La CSN aidera les femmes afghanes

Québec — C'est avec horreur que 250 militantes de la CSN ont pris conscience du destin tragique des femmes afghanes sous le régime taliban lors d'un dîner-conférence organisé hier par le comité de la condition féminine de la centrale syndicale. Le comité entend proposer aujourd'hui aux militants, réunis en congrès à Québec, que la centrale organise une collecte de fonds au sein de ses syndicats pour soutenir des écoles et des cliniques de santé pour les femmes.

On aurait pu entendre une mouche voler lorsque Malya Popal, une enseignante afghane réfugiée à Montréal, a témoigné de la condition des femmes en Afghanistan, alors que les «ennemis de la liberté» étaient au pouvoir à Kaboul. Mme Popal a dû fuir l'Afghanistan en 1999 après que les talibans eurent découvert qu'elle faisait clandestinement la classe à de jeunes filles alors que l'instruction leur était interdite. «C'était mon devoir de travailler, d'enseigner à ces filles», a expliqué cette enseignante, contrainte de rester à la maison alors que les talibans avaient interdit le travail des femmes et les avaient obligées à porter la burqa.

«Ils ont emprisonné mon mari quand ils ont découvert la classe. Je me suis enfuie au Pakistan, puis au Québec, mais mon mari est resté en prison pendant deux ans.» Ce dernier est venu la rejoindre il y a quelques semaines seulement, après plusieurs mois de recherches.

Malya Popal a raconté que beaucoup de femmes afghanes ont été, depuis 20 ans, victimes de viol, dans ce pays qui a connu la guerre contre les Soviétiques, la guerre civile et le régime de terreur des talibans. «Pendant la guerre civile, j'embrassais mes enfants en sortant sans savoir si je les reverrais le soir. J'ai connu des enseignantes qui ont été tuées en revenant à la maison, d'autres qui ont retrouvé leurs enfants ensevelis sous des décombres.» Elle a ajouté qu'encore aujourd'hui, plusieurs femmes pachtounes (l'ethnie à laquelle appartenaient les talibans) sont agressées. «Beaucoup de femmes afghanes continuent de porter la burqa, bien qu'elle ne soit plus obligatoire, parce qu'elles ne se sentent pas en sécurité», a souligné la lauréate du Prix droits et démocratie 2002.

Le réseau d'éducation afghan est encore complètement désorganisé. «Il manque d'enseignants, de matériel scolaire. Beaucoup d'intellectuels sont partis», a expliqué Malya Popal, notant que les femmes occupaient 70 % des postes dans l'administration, la santé et l'éducation avant l'arrivée des talibans.

Son message a profondément touché la syndicaliste Madeleine Parent, une pionnière du mouvement syndical et féministe. «Il est essentiel que nous entendions ce message sur les horribles années que les femmes afghanes ont passées. Les femmes qui ont milité pendant ces années terribles savent de quoi elles ont besoin. Il ne nous reste qu'à les appuyer.» C'est ce que feront probablement les syndicats de la CSN aujourd'hui et au cours des prochains mois en organisant une campagne de financement.