La canneberge, du sol à l'assiette

Dans l’eau glacée jusqu’aux genoux, les cueilleurs rassemblent les petites boules rouges de 10 à 20 mm de diamètre dans un boudin flottant, jusqu’à former un immense tapis rouge.
Photo: Dans l’eau glacée jusqu’aux genoux, les cueilleurs rassemblent les petites boules rouges de 10 à 20 mm de diamètre dans un boudin flottant, jusqu’à former un immense tapis rouge.

La région des Bois-Francs est en fête. De Villeroy à Saint-Louis-de-Blandford via Baie-du-Febvre, la vallée du Saint-Laurent célèbre ses canneberges. Atoca, cranberry, airelle, canneberge: quatre appellations, un même produit. Le Québec s'est bel et bien réapproprié la petite baie rouge pourpre au goût aigrelet, cousine du bleut sauvage aux multiples vertus médicinales. Aujourd'hui marque le début du 14e Festival de la canneberge de Villeroy. Une occasion de découvrir une cannebergière.

Saint-Louis-de-Blandford — Dans l'eau glacée jusqu'aux genoux, les cueilleurs de l'entreprise Canneberges Québec rassemblent les petites boules rouges de 10 à 20 mm de diamètre dans un boudin flottant, jusqu'à former un immense tapis rouge. L'estacade facilite le transport des fruits d'une extrémité à l'autre du bassin, vers des camions où ils sont pompés et transportés au lieu de tri et de nettoyage. Dans le bassin d'à côté, on aperçoit une batteuse. Elle agite l'eau, les fruits se décrochent des rameaux et flottent puisqu'ils sont remplis d'air. À leur tour, demain, ils seront rassemblés, nettoyés, triés et transportés vers l'usine de transformation.

Et ainsi va la vie dans les cannebergières en temps de récolte de la canneberge, du début octobre au début novembre. Mais ne se présente pas chez le producteur d'atocas qui veut! Il faut y être invité. L'occasion est donc très bonne ce week-end de profiter du Festival de la canneberge de Villeroy pour percer le secret de la baie rouge pourpre: travail au champ, récolte, transformation de la canneberge en jus, fruits séchées, poudre pour cosmétiques, médicaments.

Il y a 20 ans, la quasi-totalité des canneberges du Québec étaient exportées aux États-Unis puis transformées en jus, fruits séchés, gelées... Qui ne connaît pas la marque Ocean Spray? «Mais les choses ont changé depuis les années 1990, les producteurs d'atocas du Québec ont profité de l'économie frileuse du moment et d'un élan de créativité, explique Simon Bonin, agronome à Fruit d'Or. Depuis, on a assisté au Québec à l'ouverture de trois usines de transformation de la canneberge, dont Fruit d'Or, située à Notre-Dame-de-Lourdes.

De loin le plus important transformateur de produits d'atocas biologiques en Amérique du Nord, Fruit d'Or, dont le chiffre d'affaires tourne autour de 40 millions, offre aussi des produits certifiés biologiques par l'organisme Écocert, kasher par le Conseil de la communauté juive de Montréal, en plus de Japanese Accreditation System (JAS) qui atteste que les produits exportés par l'entreprise sont non seulement biologiques mais issus de fermes biologiques.

Si, durant le week-end de l'Action de grâce, le Centre d'interprétation de la canneberge, situé à Saint-Louis-de-Brandford, travaille de concert avec le festival de Villeroy, on y propose aussi aux visiteurs, jusqu'au 19 octobre, la tournée de leur chapiteau suivie d'une sortie guidée dans une cannebergière pour assister au grand spectacle de la récolte à l'eau.

L'industrie de la canneberge est devenue la plus importante culture fruitière au Québec, devançant les bleuets et les pommes. Pour la présente saison, les producteurs, majoritairement du Centre-du-Québec, espèrent obtenir une récolte d'environ 34 millions de kilos. Si les vaches n'aiment pas trop brouter un sol marécageux et acide, la canneberge en raffole.

Outre les visites guidées dans les champs de canneberges, le programme du festival prévoit la présence d'une vingtaine de producteurs agricoles de la région, une exposition d'oeuvres d'artistes du Centre-du-Québec, des cours de danse country, des spectacles, des concours de recettes à la canneberge, des activités pour les enfants, des matchs d'improvisation, une messe animée, un bingo et un souper gastronomique, sur réservation bien sûr.

Regard sur les oies

Alors que notre petit groupe s'affaire à observer dans le bassin de deux hectares (cinq acres) les cueilleurs de canneberges chaussés de grosses bottes isothermiques, on aperçoit, haut dans le ciel, une volée d'oies blanches des neiges. «Elles sont en retard cette année, explique Christian Hart, président de la Réserve de la biosphère du Lac-Saint-Pierre. Les premières arrivées sont des ados sur le party, on le voit par leur couleur beige.»

Ce sont donc les oies qui n'ont pas couvé qui arrivent les premières au Québec, suivies des familles qui attendent les petits inexpérimentés. Et cette année, pour une raison ou une autre, elles tardent. Une explication possible: des températures plus clémentes dans le Grand Nord. Selon Christian Hart, c'est l'eau qui les pousse à migrer vers le sud. La glace ne les intéresse pas.

Mais tout ça change rapidement. Qui sait, elle arriveront peut-être par milliers ce week-end au lac Saint-Pierre, lui préférant la verdure dont elles se nourrisent à celle de Montmagny ou du Cap Tourmente. Quoique la grande migratrice a plutôt l'habitude d'atterrir dans cette région du Centre-du-Québec au printemps. Mais rien n'empêche d'aller jeter un coup d'oeil du côté de la passerelle du Centre d'interprétation de Baie-du-Febvre, sur la rive sud du lac Saint-Pierre ou sur la passerelle de l'Anse-du-Port, à Nicolet. À défaut d'oies des neiges, il y a de superbes canards.

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Collaboratrice du Devoir

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Festival de la canneberge de Villeroy: www.festicanne.ca.

Tourisme Centre-du-Québec: www.tourismecentreduquebec.com.

Centre d'interprétation de Baie-du-Febvre: www.sarcel.com.
3 commentaires
  • Tim Yeatman - Abonné 10 octobre 2008 08 h 33

    Mais où sont les canneberges du Québec dans nos épiceries?

    Moins d'une semaine avant l'Action de Grâces, nous avons fait toutes les grandes chaînes et les petits épiciers locaux pour se procurer les matières premières pour préparer le menu traditionel familial. Mais la panique est dans l'air: pas moyen de se procurer nulle part les atocas du Québec!


    En effet, depuis plus de trente ans, je fais cuire moi-même les petits fruits pour faire une confiture aigrelette pour accompagner la dinde et tout ce qui vient avec. Mais cette année, pas moyen d'en trouver nulle part dans ma région (Chambly-Richelieu-Marieville): ce sont les atocas des États-Unis qui ont pris la place des fruits qui devraient venir du Québec! Je refuse d'acheter une importation, alors que je vis dans le pays des atocas!


    Je n'en veux pas des transformées, je n'en veux pas des USA. Si les atocas du Québec n'apparaissent pas dans les épiceries d'ici la fin de semaine, je vais m'en passer. Dommage...

    Johanne Dion
    sur le courriel de mon conjoint
    Richelieu, Qc

  • Francesca Désilets - Abonnée 10 octobre 2008 13 h 11

    Airelle à gros fruit

    L'article mentionne que la canneberge se nomme aussi airelle. Or, cela mérite davantage de précision. Si la canneberge est une airelle à gros fruit. Il existe d'autres airelles avec lesquelles il ne faudrait pas confondre la canneberge. D'arbord, l'airelle à feuilles étroites ou en corymbe(Vaccinium angustifolium ou Vaccinium corymbosum), il s'agit du bleuet sauvage et du bleuet cultivé (d'où le fait que l'auteure précise que le bleuet et la canneberge sont cousins). Il y a aussi les myrtilles (Vaccinium myrtillus) et un autre délicieux petit fruit que l'on retrouve en grande quantité en Côte-Nord que l'on nomme airelle vigne d'Ida ou airelle rouge (Vaccinium vitis-idaea). Pour découvrir ou redécouvrir l'airelle rouge et la chicoutai (un autre petit fruit nordcôtier) je vous recommande les produits d'Imagiterre distribués un peu partout au Québec : http://www.imagiterre.com/10172_fr.html
    Bon appétit!

  • Francesca Désilets - Abonnée 16 octobre 2008 22 h 15

    où achetez des canneberges

    Comme l'a démontré un reportage de la Semaine Verte le 27 juillet 2008 intitulé Mes aliments ont voyagé, aussi étonnant que cela peut le paraître, ce n'est pas dans les supermarchés que l'on a le plus de chances de retrouver des produits locaux, québécois ou même canadiens. C'est particulièrement vrai dans le cas des viandes, des fruits et des légumes. Là où on a le plus de chances de retrouver des aliments ou des produits locaux c'est dans les marchés (Marché du Vieux Port, Marché Jean Talon, de Drummondville, de Sherbrooke, etc.), les marchés de solidarités, les paniers du réseau Équiterre, les épiceries fines ou ayant une mission écologique (à Québec l'épicerie Moisan et Crac toutes deux sur la rue St-Jean) ou directement chez le producteur. Dans les épiceries, il faut en faire la demande. Les épiceries font appels à des réseaux de distributeurs et à de gros producteurs. Comme le démontre le reportage à la Semaine Verte, même en achetant des produits du Québec dans les supermarchés, ces produits ont souvent parcouru de grandes distances. La moyenne est autour de 1 000 kilomètres. Lorsque cela est possible, il vaut mieux acheter local ailleurs que dans les grandes épiceries. Pour ma part, j'ai eu des canneberges du Centre-du-Québec au Marché du Vieux Port à Québec au coût de 4$ la livre dimanche le 12 octobre.