Les Entretiens Jacques-Cartier misent sur l'économie du savoir

Gilles Vigneault a reçu hier le Prix des arts Jacques-Cartier des mains de Pierre Marc Johnson, président du conseil d’administration des Entretiens Jacques-Cartier, et d’Alain Bideau, instigateur de ces Entretiens et directeur du Centre Jacques Ca
Photo: Jacques Grenier Gilles Vigneault a reçu hier le Prix des arts Jacques-Cartier des mains de Pierre Marc Johnson, président du conseil d’administration des Entretiens Jacques-Cartier, et d’Alain Bideau, instigateur de ces Entretiens et directeur du Centre Jacques Ca

C'est tout un bataillon d'universitaires, de scientifiques, de décideurs et même d'artistes qui convergent depuis hier vers Montréal et Québec, à l'occasion des 21es Entretiens Jacques-Cartier, qui déploient pour la première fois une antenne dans la Vieille Capitale, 400e anniversaire de Québec oblige.

Hier après-midi, pour marquer l'ouverture officielle de cette édition bicéphale des Entretiens, sept établissements universitaires montréalais ont procédé à la première remise commune de leur histoire de doctorats honorifiques à des chercheurs, médecins, artistes et autres personnalités de premier plan de la région Rhône-Alpes.

Inauguré par l'ex-premier ministre du Québec Pierre Marc Johnson, qui succède à l'ex-premier ministre français Raymond Barre à la présidence du conseil d'administration des Entretiens, ce congrès que l'on a surnommé le «petit Davos» franco-québécois, s'apprête à accueillir plus de 3500 universitaires, chercheurs et scientifiques d'une trentaine de pays, qui débattront d'enjeux majeurs liés tant à l'économie, à l'environnement, à la culture qu'à la science. Plus de 22 colloques distincts réuniront des experts de toute provenance qui se pencheront notamment sur la place du privé dans la santé, le vieillissement et la santé, l'avenir des musées, la sécurité routière, la gouvernance culturelle des grandes villes, la diversité à l'école et le marché du carbone.

«C'est une année exceptionnelle, avec 18 colloques à Montréal et quatre à Québec, et plus de 600 conférenciers venus de 118 universités et grandes écoles et 261 participants des milieux publics et privés. Il y a un lien avec le Québec, mais qui s'élargit à d'autres collectivités en Europe et en Amérique», a souligné en entrevue au Devoir le professeur Alain Bideau, instigateur de ces Entretiens et directeur du Centre Jacques Cartier.

Même s'ils sont nés des ponts jetés entre Lyon et Montréal, les Entretiens Jacques-Cartier essaiment depuis vers d'autres régions et s'ouvriront d'ailleurs l'an prochain à l'Asie du Sud-Est et à la Chine, avant de s'intéresser l'année d'après, à l'Afrique du Nord et à l'Amérique du Sud.

«Le multilatéralisme est pour nous une voie d'avenir», insiste Alain Bideau.

Personnalités

honorées

Illustrant à merveille la concentration de matière grise qui connote ces Entretiens, sept personnalités de la région lyonnaise ont été honorées hier par les universités et les grandes écoles québécoises. Notamment par l'Université McGill, qui a octroyé un doctorat honorifique au Dr Alim-Louis Benabid, de l'Université de Grenoble, un éminent neurochirurgien qui a développé un traitement inédit de la maladie de Parkinson par la stimulation électrique profonde du cerveau.

L'UQAM a pour sa part honoré Serge Dorny, directeur général de l'Opéra de Lyon, qui s'est ouvert aux artistes du Québec en permettant notamment au dramaturge Robert Lepage et au metteur en scène François Girard de signer des mises en scène astucieuses dans son institution. À titre de spécialiste mondiale de la production hydro-électrique, Maryse François-Xausa, vice-présidente R&D chez Alstom Hydro, a reçu un doctorat honoris causa de l'ETS, tandis que Thierry Frémaux, délégué général du Festival de Cannes, était couronné du titre de docteur par l'Université Concordia. Les mêmes honneurs ont été offerts à Alain Mérieux, p.-d.g. de bioMérieux par l'École des HEC, tandis que l'UdeM a sacré doctorante Anne-Sophie Pic, gastronome et chef de La Maison Pic de Valence. Le chimiste de renom Alain Storck, directeur de l'Institut national des sciences appliquées de Lyon, a quant à lui reçu un doctorat de l'École polytechnique.

Lancée sur le thème de la richesse du savoir, la cérémonie d'ouverture a été marquée par le passage du premier ministre Jean Charest, et la présence du maire de Montréal, Gérald Tremblay.

Importance des échanges

À l'heure de l'économie du savoir, Jean Charest a souligné l'importance de ces échanges. «C'est une première dans l'histoire du Québec de réunir sur une même scène sept universités qui saluent des individus exceptionnels», a-t-il déclaré. Ce dernier a d'ailleurs annoncé que le prochain Sommet de la Francophonie, qui aura lieu à Québec du 17 au 19 octobre, sera l'occasion de conclure avec la France une entente bipartite pour la reconnaissance des qualifications professionnelles de plusieurs métiers de part et d'autre de l'Atlantique, notamment pour les médecins et les ingénieurs.

Un autre accord sur la mobilité de la main-d'oeuvre devrait aussi être à l'ordre du jour du prochain Sommet entre le Canada et l'Union européenne, que préside le président français Nicolas Sarkozy, qui se tiendra plus tard cet automne. «Nous avons ici une occasion unique de créer un nouveau modèle de coopération [...] qui permettra à l'économie d'être fondée sur le savoir», a dit le premier ministre.

Lauréat du Prix des arts Jacques-Cartier, le poète Gilles Vigneault, a quant à lui conclu cette cérémonie sur un ton humoristique en entonnant des chansons inédites sur les dangers de la cybercommunication et les périls de l'or bleu.