Procès pour meurtre et tentative de meurtre - Fontaine s'était forgé une nouvelle identité pour échapper à la police

Le procès pour meurtre et tentative de meurtre de Paul Fontaine a démontré hier la facilité déconcertante avec laquelle un individu peut se fabriquer une fausse identité au Québec et vivre dans la clandestinité en toute impunité.

N'eussent été un grain de beauté à la joue qui l'a trahi et sa témérité, Paul Fontaine serait peut-être toujours en cavale aujourd'hui, 11 ans après le meurtre du gardien de prison Pierre Rondeau et la tentative de meurtre sur son collègue Robert Corriveau.

Après l'arrestation et les aveux de son présumé complice, Stéphane Gagné, en décembre 1997, Fontaine a vécu dans la clandestinité sous le nom d'emprunt de Jean Goyer. Lors de son arrestation, en mai 2004 à Québec, Fontaine détenait des documents provenant du Mexique, de l'Alberta et du Québec au nom de Jean Goyer.

L'enquêteur qui a procédé à son arrestation, Gaston Thomas, a saisi en effet dans le portefeuille du fugitif un certificat de naissance du Directeur de l'état civil du Québec, un permis de pêche provincial, une carte d'assurance sociale, un permis de conduire et une carte d'assurance maladie de l'Alberta, une carte de membre de Costco au Québec et une autre du Mexique, et une carte du Sam's Club au Mexique. Toutes au nom de Jean Goyer, qui possédait même une carte de donneur de sang.

Bref, Fontaine avait réussi à disparaître complètement du radar policier... jusqu'à ce qu'il fasse l'erreur de revenir à Montréal, le 27 mai 2004. Comble de malchance, il a rencontré ce jour-là, rue Chabanel, un certain Robert Johnson, qui était sous filature. Les policiers n'ont pas reconnu Paul Fontaine sur le coup, mais il ont procédé à des vérifications discrètes, de visu. Ils ont constaté que l'homme hirsute portant des verres teintés qui discutait avec Johnson avait un grain de beauté sur la joue gauche, tout comme Paul Fontaine d'ailleurs. Celui-ci faisait l'objet d'un mandat d'arrestation pancanadien depuis le meurtre et la tentative de meurtre sur les gardiens de prison, et les policiers avaient sous la main des photos du Hells Angel Nomad en cavale pour effectuer des comparaisons.

Les enquêteurs se sont vite désintéressés de Robert Johnson et ont pris Fontaine en filature jusqu'à Québec. Le suspect a fait le trajet à bord du véhicule de Manon Pruneau, la propriétaire de la boutique de vêtements Mode Sweeties, dans le quartier Vanier. Fontaine était en compagnie de la dame lorsqu'il a été arrêté dans le stationnement de ce commerce par le groupe tactique d'intervention de la police de Montréal, en début de soirée le 27 mai 2004.

Conduit à Montréal à vive allure, au quartier général de la Sûreté du Québec (SQ), Paul Fontaine a exigé une consultation avec son avocat, Gilbert Frigon, qui l'a abordé avec un «Salut, Paul!» à son arrivée sur les lieux. Fontaine a par la suite fait une brève déclaration aux enquêteurs pour leur confirmer son identité et sa date de naissance véritables. Par la suite, il a remis ses lunettes (sans forces) à l'enquêteur Thomas en lui disant: «Ça fait longtemps que je ne me suis pas fait couper les cheveux.» Enfin, les policiers ont demandé à Fontaine de signer un formulaire, ce qu'il a fait en lançant: «Ça fait longtemps que je n'ai pas signé mon nom.»

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