui va parler de ça, il va "pogner" 25 ans de prison.»

En criminel accompli, Gagné n'avait pas besoin d'un dessin pour comprendre. Dans les années précédentes, Aimé Simard et Serge Quesnel avaient retourné leur veste contre les Hells, causant un tort irréparable au gang. «J'ai compris qu'il nous a fait tuer des gardiens de prison dans le but qu'on parle pas», a expliqué Gagné. En cas d'arrestation pour le meurtre des agents des services correctionnels, «la police ne voudrait pas "dealer" avec nous autres», pensait Gagné.

La suite des choses a démontré que Boucher, Gagné et consorts avaient tort. À preuve, Stéphane Gagné est aujourd'hui le principal témoin à charge de la Couronne contre Paul Fontaine, qui subit devant un jury son procès pour le meurtre de M. Rondeau et la tentative de meurtre de M. Corriveau.

Gagné est tombé entre les mains des policiers dans la soirée du 5 décembre 1997, la veille des célébrations entourant le 20e anniversaire d'implantation des Hells Angels au Québec. Durant son interrogatoire, Gagné a compris qu'un individu l'ayant aidé à détruire des preuves après l'attaque du fourgon cellulaire, Steve Boies, était passé aux aveux. Or, Gagné avait menti à Boucher en lui cachant l'implication de Boies. Cette erreur lui a semblé impardonnable, et elle ne lui laissait que deux choix: mourir assassiné ou devenir délateur. «Je suis ébranlé, on m'accuse de meurtre, et je sais que le milieu ne pardonne pas», a expliqué Gagné.

En outre, les avocats des Hells, Benoît Cliche et Gilbert Frigon, n'ont pas répondu à ses appels téléphoniques après que les policiers l'eurent mis en accusation pour le meurtre des gardiens de prison. Du coup, Gagné s'est senti largué par l'organisation des Hells Angels. Au petit matin, épuisé, il est passé aux aveux.

À voir en vidéo