Vers l'autonomie pétrolière

Une bonne partie du pétrole provenant des puits conventionnels de l’Atlantique est actuellement exportée vers les États-Unis.
Photo: Agence Reuters Une bonne partie du pétrole provenant des puits conventionnels de l’Atlantique est actuellement exportée vers les États-Unis.

Les provinces canadiennes, tout comme le Canada, disposent de plusieurs moyens pour faire en sorte que leurs raffineurs utilisent des produits pétroliers moins dommageables pour les bilans provinciaux et national de gaz à effet de serre (GES).

C'est ce qu'a affirmé hier au Devoir le directeur de l'Institut Parkland, en Alberta, Gordon Laxer.

Selon ce dernier, le Canada pourrait, avec une refonte de sa stratégie énergétique et une remise en question du gaspillage d'énergie par son secteur des transports, satisfaire d'ici une décennie la totalité de ses besoins avec du pétrole à faible teneur en carbone provenant de ses propres gisements. Mais il faudrait qu'il oblige d'abord ses producteurs à desservir en priorité le marché canadien, une priorité que tous les pays producteurs se donnent ailleurs dans le monde.

Quant aux provinces, ajoute-t-il, elles pourraient rapidement réglementer les types de pétrole utilisés par leurs raffineurs pour les obliger à utiliser des light crudes, des bruts à faible teneur en carbone, de la même façon que les gouvernements d'ici contrôlent déjà les teneurs en soufre, par exemple.

Cela permettrait d'interdire l'utilisation autant du bitume provenant des sables bitumineux de l'Alberta que des pétroles de type lourd ou extralourd que les raffineurs canadiens importent déjà du Mexique et du Venezuela, notamment, et qui affichent des concentrations de carbone assez semblables. Le raffinage de ces pétroles très riches en carbone exige plus d'énergie et occasionne des rejets de GES plus importants que le raffinage de pétroles plus légers.

Autosuffisance

Selon Gordon Laxer, le Canada est tout à fait en mesure de satisfaire ses besoins avec ses propres pétroles légers provenant de ses puits conventionnels de l'Ouest canadien et de Terre-Neuve, dont une grande partie est présentement exportée aux États-Unis.

«Il n'y a aucune raison pour que le Canada ne décide pas de rencontrer ses propres besoins avec son meilleur pétrole, celui qui alourdira le moins son bilan de GES», affirme le chercheur de son bureau en Alberta.

«Le Canada, explique-t-il, produit 3,23 millions de barils de pétrole par jour et en consomme 2,2 millions. Sa production de pétrole conventionnel est de 1,9 million de barils par jour: on voit donc que le Canada peut satisfaire 85 % de ses besoins avec du pétrole conventionnel à condition de donner un coup de barre à son système de transport, lequel consomme beaucoup plus que le système européen parce que nous maintenons en place un système de transport nettement en-deçà de ce que permet présentement la technologie, et ce, en raison d'habitudes qu'il faut changer.»

À ce sujet, Gordon Laxer rappelle, statistiques à l'appui, que la France et la Grande-Bretagne utilisent moins de pétrole que le Canada, bien que leur population soit nettement plus importante, au point que leur consommation par habitant pour les transports correspond à la moitié de la nôtre.

Mais le coup de barre qui s'imposerait ici, dit-il, passe par une refonte globale de la politique énergétique canadienne.

Une politique de «priorité absolue aux besoins du Canada» exige d'abord de rouvrir l'ALENA pour y faire disparaître la «clause de proportionnalité». Cette clause unique au monde, dit-il, assure aux États-Unis une priorité d'usage de nos ressources pétrolières, car, en cas de crise énergétique, elle garantit à notre voisin qu'il aura droit à la même proportion de nos ressources pétrolières que celle dont il bénéficiait dans les trois années précédant la crise.

Il faudrait ensuite, ajoute Gordon Laxer, obliger Enbridge à acheminer vers l'est du pays, par le pipeline Sarnia-Montréal, tout le pétrole conventionnel de l'Ouest disponible, et approvisionner en priorité les provinces maritimes et de l'est avec les 320 000 barils produits chaque jour à Terre-Neuve.

Mais pour que le bitumen si riche en carbone des sables bitumineux disparaisse du bilan des GES du Canada, il faudrait stopper à long terme cette production et commencer immédiatement à cesser d'émettre des autorisations aux pétrolières. Les permis émis jusqu'à présent pour des projets qui n'ont pas encore vu le jour vont un jour doubler cette production, la faisant passer de 1,2 million à environ 2,5 millions de barils par jour.
1 commentaire
  • Dominic Pageau - Inscrit 4 octobre 2008 01 h 14

    Le probleme l'ALENA et le fait que nos décideurs sont des vendus.

    l'ALENA nous oblige à fournir les USA en énergie, les verts sont aussi une menace pour ce genre de projet. Et nos décideurs, même les plus verts ou les plus socialistes sont vendus. Leur position dans les débats en est la preuve.


    On est une république de banane qui donne ses ressources naturelles.