Les écologistes s'opposent à la gazéification des «déchets ultimes»

Le centre de récupération des matières recyclables de Montréal. Pour les écologistes, postuler qu’une fois atteint le taux de 60 % des matières recyclables, tout le reste n’a plus qu’à être envoyé à la destruction finale est une erreur.
Photo: Jacques Nadeau Le centre de récupération des matières recyclables de Montréal. Pour les écologistes, postuler qu’une fois atteint le taux de 60 % des matières recyclables, tout le reste n’a plus qu’à être envoyé à la destruction finale est une erreur.

Le coup d'envoi de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) en faveur d'une série d'usines de gazéification des «déchets ultimes» — ceux que l'on ne peut ni recycler, ni composter — s'est fait hier dans la controverse dans le cadre du colloque censé sanctifier cette technique sur le plan environnemental.

En fin de journée, les environnementalistes de la région de Montréal demandaient par communiqué au gouvernement Charest de tuer dans l'oeuf ce projet de 850 millions, qui fait saliver industriels, consultants et politiciens municipaux de la région. Cette demande a été formulée par le Conseil régional de l'environnement de Montréal, Action RE-buts et le Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED).

Ce colloque sur la «valorisation des matières résiduelles», qui se tient dans le cadre des 21es Entretiens du Centre Jacques Cartier, a permis aux tenants de cette filière de destruction finale de bien mettre la table sur leur technologie. Un promoteur s'est dit prêt à investir son argent pour construire une première usine de gazéification à condition qu'on lui paie pour chaque tonne de déchets l'équivalent de ce que les municipalités paient pour l'enfouir.

Le procédé de gazéification est intensément promu dans la région depuis que SNC-Lavalin l'a proposé dans une étude remise à la CMM en septembre 2007. Même s'il n'y a que très peu d'usines de gazéification des déchets dans le monde, le procédé, soutiennent ses promoteurs, émet peu de contaminants toxiques et permet de produire un gaz synthétique, du syngaz, que l'on brûle pour produire de l'électricité, ce qui rendrait le tout rentable.

En réalité, il faut beaucoup de combustible ou d'électricité selon les différents procédés pour chauffer les déchets ultimes au point que les atomes de carbone et d'hydrogène présents dans les matériaux éliminés en sont extraits et récupérés pour en faire du syngaz ou de l'éthanol.

Mais a-t-on besoin d'investir un milliard pour éliminer des déchets qui ne dégagent plus aucune odeur, ni aucun lixiviat parce qu'ils ne contiennent plus aucune matière organique? Cet argent, voire une partie seulement pourrait-il servir plutôt à améliorer nos techniques de récupération, de recyclage et de compostage? Et si l'on arrivait ainsi à réduire davantage nos «résidus ultimes», ne vaudrait-il pas mieux les enfouir pour qu'une prochaine génération y trouve une «mine» de matières à valeur économique réelle, ce qu'une municipalité comme Victoriaville a commencé à faire comme d'autres ailleurs?

«Effectivement, ces questions-là n'ont pas été étudiées, ou incorporées dans le mandat de SNC-Lavalin», confirmait hier un conseiller professionnel de Ville de Laval en matière de déchets solides, André Giroux.

Le recyclage d'abord

Pour les écologistes qui contestent cette «stratégie de dépenses olympiques» et le «rouleau compresseur lancé hier pour imposer cette solution au grand public et aux élus» municipaux, la CMM a commis une erreur de base en postulant qu'une fois atteint le taux de 60 % des matières recyclables, tout le reste n'a plus qu'à être envoyé dans un four à pyrolyse ou dans une colonne de gazéification pour destruction finale.

Selon Karel Ménard, du FCQGED, la Ville de Seatle, qui a étudié globalement toute cette problématique au lieu de segmenter les études — une pour optimiser le compostage, une pour l'élimination finale, etc. — en est venu rapidement à la conclusion qu'il est plus rentable, économiquement et environnementalement, de hausser la performance du recyclage et du compostage au-delà des objectifs de 60-65 % inscrits dans la politique québécoise sur les déchets.

Alan DeSousa, du Comité exécutif de la Ville de Montréal, expliquait pour sa part au Devoir qu'il serait plus efficace d'atteindre d'abord les limites du recyclage et du compostage avant de commencer à déterminer ce que l'on fera avec les déchets ultimes, car la rentabilité des solutions finales pourrait bien dépendre du volume final à éliminer, ce que l'on ne connaît pas présentement. Ce qui presse, dit-il, c'est d'obtenir les 175 millions de Québec pour lancer à fond le compostage le plus rapidement possible dans la CMM.